Dans Regards, une BD coup de poing, J. Personne montre le monde à travers le prisme d'un jeune homme, Luc, qui rêvait de devenir réalisateur de cinéma mais qui perd la vue dans un accident de voiture. Provisoirement. Ou définitivement. Ce titre novateur pose un autre regard sur le handicap.
Plus rien. Le noir. Le néant visuel. Qu'arrive-t-il à Luc ? Que fait-il dans un hôpital ? C'est sûrement grave. Il vient d'avoir un accident de la route. Il a perdu la vue. Est-ce provisoire ? Définitif ? En attendant que les médecins parviennent à poser un diagnostic, le jeune homme va vivre chez sa grand-mère. Son projet d'enfance, devenir réalisateur de cinéma, va devoir attendre. Ou pas. Aidé de ses amies, Luc continue à avancer. Il veut se persuader que sa cécité est temporaire. Mais combien de temps devra-t-il vivre dans le noir ?

Après un accident de voiture, Luc perd la vue. La lumière s’éteint brutalement sur sa vie © Glénat
Pour prendre le contrepied du monde dans lequel sont plongés les aveugles, d'autant plus lorsqu'ils ont été auparavant voyants et savent ce que c'est que de voir la vie, l'auteur J. Personne prend le contrepied graphique de couleurs vives et fluo, comme pour apporter un violent contraste à un handicap qui l'est tout autant.
On est un peu dubitatif en lisant les premières pages de cette BD qui paraît, au premier regard, beaucoup trop léchée. En particulier dans une mise en couleur qu'on peut juger trop artificielle. Mais avancer dans les deux cents pages de cette histoire originale vous entraînera finalement loin des sentiers battus et des voies traditionnelles pour traiter le handicap et ses conséquences sur la vie humaine.

Dans ce nouveau monde sans couleurs ni formes, chaque geste du quotidien devient un parcours du combattant. © Glénat
Après cet accident, Luc est plongé dans le désarroi le plus total et J. Personne réussit ce tour de passe-passe de nous transmettre, par un propos travaillé et un dessin qui vole en éclats, toute l'angoisse et les émotions contradictoires qui traversent ce personnage au moment de sa perte de vue.
Pas évident de décrire et faire ressentir ce que seuls peuvent vivre ceux qui ne voient pas le monde de la même façon. En même temps, quand on observe quelle pente il emprunte, est-il toujours nécessaire de tout voir ? C'est aussi ce que montre cette bande dessinée. Sans oublier cette phrase d'Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince : « On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux. »
Article publié dans le mag ZOO N°103 Mars-Avril 2025



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