Une quête de fantasy au dessin soigné, à la fois sensible et truculent. Le récit a fait le choix d’un certain cynisme mais cache une (légère) trame sociale, rendant le récit plus subtil qu’il n’y paraît de prime abord sans plomber l’aventure. À découvrir.
Il n’y a pas à dire, la couverture d’Aurélien Morinière en jette. Le dessin, déjà. Ce chevalier inquiétant sur un cheval qui l’est tout autant, avec leur regard blanc ; les arbres sans feuilles, aux branches crochues, qui l’entourent. La teinte verdâtre de la forêt qui se fond en un orangé blafard entourant un soleil souffreteux au centre. La page de titre précise « Les pesteuses aventures du mille fois méprisable Alastor de Sombregarde ». Le ton est ainsi donné.

Une quête de fantasy au dessin soigné, à la fois sensible et truculent © Oxymore, 2026
Le récit de Dobbs est teinté d’un humour sarcastique qui apporte un décalage à ce qui aurait pu être une « simple » histoire de dark fantasy. D’autant plus qu’elle n’est pas si dark. Alastor ne peut s’empêcher de dégager quelque chose de sympathique. L’objectif final de ce Don Quichotte est de retrouver « sa douce », Lilith. Son cheval comme lui reviennent d’entre les morts. Quant à son compagnon de voyage, Guulghar, c’est un gobelin avec des faux-airs de guerrier chinois, chevauchant un bouc (un peu comme Pirlouit sur sa chèvre, mais la comparaison est sans doute mal-à-propos). Guulghar est graphiquement très réussi. Le scénariste a imaginé un frère à ce gobelin, Huulghar, sous la forme d’un crâne planté sur un bâton.

Le récit a fait le choix d’un certain cynisme mais cache une (légère) trame sociale © Oxymore, 2026
Leurs péripéties se déroulent sur un rythme un poil syncopé qui peut déstabiliser le lecteur. Mais on s’attache malgré tout aux personnages, ce qui n’était quand même pas gagné de prime abord, vu leur pedigree. On voit bien qu’ils ont un cœur bien plus gros que ceux qui sont censés représenter le Bien. Les parias et les petites gens sont ceux qui en valent vraiment la peine, semblent nous dire les auteurs. Car le dessin concourt également à nous intéresser plus que prévu à ce trio atypique qui traverse un univers frappé de mille maux. Aurélien Morinière s’est, comme à son habitude, pleinement investi dans son travail. Le lecteur peut passer du temps à admirer les détails des planches que l’artiste a peaufinées.
Le tome 2 à paraître permettra de conclure rondement cette odyssée. On se demande quelle bifurcation le récit va éventuellement prendre…