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Blacksad - T6 : Alors, tout tombe - Première partie (Octobre 2021)

couverture de l'album Alors, tout tombe - Première partie

Série : BlacksadTome : 6/6Éditeur : Dargaud

Scénario : Juan Diaz Canales, Juanjo GuarnidoDessin : Juanjo GuarnidoColoriste : Juanjo Guarnido

Genres : Polar / Thriller

Public : À partir de 12 ans

Prix : 15.00€

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La critique ZOO

Note ZOO 5.0

Scénario

5.0

Dessin

5.0

Si la rentrée s’annonce riche en nouveautés, la sortie de ce nouvel album de Blacksad apparaît comme l’un des évènements à ne pas manquer! 8 ans après le controversé Amarillo, Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido renouent avec le polar urbain dans une captivante histoire en deux parties.

Créée il y a vingt et un ans après une longue gestation de sept ans, la série Blacksad se présente très vite comme un classique du genre, reprenant brillamment les recettes des grands maîtres du polar Hardboiled US, comme Hammett ou Chandler. Toutefois, le titre a une particularité très intéressante qui va faire son succès: tous les personnages sont des animaux anthropomorphes.

Cela permet à Guarnido de laisser libre cours à son imagination débridée, au travers une multitude d’expressions savoureuses. On peut ainsi apprécier l’ampleur de son talent graphique nourrit de nombreuses années à travailler dans le milieu de l’animation, et particulièrement sur des animaux!


SÉRIE MIROIR

John Blacksad, le héros éponyme, est donc logiquement détective, à l’image d’un Philip Marlowe à tête de chat. Au fil des albums, il traîne sa silhouette nonchalante aux charmes félins, entraîné dans de sombres affaires de meurtres, d’enlèvements, qui sont en même temps des portes ouvertes sur la société américaine des années 50/60.

Qu’il s’agisse de montrer la montée des revendications racistes des WASP (White Anglo-Saxon Protestant) dans Artic Nation, T. 6 les relents de la guerre froide à l’ère de l’atome dans Âme Rouge ou encore les dessous de l’industrie du jazz de la Nouvelle Orléans dans L’Enfer, le Silence, il témoigne de la complexité d’une société qui se divise dans ses paradoxes. En cela, Blacksad s’inscrit complètement dans une tradition «noire» qui se veut le miroir d’une réalité sociale, avec un fond assez critique, voire même contestataire. Terreau dramatique par excellence.


Les personnages sont des animaux anthropomorphes

Les personnages sont des animaux anthropomorphes
© Dargaud, éditions 2021



RETOUR AUX SOURCES, PLUS ENGAGÉES

Les auteurs reviennent, après la parenthèse précédente, aux bases de la série, avec ce nouvel album qui traite de plusieurs éléments de fond. Tout commence lorsque Kenneth Clarke, le président du syndicat des travailleurs du métro, vient demander à notre héros de le protéger face à la menace d’un mystérieux tueur à gage, engagé par la mafia des belettes pour le tuer. Ces dernières veulent ainsi avoir la mainmise sur les principaux syndicats de la ville. En parallèle, nous découvrons les malversations de Solomon, un architecte aux dents longues qui compte bien imposer ses réformes urbanistiques pour couvrir la ville de ses nouvelles autoroutes et démanteler par là même le réseau des transports en commun.

On devine que les enjeux financiers sont importants, qu’il est surtout question de conflits d’intérêt, d’une guerre à peine suggérée. Canales, néanmoins, développe beaucoup plus la matière périphérique, en amenant quelques nouveaux personnages, en digressant, en passant presque le côté polar au second plan. Nous rencontrons alors Iris, la directrice de la troupe de théâtre indépendante qui se bat pour un théâtre libre à grand renfort de performances en plein air, au nez des autorités, Rachel, la jeune journaliste très engagée qui apparaît comme une sorte de pendant plus politisé, plus radical, de Weekly, ce qui permet à ce dernier de sortir de son éternel jeu de personnage secondaire, de gagner en texture et surtout de se remettre en question. De plus, le scénariste s’attarde sur les conditions de vie des ouvriers, des sans emplois, de tous ceux qui ne sont au final que les pions d’un système les avalant sans distinction, imposant ses règles, sa violence froide et décomplexée.

De son côté, John n’est plus vraiment au centre du récit. Il reste fidèle à lui même, l’archétype monolithique du héros de polar, un brin cynique, qui remplit parfaitement sa fonction, avec tout le charisme qu’on lui connaît. Dans cette première partie, on est malgré tout bien plus marqué par le travail effectué sur le personnage de Weekly, sa prise de conscience progressive et sa volonté de se redéfinir pour de bon, au contact de Rachel qui représente sa conscience intransigeante. Il est la véritable passerelle entre les aspects du récit plus classiques et le fond qui se veut petit à petit plus réaliste, plus concerné, montrant parfaitement le recalibrage effectué sur les fondements de la série. Et même si cela reste profondément du Blacksad, les personnages apparaissent plus complexes et plus riches, qu’ils soient du bon ou du mauvais côté.


Blacksad plonge le lecteur dans un univers de film noir

Blacksad plonge le lecteur dans un univers de film noir
© Dargaud, éditions 2021



DU GRAND ART

Juanjo Guarnido revient, quant à lui, en pleine forme. Deux ans après l’exceptionnel Les Indes Fourbes, avec Alain Ayroles, son dessin a gagné en finesse, en détail, ses aquarelles sont magnifiques et ses cadrages transcendent la moindre scène. On le sent complètement en phase avec cette volonté de montrer que la série n’avait pas tiré ses dernières cartouches avec Amarillo et qu’au contraire il a encore beaucoup de choses à raconter. En revenant auprès de son personnage fétiche, Guarnido est plus que jamais au sommet de son art! Les auteurs relancent brillamment la machine avec ce très bel album qui laisse imaginer une suite pleine de surprises. Blacksad est désormais au centre de l’actualité (comme on a pu le voir avec l’édition, en juin, d’une fausse gazette What’s news, présentant des articles sur les personnages et les principaux thèmes abordés dans l’album, ainsi que les 4 premières planches en noir et blanc) et je ne saurais assez vous conseiller de savourer cette soixantaine de pages de pur bonheur de bande dessinée!


Article publié dans le Mag ZOO N°83 Septembre-Octobre 2021

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