Cette aventure de Conan est atypique : une chasse au trésor rythmée par des combats épiques que Masbou excelle à mettre en scène, avec un dessin habité qui met en valeur la farouche volonté du Cimmérien. La noirceur de l’œuvre de Howard est ici transcendée graphiquement.
Le Maraudeur noir est la 19e des 21 histoires consacrées à Conan par Robert E. Howard au début des années 30. Une nouvelle injustement mésestimée, à en lire l’adaptation puissante qu’en tire Jean-Luc Masbou. Au début du récit, Conan y apparaît poursuivi par une horde de pictes en colère. Puis, sans transition, nous nous intéressons pendant une vingtaine de pages au cruel comte Valenso et aux siens, naufragés survivant sur une île perdue infestée de Pictes (tiens, tiens…). Deux bateaux de pirates viennent mouiller près de leur refuge pour trouver un trésor caché il y a une centaine d’années.
Alors qu’on l’avait presque oublié, Conan réapparaît quand les forbans sont sur le point de s’entretuer. Charismatique, archétype du mâle alpha, il convainc tout le monde que lui seul peut les mener au trésor. Les pirates ont besoin les uns des autres pour arriver à leurs fins, mais ne pensent qu’à se trahir à la première occasion. Masbou comme Howard insistent bien sur la bassesse de l’esprit humain aveuglé par la convoitise.

Conan le Cimmérien T.14 : Le Maraudeur noir © Jean-Luc Masbou, Glénat
Un festival graphique foisonnant
Ici, pas d’animaux humanisés comme dans De cape et de crocs, mais des hommes, des muscles et de la testostérone. Avec une nièce et sa jeune servante en contrepoint. Masbou met en scène avec talent la tension croissante et les nombreuses et violentes scènes de batailles. Ses pictes ont un côté Iroquois, se fondant dans la forêt pour épier, puis massacrer les envahisseurs. La touche de fantastique est distillée par l’ambiance oppressante et l’apparition du démon à l’origine de la terreur de Valenso. Les décors sont spectaculaires, les couleurs directes belles et travaillées. L’artiste compose en orfèvre de petits tableaux régalant le lecteur. Glénat a aussi prévu une édition en noir et blanc de l’album.
Conan fait comme toujours une critique de la civilisation, qui, selon Howard, corrompt l’homme. Il fait dire à Conan : « Dans les pays civilisés, j’ai vu des échoppes débordant de victuailles et des hommes vomissant d’avoir trop mangé tandis que d’autres à côté d’eux mouraient de faim. » Conan n’a besoin, lui, « que d’un navire, d’un équipage et d’un peu de vent ! » Un homme libre… prêt à piller sans entraves ! Masbou a su traduire l’aspect épique de l’univers de Conan dans un volume qui se retrouve d’emblée en bonne place dans la collection que lui dédie Glénat.