ZOO

Infidel (Octobre 2021)

couverture de l'album

Série : InfidelÉditeur : Urban Comics

Scénario : Aaron Campbell, Pornsak Pichetshote

Collection : Urban Indies

Genres : Fantastique

Prix : 18.00€

ma collection
mes souhaits
série

La critique ZOO

Note ZOO 5.0

Scénario

5.0

Dessin

5.0

L’horreur a le vent en poupe dans la bande dessinée américaine. Après le très bon Basketful of heads de Joe Hill, Urban Comics publie un nouveau récit indépendant de genre, Infidel, par Pornsak Pichetshote, Aaron Campbelle et José Villarubia. Une mini-série Image Comics qui parle de meurtre et de… racisme.

Aisha vit à New Yok avec Tom et sa fille Kris, chez la mère de celui-ci. Dans un immeuble en mauvais état, dans lequel un attentat terroriste a eu lieu. Plusieurs morts ont été à déplorer et l’immeuble a du mal à se remplir à nouveau. Mais n’est-ce pas plutôt en lien avec les visions horribles qui traversent Aisha ?

La BD de genre peut être engagée

Ce n’est pas parce que l’on joue avec un univers violent et malsain que l’on ne peut pas en profiter pour dire des choses au passage. C’est le présupposé de Pornsak Pichetshote, ancien éditeur du label Vertigo passé à l’écriture.


Pornsak Pichetshote propose un récit sur la xénophobie aux USA

Pornsak Pichetshote propose un récit sur la xénophobie aux USA
© Urban Comics, éditions 2021

Sous la surface horrifique, il propose donc un récit sur le racisme et la xénophobie aux USA. Il le fait sans manichéisme, même si son propos manque un peu de finesse sur la fin. Il assène la morale de l’histoire de manière trop évidente, alors qu’il montre tout le contraire au fil des pages précédentes. Il montre que le racisme est un mélange de peur et d’incompréhension, associé à des situations sociales difficiles. Un cocktail dont on vérifie les effets aux quatre coins de la Terre, malheureusement. L’auteur écrit d’abord sur l’islamophobie américaine, nourrie par la peur générée par les attentats du 11 septembre 2001. Mais il ne manque pas de montrer que toutes les communautés peuvent être touchées par ce fléau. Et invite donc à ce que chacun s’y montre attentif pour ne pas céder aux pulsions les plus noires.

Savoir renouveler les codes du genre

Des pulsions évidemment incarnées par cette maison hantée modernisée. Là encore, on a une idée fort intéressante. Plutôt que de rester dans les vieilles bicoques victoriennes délabrées, Pichetshote place la sienne dans un immeuble typique de la modernité américaine. Il montrer que notre quotidien peut s’avérer aussi anxiogène que le mystère de l’ancien.

Il est rare de trouver une telle proposition. Mais c’est pourtant ici une idée qui fait mouche et qui pourrait inspirer de nombreux auteurs dans l’exploration décalée du genre horrifique.

Le photo-réalisme nourrit nos angoisses

Il est compliqué de faire peur en bande dessinée. La création de la peur relève de la prise de contrôle de l’auteur sur le spectateur et en bande dessinée, le lecteur s’avère bien trop autonome. Il faut donc chercher autre chose pour générer la tension. Dans Infidel, c’est le dessin qui joue cet effet.

Aaron Campbell

Aaron Campbell use du photo-réalisme pour créer de l'horreur
© Urban Comics, éditions 2021

Aaron Campbell offre un style photo-réaliste. Un trait fin, peu d’effets de matière. Il laisse le soin à José Villarubia, le coloriste, de sculpter par la lumière ses personnages et ses décors. Ce faisant, le duo génère des visuels qui s’approchent de la réalité.
Mais Campbell n’oublie pas de placer des encrages intenses pour compenser la luminosité des couleurs de son partenaire. Cette noirceur envahie à différent degré les pages. Ces déséquilibres viennent renforcer les effets de malaise.

Et puis il y a les scènes où les fantômes entrent en action. Et là Campbell modifie complètement son trait, Villarubia se déchaîne et ils créent des visuels dérangeants qui nous sortent totalement de la réalité qu’ils avaient créé auparavant. Avant de nous y replonger. Là encore, malaise…

Infidel est donc une proposition tout à fait pertinente dans le catalogue Image Comics. C’est un récit qui questionne autant qu’il divertit, qui repose sur de vraies propositions artistiques. A découvrir, que l’on soit un habitué de comic-book ou pas.

Pour aller plus loin

Haut de page

Commentez et critiquez

1200 caractères restants