Nous sommes en 2137, l’humanité a progressivement rongé toute trace de végétation sur la planète. Seule l’Amazonie résiste à cette violence industrielle, dernière zone rescapée, malheureusement irradiée, ou vivent quelques « écolos » en harmonie avec ce qui reste de la nature, loin des cités hermétiques et aseptisées.
Nous entrons dans le récit par les yeux de Kanopé, une jeune fille qui vit seule dans cette forêt, vivant de chasse et des fruits qu’elle peut récupérer au fil de ses expéditions. Un jour, elle découvre Jean, un homme de la ville, perdu qui s’est réfugié dans sa cabane. Il ne connait rien de cet univers sauvage, si ce n'est cette peur du danger, des radiations. Petit à petit, il découvre pourtant un monde qui le fascine, aux antipodes de celui qu'il connait...

L'autrice fait de ses personnages le coeur de l'histoire
© Delcourt, éditions 2021
L’idée assez simple qui découle de cette confrontation entre deux paradigmes qui s’opposent permet à Louise Joor de glisser un discours sur l'état de la nature profondément meutrie par l'homme, sur la nécessité de revenir à une vie plus essentielle, pleine de respect pour l'environnement.
Toutefois, au delà de ce premier contact plutôt moralisateur, le scénario évite de tomber trop directement dans la leçon de choses qui sanctionne. On a tout à fait conscience de la dimension particulièrement partisane de ces deux volumes, néanmoins, l'autrice n'oublie pas son récit et ses personnages qui sont le véritable centre de l'histoire. Elle amène simplement ses idées, avec finesse, sans discours ronflant ni revendicateur.
Louise Joor est surtout une excellente narratrice (comme on peut aussi s’en rendre compte sur son autre série Neska), elle rythme très bien son récit, prend son temps pour installer les détails, le quotidien de son héroïne, ses petites habitudes, ses petites fragilités. À aucun moment le discours ne se substitue au récit.

Louise Joor s'interroge sur les enjeux écologistes
© Delcourt, éditions 2021
En proposant ainsi une SF plus naturaliste, éloignée des standards habituels, Louise Joor s'interroge sur les enjeux écologistes, sur la nécessité de préserver ces écosystèmes en danger et sur l'importance de regarder un peu plus ce qu'on a sous les pieds plutôt que de se tourner uniquement vers une modernité galopante qui a parfois tendance à couper l'individu de son environnement !
Une passionnante lecture qu'on a du mal à lâcher dès qu'on entame la première planche. Même s’il est vrai qu’en contre partie Louise Joor a parfois tendance à restreindre son propos à la zone qui entoure Kanopé et à cette dualité entre modernité et nature, quitte à ne pas plus creuser que ça ce qui peut concerner "l'extérieur", les motifs périphériques...
Ces deux albums restent une très belle surprise pleine de pertinence et de réflexion sur l’avenir de l’humanité !