Un récit sombre et puissant nous plonge dans le sud profond des États-Unis, où tensions raciales, misère et violence structurent le destin de personnages ballottés par l’Histoire.
À Savannah en 1926, les auteurs nous livrent un récit choral. La première scène met en scène Zacharie, un métis employé dans une plantation, venu interrompre le pasteur Leer en plein baptême de pauvres fermiers blancs — les white trash (« raclure blanche »). Il apporte avec lui un nouveau-né noir, fils de son ami Malcolm, récemment lynché, et réclame que l’enfant soit baptisé dans la même rivière. Cette demande provoque une vive tension au sein du groupe, d’autant que le pasteur, véritable force de la nature, ne semble guère enclin à la tolérance envers les Noirs.

Extrait de Au Sud, l'Agonie, par Philippe Pelaez, Hugues Labiano et Jerôme Maffre
© Glénat, 2026
Parallèlement, l'agent David du FBI est chargé d’enquêter sur la mort de Malcolm. Originaire du Nord, étranger aux mentalités locales, il a également une relation secrète avec un jeune homme de la ville. Dans le même temps, on suit l’évasion d’un bagnard affublé d’une menotte au poignet, l’autre bracelet étant resté fermement attaché au bras de son complice mort et abandonné en route. Cet homme tente coûte que coûte de rejoindre Savannah…

Extrait de Au Sud, l'Agonie, par Philippe Pelaez, Hugues Labiano et Jerôme Maffre
© Glénat, 2026
Cet album constitue le deuxième tome de la trilogie Trois touches de noir. Après un premier volume consacré à la pègre dans les années 1930, celui-ci explore le Sud des années 1920. Le troisième volet, annoncé, devrait se dérouler à Las Vegas juste après la guerre. Philippe Pelaez, féru de cinéma et de littérature américaine, dépeint un Sud sombre et oppressant, marqué par l’après-guerre de Sécession, l’effondrement économique, la misère, l’ignorance et le ressentiment. Son scénario plonge le lecteur dans une atmosphère lourde et malsaine.

Extrait de Au Sud, l'Agonie, par Philippe Pelaez, Hugues Labiano et Jerôme Maffre
© Glénat, 2026
Hugues Labiano, déjà auteur de Dixie Road, qui se déroulait dans ces mêmes paysages quelques années plus tard, s’empare du récit avec un trait profondément sombre. Son dessin, mûri au fil du temps, s’avère ici plus accompli que lors de Dixie. Finesse de l’encrage, larges aplats noirs, ambiances réalistes et palette de couleurs (proposée par Jérôme Maffre) déclinant les gris et les bruns composent des planches superbes. À la dernière page, le lecteur a le sentiment de quitter une salle obscure, comme après une séance de cinéma.