Le duo Zabus-Vernay offre un récit d'une grande puissance, un roman graphique bouleversant de justesse et de tendresse. Quand l'écriture devient le dernier rempart d'un enfant contre la douleur et l'effondrement de son monde.
Tout commence par la rencontre du lecteur avec Germain. L'idée de voir cet enfant de dix ans écrire ses mémoires du haut de son apparente naïveté fait d'abord sourire. Puis, très vite, on se rend compte que le petit essayiste a déjà vu des crépuscules, qu'il a déjà assisté à des chutes, à des fins, et qu'il a finalement plus à dire qu'on ne le lui aurait prêté. Persuadé d'être responsable du "gros truc" dont il ne veut pas parler, le gamin se lance dans le récit de différents épisodes de sa vie, un par an, ceux qui le rendent fébrile, "agité" comme l'indique le titre, vibrant d'une anxiété que seule l'immobilité de sa machine à écrire parvient à apaiser.
Vincent Zabus, dont on connaît le questionnement humaniste depuis Les Ombres ou l'adaptation du Monde de Sophie, déploie ici toute sa maîtrise du théâtre intime. Évitant l'écueil du mélodrame facile, il prête à Germain un air de "Petit Nicolas" qui allège le propos, à ceci près que son héros est un peu moins ingénu que son illustre prédécesseur. Le dispositif des "mémoires" permet une double narration réussie : celle, brute, de la réalité des événements, et celle, recomposée, des mots de l'enfant qui tente d’ordonner le chaos environnant.

Un récit larmoyant au dessin poétique, permis par le duo Zabus-Vernay.
© Dargaud, 2026
Graphiquement, Valérie Vernay poursuit son œuvre de douceur. Retrouvant la même veine graphique que celle d’Oscar et la dame rose, là aussi à rapprocher, et c'est un compliment, de Sempé, elle enveloppe la tragédie dans un trait d’une belle rondeur, avec des teintes qui semblent filtrer la dureté du réel avant le grand drame. Le duo qu’elle forme avec le scénariste s’impose par l’adéquation du trait à ce que le récit demande de poésie et de finesse pour être supportable.
Des épreuves de la vie et de la résilience…
Mémoires d’un garçon agité est un livre lumineux même s’il parle de culpabilité, de mort, de famille et d’attachement, tout ceci convergeant vers ce "gros truc" qu’on vous conseille de ne pas vous faire spoiler. Empli d’une humanité rare, cet ouvrage qui vous fera sourire autant qu’il vous tirera des larmes délivre un message totalement adapté à la bande dessinée : si nous ne sommes pas maîtres de notre dessin, nous le restons du récit que nous en tirons.
Article publié dans ZOO Le Mag N°108 Janvier-Février 2026