Nous retrouvons avec plaisir le commissaire Raffini, sur un plateau de cinéma où la tragédie remplace la mise en scène. Cette enquête mêle polar rétro et hommage appuyé au septième art et à ses stars emblématiques.
Lors du tournage d’une scène de polar réunissant Gabin et Ventura, un personnage doit tirer sur la vedette du film. Mais l’impensable se produit : les balles à blanc ont été remplacées par de véritables munitions. Sous l’œil des caméras, le coup part… et l’actrice s’effondre, réellement touchée. Le drame est bien réel.
Le commissaire Raffini est chargé de l’enquête. Les années ont passé : son fidèle adjoint Morlaine a pris sa retraite et cède sa place à une jeune recrue fraîchement sortie de l’école de police, Claire Renaud. Jolie, déterminée, moderne, elle incarne cette nouvelle génération de femmes qui font leur entrée dans la police. Le vieux commissaire, d’abord déconcerté, devra s’adapter. Mais il reconnaîtra rapidement le flair et la fine intelligence de l’inspectrice et l’adoptera sans réserve. L’enquête débute sur les lieux mêmes du tournage. Raffini interroge Jean Gabin dans une scène savoureuse, pleine de verve. Le lecteur est immédiatement plongé dans l’atmosphère d’un film noir de l’époque, entre répliques ciselées et ambiance enfumée.

Les nouvelles enquêtes du commissaire Raffini, T.1 : La poupée sans tête, par Rodolphe au scénario et Christian Maucler au dessin.
© Éditions du Tiroir, 2026
La série du commissaire Raffini agit comme une double madeleine de Proust. D’une part, elle nous transporte dans la France de la fin des années 50, début 60, restituant avec justesse le quotidien et l’esprit de cette époque. D’autre part, la série elle-même appartient à notre mémoire collective : lancée en 1980 avec Jacques Ferrandez au dessin, puis reprise dans les années 90 par Christian Maucler, elle accompagne les lecteurs depuis plus de quarante ans. Nous avons le sentiment d’avoir toujours connu ce commissaire au charme délicieusement franchouillard, digne héritier des polars de la grande époque.

Les nouvelles enquêtes du commissaire Raffini, T.1 : La poupée sans tête, par Rodolphe au scénario et Christian Maucler au dessin.
© Éditions du Tiroir, 2026
Publiée successivement par Les Humanos, Hélyode, Lefrancq, Néo, Albin Michel, Desinge, Tartamudo et Le Pythagore Éditions, la série est aujourd’hui reprise par les éditions du Tiroir. Par ailleurs, Rodolphe a également décliné l’univers du commissaire sous forme de romans.
Ce nouvel opus rend un hommage appuyé au cinéma français des années 50-60 et à ses figures emblématiques. Le dessin de Christian Maucler s’accorde parfaitement à cette atmosphère : son trait légèrement suranné et ses personnages un peu figés renforcent l’impression d’assister à un film d’époque. Ses représentations de Gabin et Ventura sont particulièrement réussies, tant il parvient à restituer leur présence et leur charisme. La mise en couleur contribue elle aussi à recréer cette ambiance si particulière.
Les amoureux de cette période et du cinéma français classique y trouveront un plaisir certain, entre nostalgie et redécouverte.