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Joe Shuster (Septembre 2018)

couverture de l'album Joe Shuster

Éditeur : Urban Comics

Scénario : Julian VolojDessin : Thomas Campi

Collection : Urban Graphic

Genres : Récit de vie

Public : À partir de 12 ans

Prix : 17.50€

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La critique ZOO Le Mag

Note ZOO Le Mag 5.0

Scénario

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Il était grand temps qu’un comic book rende hommage et justice aux créateurs de Superman, victimes d’un terrible système éditorial. C’est enfin le cas avec ce magnifique Joe Shuster de Voloj et Campi.

Hiver 1975, New York. Un policier voit un vieil homme affamé et transi de froid sur le banc d’un parc et l’accompagne dans un diner pour lui payer un bol de soupe chaude. Le « clochard » dit à son bienfaiteur qu’il est le dessinateur co-créateur de Superman, et raconte son histoire... Si Superman connut le succès dès le n°1 d’Action Comics en avril 1938, l’industrie du comic book n’en était à l’époque qu’à ses balbutiements et Siegel et Shuster ne touchèrent que 130 dollars, signant un contrat qui stipulait que National Allied Publications (futur DC Comics) achetait leur œuvre et qu’eux lui cédaient tous les droits de reproduction et d’exploitation du personnage.

Voyant le succès public et financier grandissant de Superman, ils essayèrent de faire modifier leur contrat, mais l’éditeur refusa, leur cédant finalement 100 000 $ en 1947 afin de se débarrasser d’eux, sans royalties. Mais ni Siegel ni Shuster ne réussirent à remonter la pente, se retrouvant de plus en plus dans la misère à mesure que Superman rapportait de plus en plus d’argent, avec comme acmé le fameux film de 1978 qui rapporta des millions à DC pendant qu’eux se retrouvaient à la soupe populaire. Jerry Siegel fit alors un communiqué de presse qui révéla leur situation, et grâce à l’engagement de la profession, ils purent – bien tard – vivre plus décemment en tant que créateurs de Superman.

Nécessaire

« C’est une histoire qu’il était nécessaire de raconter en bande dessinée depuis bien longtemps déjà », écrit Julian Voloj dans la postface de cet album. Effectivement, personne n’avait encore osé aborder la destinée tragique des deux créateurs de Superman, Jerry Siegel et Joe Shuster, dans le médium même de cette injustice notoire – non pas un article ou un livre, mais bel et bien un comic book, à l’endroit même où Superman naquit.

C’est justement parce que cette histoire de créateurs lésés du fruit de leur travail touche à la fondation même du super-héros originel devenu iconique, le plus célèbre d’entre tous, ainsi qu’à son exploitation, que pareil projet est resté tabou durant des décennies. C’est comme une tache indélébile, un épisode noir de l’histoire éditoriale de DC Comics. Il était donc d’autant plus important que ce soit chez cet éditeur que ce travail de mémoire soit aussi réalisé en bande dessinée, faisant preuve de résilience, de responsabilité, de reconnaissance envers les pères fondateurs du mythe qui a permis à DC de devenir ce qu’il est. Important aussi que cela soit bien fait, avec cœur, talent et intelligence. On ne pouvait pas rêver mieux que ce qu’ont réalisé Julian Vovolj et Thomas Campi dans cet album touchant et passionnant.

Poignant

En effet, cet album – même s’il dépeint impeccablement la chronologie et la nature du sujet – a été réalisé avec une grande sensibilité, sans verser dans le misérabilisme ou l’emphase et accordant une vraie place à la dimension humaine.

Car c’est après avoir été bouleversé par la lecture de lettres de Shuster décrivant ses difficultés à vivre (frais médicaux impayés, peurs d’expulsion ou poignante découverte de Shuster mentionnant sur ses lettres de recherches d’emploi dans les années 60 qu’il était le dessinateur-créateur de Superman) que Voloj a décidé d’écrire sur l’histoire de Joe et Jerry. Cerise sur le gâteau : le dessinateur. Heureusement, le choix de Voloj ne s’est pas porté sur un dessinateur au style « comics » mais sur Thomas Campi, artiste italien qui a superbement répondu au souhait du scénariste en s’inscrivant dans un traité peint rappelant celui d’Edward Hopper, réalisme intime idéal pour ce genre de biographie.

Article publié dans le magazine Zoo n°67 Septembre - Octobre 2018

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