Des Indes à Hanovre, en passant par Constantinople, Paris, la Prusse et Versailles, Aymond de Terre-Noire donne de sa personne pour servir Louis XV dont il est l’un des meilleurs espions. Son atout ? Il est invisible ! On est sous le charme.
Aymond porte un masque pour exister aux yeux des autres car il est invisible depuis une expérience alchimique mal maîtrisée. Il vit son état comme une malédiction : mésestimé, il se sent également transparent au sens figuré du terme. Son chemin croise celui du Chevalier d’Eon et de la belle espionne russe Aglaïa Demetrova et il doit affronter mille dangers alors que s’engage la guerre de Sept Ans.
Le scénario est très écrit, avec une part importante de textes off (narrés par Aymond) qui donnent une tonalité singulière au récit. Le style de Stephen Desberg est d'une élégance sensuelle, en harmonie avec le dessin élégant d’Henri Reculé. Pour cette histoire, le dessinateur se réinvente et le résultat est heureux. Les choix de composition sont très dynamiques. D’un trait épuré, il multiplie les angles de vue, souvent audacieux, toujours pertinents. Les larges aplats noirs donnent des visuels contrastés. Il y a beaucoup de jeux de lumière. Les couleurs tranchées de Céline Labriet, souvent chaudes, sont associées de manière audacieuse. Le rendu rappelle certains comics de bonne facture, sans être servile.

Une intrigue haute en couleurs chaudes, que l'on doit à Céline Labriet
© Glénat, 2026
Avoir quelques connaissances de la guerre de Sept Ans ne nuit pas, mais dans tous les cas on se laisse porter par le flot de l’Histoire. Les différents pays européens avancent leurs pions sur l’échiquier international. Desberg nous montre que cette guerre mondialisée est moderne, car elle est aussi une guerre d’information ; d’où l’importance de la diplomatie clandestine créée par Louis XV, « Le Secret du Roy », à laquelle Aymond appartient.
L’espion aura-t-il droit au bonheur ? Réponse dans la seconde partie de ce diptyque.
Article publié dans ZOO Le Mag N°108 Janvier-Février 2026