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Les comics et les élections US: épisode 3

Le monde du comic-book dans la campagne électorale 2020

En cette année 2020, les Etats-Unis sont divisés comme rarement le pays l’a été. Les commentateurs s’attendent à une élection extrêmement perturbée. Du côté des professionnels du comic-book, peu se sont engagés directement, mais quelques figures ont tout de même marqué les esprits.


les réseaux sociaux anti-Trump qui menacèrent Marvel d’un boycott

les réseaux sociaux anti-Trump qui menacèrent Marvel d’un boycott

Isaac Perlmutter, le milliardaire qui conseille le président

Du côté des pro-Trump, on peut citer le cas d’une personnalité de tout premier plan. Rien de moins que le milliardaire patron de Marvel Entertainment, Isaac « Ike » Perlmutter. Son soutien s’est exprimé de façon sonnante et trébuchante en janvier avec un don d’un million de dollars à la campagne de l’actuel Président pour sa réélection. Un don personnel mais qui fit se lever les réseaux sociaux anti-Trump qui menacèrent Marvel d’un boycott, resté à l’état de simple menace. Le milliardaire n’en tint pas compte du tout et dans le même temps, Marvel Comics reste contesté par l’extrême-droite américaine qui n’a jamais digéré un Captain America noir, une Miss Marvel musulmane ou une Thor femme. Pour autant, cet investissement d’Isaac Perlmutter aux côtés de Donald Trump n’a rien de surprenant. Le pure player américain ProPublica avait mis en lumière en octobre 2019 les liens forts entre les deux hommes, faisant de Perlmutter un conseiller de l’ombre influent.


Van Sciver s’approprie sur Twitter le hashtag #MAGA (Make America Great Again)

Van Sciver s’approprie sur Twitter le hashtag #MAGA (Make America Great Again)

Ethan Van Sciver, héraut du comicsgate

Twitter est l’outil de communication préféré du Président Trump, ses soutiens s’y expriment aussi fortement. Un des rares auteurs de comic-book professionnel à y prendre position en faveur du président sortant, c’est le dessinateur Ethan Van Sciver. L’artiste a notamment été reconnu pour son travail sur le Green Lantern scénarisé par Geoff Johns. Van Sciver s’approprie sur Twitter le hashtag #MAGA (Make America Great Again) et s’affiche en fervent supporter de la réélection de Trump.

Cet engagement n’a rien de surprenant, car l’artiste est une des figures emblématiques du « comicsgate ». Ce mouvement est composé de membres de l’extrême-droite américaine qui mènent depuis plusieurs années des campagnes d’attaques et d’intimidation contre les éditeurs et artistes coupables d’être des « Social Justice Warrior ». Van Sciver en est une figure les plus médiatiques aux côtés du YouTuber Richard Meyer. Parmi les actes de gloire précédents du dessinateur, un artbook personnel dont la couverture représentait le personnage de Sinestro avec mèche et petite moustache. Un livre intitulé My Struggle… Mon combat… Mein Kampf.


). L’objectif était de lever des fonds pour la campagne du candidat démocrate, avec des tickets d’entrée compris entre 50 et 5600 $.

L’objectif des auteurs de comics était de lever des fonds pour la campagne du candidat démocrate, avec des tickets d’entrée compris entre 50 et 5600 $.

Biden President Victory Fund

De l’autre côté de l’échiquier politique, l’engagement s’est fait de manière beaucoup plus formelle. C’est une conférence en ligne qui était prévue le 22 octobre dernier regroupant dix-sept artistes de comic-book. A leur tête, on retrouve sans surprise Mark Waid, dont le récent Ignited ne laissait aucun doute quant à ses orientations politiques (lisez notre interview en ligne). A ses côtés, les scénaristes Ron Marz (Green Lantern, Batgirl), Greg Pak (World War Hulk) ou Jody Houser (Faith et la Future Force, Harley and Ivy). L’objectif était de lever des fonds pour la campagne du candidat démocrate, avec des tickets d’entrée compris entre 50 et 5600 $. La crise de la COVID a amené à l’annulation de ce rendez-vous qui s’avérait toutefois le témoin d’une prise de position sans équivoque de la part de ces artistes. L’engagement le plus massif qui se soit exprimé pendant cette campagne au sein des majors du comic-book.

L’industrie mainstream du comic-book a donc su mettre en scène de bien des façons les présidents américains. A chaque fois, ces apparitions disent beaucoup de l’engagement des créateurs par-delà les histoires qu’ils écrivent. Marvel la démocrate, contre DC la conservatrice, sont deux clichés tenaces mais qui cachent une réalité bien différente. L’enjeu de ces deux entreprises est de vendre des comic-books au plus grand nombre, en évitant les débats bien trop clivants. Et donc en évitant de trop souffler contre le sens du vent.

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