ZOO

Dessine-moi un politique !

À quelques semaines des élections municipales et à l’occasion de la sortie de l’album Le Petit Maire, Zoo s’intéresse à la représentation de l’action politique dans la BD.

Il faut lire Le Petit Maire… Cette BD n’offre pas seulement un regard très juste et très fin sur le rôle des élus dans les villages, elle est aussi une pépite, presque aussi rare qu’une subvention gouvernementale pour les communes rurales en ces temps de disette budgétaire… Rares sont en effet les bandes dessinées qui traitent réellement de l’action publique. Un manque qu’il convient d’interroger, car si le monde de la BD est souvent engagé, son rapport avec la politique demeure ambigu, entre fascination et répulsion.

Couverture de Le Petit Maire, par Laurent Turpin et Olivier Berlion aux éditions Les Arènes

Couverture de Le Petit Maire, par Laurent Turpin et Olivier Berlion aux éditions Les Arènes

Avec Le Château et Comédie française, Mathieu Sapin nous convie au cœur de la politique, auprès de François Hollande puis d’Emmanuel Macron. Il devient un nouveau Candide qui s’amuse des apparats du pouvoir. Un Candide qui se met en scène – au risque de faire oublier les gouvernants et les conseillers – pour mieux faire ressortir les absurdités de notre vie démocratique. Kokopello aussi, qui visite le Palais-Bourbon puis le Parlement européen, se croque en observateur, reste en retrait, comme pour se préserver du mélange, des pressions et des connivences. Même Olivier Faure – politicien pourtant aguerri et auteur méconnu d’une BD – utilise un témoin (sa fille, Nina) pour décrire les coulisses du PS, coincé entre Ségolène et François, en pleine crise de couple. Plutôt que de recourir à son adolescente, le Premier secrétaire dessinateur (également premier dessinateur secrétaire du PS) n’aurait-il pas dû prendre un pseudonyme ?

Couverture du premier tome de la série Campagne présidentielle, avec Mathieu Sapin au scénario et aux illustrations

Couverture du premier tome de la série Campagne présidentielle, avec Mathieu Sapin au scénario et aux illustrations

Extrait

Extrait de Campagne présidentielle, T.1, par Mathieu Sapin. Dans les coulisses de la campagne présidentielle de François Hollande
© Dargaud, 2022

Quelques politiques de premier plan ont cependant eu les honneurs des cases de BD. Ces heureux élus sont d’abord des figures clivantes : Marine Le Pen (La Présidente) ou Nicolas Sarkozy (La Face karchée). Le dessin devient alors un combat et la BD une caricature. Parfois, la réalité politique dépasse la fiction dessinée. Dominique de Villepin n’a ainsi pas grand-chose à envier au lyrisme d’Abel Lanzac dans Quai d’Orsay (Christophe Blain). Quant à François Mitterrand, en véritable personnage de roman, ses derniers jours ont sûrement été aussi ésotériques et spirituels que ceux contés dans Le Dernier Président de Joël Callède. Il y a enfin Formidable !, un bilan des années Jack Lang (1981-1992)*, très (trop) enthousiaste. Basé sur des entretiens avec l’ancien ministre de la Culture, il pose aussi le problème du recul et de la frontière parfois ténue entre travail journalistique et parti pris artistique.

Couverture de La face karshée de Sarkozy, par Philippe Cohen, Richard Malka et Riss

Couverture de La face karshée de Sarkozy, par Philippe Cohen, Richard Malka et Riss

Pour nombre de concitoyens, la politique est devenue d’abord une déception. Il y a bien sûr les scandales et les magouilles qui ont terni l’action publique (à lire dans l’encadré). Nombreux sont aussi les dessinateurs qui dénoncent l’inaction, les silences et les lâchetés. Les Algues vertes décrit ainsi comment les élus municipaux et les pouvoirs publics ont passé sous silence ce scandale sanitaire. Impact, d’Olivier Norek et Frédéric Pontarolo, est un appel à agir contre la passivité et l’impuissance des élites face aux catastrophes environnementales. Étienne Davodeau, lui, a produit une œuvre qui mêle notamment militantisme (Les Mauvaises Gens), engagement local (Le Droit du sol) et mouvement populaire (Un homme est mort, avec Kris). Pour une partie du monde de la BD, culturellement proche du monde associatif, l’action politique s’efface souvent devant les luttes et les initiatives citoyennes. Après tout, les mouvements sociaux sont des aventures humaines à part entière, avec leur lot d’espoir et de déception. L’ouvrage Lip, des héros ordinaires (préfacé par Jean-Luc Mélenchon), qui retrace l’épopée de l’autogestion, en est le plus bel exemple. Ce n’est peut-être pas un hasard si, finalement, l’une des BD les plus représentatives de la politique, Première Dame, mêle lutte pour les droits, engagement social, coups tordus entre alliés, président débordé, conseillers hors sol, secrets d’État, amours et ors du pouvoir… Tout ce qui fait la politique, réuni en un seul livre assez drôle et tellement humain, car derrière l’action publique, n’oublions pas qu’il y a aussi des hommes et des femmes.

*Donc avant l'affaire Epstein

Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026


DessineMoiUnPolitique

ZOO109

BD

Politique

Dossier

Haut de page

Commentez

1200 caractères restants