En 1979, la Révolution Islamique transforme l’Iran en République théocratique. En quelques mois, un pays qui s’était ouvert à la modernité bascule dans un régime d’un nouveau genre, à la fois autoritaire et clérical. La police des mœurs patrouille dans les rues, les partis d’opposition sont dissous, les intellectuels contraints à l’emprisonnement ou à l’exil.
Puis vient la guerre contre l’Irak, huit ans de conflit achevant d’installer la peur au sein d’une génération entièrement sacrifiée, jusqu’à aujourd’hui. Les soulèvements sont réprimés mais n’enterrent pas la révolte. C’est le cas du mouvement Femme, Vie, Liberté né en 2022 après la mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs car son voile n’était pas porté correctement.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire la bande dessinée iranienne, ou plutôt celle sur l’Iran qui n’existe qu’en dehors de ses frontières. Ces œuvres s’inscrivent dans une tradition de résistance par l’art, où la BD occupe une place singulière : documentant le récit par l’illustration.
Pourquoi la bande dessinée ? Ce n’est pas qu’esthétique, la bande dessinée raconte par l’image, rend les corps expressifs, mêle l’humour au tragique et rend visible ce que les mots ne suffisent pas à transmettre. Là où le roman doit décrire, là où le documentaire doit filmer, le dessin contourne. Il témoigne sans preuve et universalise sans effacer.
Dessiner l'intime : l'œuvre autobiographique de Marjane Satrapi
L’œuvre de Marjane Satrapi constitue les fondements de la bande dessinée iranienne. Autrice de la première BD sur l’Iran traduite et diffusée à l’échelle internationale, Persepolis, elle a ouvert la voie à d’autres voix dont le témoignage nous est précieux. En choisissant le médium de la bande dessinée, plutôt que le roman ou le documentaire, Satrapi prend le parti de raconter le politique par l’intime et la répression par le quotidien, parfois avec beaucoup d’humour.

Extrait de Persepolis, par Marjane Satrapi : la première bande dessinée sur l’Iran © L'Association, 2017
Dans Persepolis, nous suivons Marji, de son enfance à l’âge adulte, dans l’Iran de la Révolution Islamique puis de la guerre Iran-Irak. C’est une enfant politisée dès le plus jeune âge, qui souhaite participer aux manifestations contre le régime avec ses parents. À son jeune âge, elle prend déjà conscience des réalités sociétales de son pays et des abus de pouvoirs subis par la population. Elle est témoin des premières obligations qui incombent toujours aux femmes iraniennes à ce jour : le port du voile, justifié par le régime « pour protéger les femmes de tous les violeurs potentiels ». Elle raconte également le sort réservé aux garçons des familles les plus pauvres, envoyés au front pendant la guerre contre l’Irak (1980-1988), en échange d’une clé censée ouvrir les portes du paradis.
Pendant ce temps, Marjane participe à sa première boum, avec « un look d’enfer », preuve d’une jeunesse qui se vit malgré tout. Cette coexistence du banal et de l’horreur est l’une des forces de Persepolis, Satrapi ne sacrifie jamais l’une à l’autre. L’adolescence se vit à l’identique, Marjane connaît les filons, elle sait où se procurer des cassettes de ses groupes préférés, se promène seule, ses nouvelles Nike au pied, rehaussée d’une veste en jean rapportée de Turquie par ses parents. Un accoutrement trop dissident pour les gardiennes de la révolution qui la menaceront d’arrestation.
C’est précisément ce que la bande dessinée permet et que le roman peine à faire avec la même efficacité : montrer simultanément la résistance par les détails.

Les gardiennes de la Révolution constituent l’un des piliers du régime islamique iranien © L'Association, 2017
L'Occident : fantasme, miroir et désillusion
Marjane n’ayant pas la langue dans sa poche, et pour la protéger, ses parents l’envoient en Autriche. Ce départ constitue un tournant narratif majeur : Persepolis cesse alors d’être uniquement le récit d’une enfance sous la dictature pour devenir aussi celui d’un déracinement, d’une confrontation entre deux mondes que tout oppose en apparence, et qui finissent par se révéler également décevants.
En Autriche, Marjane est choquée par l’importance qu’accordent ses camarades à des futilités, alors même que les siens connaissent l’horreur quotidienne. C’est là toute la difficulté de croire à un récit national : une partie de la population n’a pas connu la réalité de la guerre, l’a fuie, à raison. Marjane est perçue différemment par ses camarades : elle n’est pas gâtée, a connu la guerre, a vu des morts. Elle est doublement étrangère : en Occident parce qu’Iranienne, étrangère à l’Iran après l’avoir quitté.
Elle vit dans une pension de bonnes sœurs, qu’elle finit par insulter, rejetant l’extrémisme de toutes les religions indistinctement ; c’est avant tout le fanatisme qu’elle combat. Elle traverse sa période punk, cache ses origines iraniennes, avant de les assumer fièrement, retrouvant ainsi son intégrité.
Elle sera confrontée à des discours condescendants et bien-pensants sur l’Iran, de la part de gens qui n’y connaissent rien mais parlent avec une assurance confondante. C’est après sa rupture amoureuse qu’elle prend pleinement conscience de sa solitude, de son absence de repères dans un pays qui n’est pas le sien.

La solitude se ressent pour Marji, qui ressent le besoin d’être entourée de ses proches en dépit de tout danger © L'Association, 2017
Elle passe les semaines suivantes à errer, dehors, seule, dormant sur des bancs et fouillant les poubelles. C’est après un séjour à l’hôpital qu’elle décide de se reprendre en mains, déçue et honteuse de n’avoir pas vécu à la hauteur des espérances de ses parents, qui l’avaient envoyée ailleurs pour une vie meilleure.

Marji décide de rentrer en Iran, malgré les espoirs qu’elle sait que ses parents ont placés en elle : elle veut rentrer dans son pays malgré la honte © L'Association, 2017
Elle rentre chez elle, et tant pis pour les libertés individuelles et sociales… Marjane se rend compte du fossé entre son incursion dans le monde occidental et l’obsession pour celui-ci pour ceux qui n’ont pas pu s’enfuir. La prohibition transforme le rouge à lèvres en objet de résistance : celle-ci s’infiltre dans les gestes les plus ordinaires.

La résistance subsiste dans les moindres détails © L'Association, 2017
Cette confrontation avec un Occident fantasmé révèle ses propres contradictions. Marjane se retrouve dans une position d’entre-deux douloureuse : ni tout à fait ici, ni tout à fait là-bas. Persepolis est aussi le récit de ce décalage, celui d’une identité qui ne peut être enfermée dans aucune case et dont la demeure réside dans son expression artistique.

Marji ressent les premiers décalages avec ses comparses, après un si long exil : ses préoccupations ne sont pas les mêmes © L'Association, 2017
Persepolis rend compte de l’absurdité d’une telle souffrance collective et individuelle, causée par l’aveuglement vis-à-vis d’une cause qui n’aura profité à personne. Huit ans de guerre, des milliers de morts et une génération sacrifiée.

Le père de Marji rend compte de l’absurdité d’une telle guerre : les torts sont partagés entre l’Occident et l’État dont l’hypocrisie cherche à soulager les peines © L'Association, 2017
L’histoire de Satrapi nous plonge dans les ressorts d’une dictature, dans laquelle l’individu ne vit que pour l’autre, sa perception et son jugement. La nécessité de résister, même discrètement. De s’instruire, autrement, par la télévision, la lecture : de refuser l’endoctrinement.
La BD : le médium comme nécessité
Trois œuvres, trois démonstrations du même principe.
Ici, la bande dessinée est constitutive du propos. Cette vérité ne se limite pas à Persepolis mais à l’ensemble de l’œuvre de Marjane Satrapi, dont Poulet aux prunes et Broderies viennent élargir la démonstration. Le choix du noir et blanc refuse le pittoresque. L’expressivité de ses dessins ne nécessite pas de superficialité. Le dessin de Satrapi rend compte de sa vérité, à elle seule, qui fait pourtant écho à la réalité de tant d’autres qui la suivront.
Poulet aux prunes illustre la nécessité de la bande dessinée comme médium : plusieurs temporalités existent dans un même espace graphique. Le récit suit Nasser Ali Khan, le frère du grand-père de Marjane Satrapi, qui est musicien. Il joue du Tar. Sa femme le casse. Nasser Ali Khan, dépité, il décide de mourir.

Nasser Ali Khan, le frère du grand-père de Marjane Satrapi, était musicien. Elle lui consacre Poulet aux prunes © L'Association, 2004
Les choix narratifs de l’autrice permettent de ponctuer le récit de ses derniers jours par ses souvenirs, qui mettent en lumière des événements importants de la lutte contre le gouvernement iranien, aussi importants que les périodes de sa vie dont il se souvient, et les moments de la vie future de son entourage, qu’il ne connaîtra jamais. C’est une liberté que la BD offre presque naturellement. Le Tar brisé, lui, cristallise ce que le régime a détruit chez une génération entière.

En toile de fond : les événements liés au régime politique et à la résistance accompagnent les souvenirs de Nasser Ali Khan, pour qui seul le Tar importe © L'Association, 2004
Sur fond de coup d’état, qui n’intéresse que très peu Nasser Ali Khan, Poulet aux prunes raconte l’histoire d’un homme dont la vie aura été éminemment politique, malgré lui, rendue malheureuse par ce qu’il n’aura jamais pu obtenir ni même atteindre. Un récit de vie, tout simplement.

Le Tar brisé cristallise ce que le régime a enlevé à Nasser Ali Khan, qui lui retire toute joie de vivre © L'Association, 2004
Broderies, quant à elle, déplace le regard vers un autre espace de résistance : le huis-clos féminin. Satrapi y reconstitue le souvenir d’une soirée entre femmes de son entourage, durant laquelle chacune se livre librement sur ses expériences amoureuses, ses désillusions, la virginité, le désir – tout ce que la société iranienne relègue au rang de tabou.

Un huis-clos féminin dans lequel l’homme est proscrit, où se racontent les amours de l’une, les déceptions de l’autre © L'Association, 2003
C’est une BD délibérément drôle, légère dans son ton, et c’est là que réside son caractère subversif. Le dessin bon enfant de l’autrice autorise un dialogue à la fois drôle et sérieux, par la justesse de son propos et par la facilité avec laquelle il fait écho à l’universalité de la condition féminine, que l’autrice dissèque en parallèle de la situation plus particulière de l’Iran.

Un récit sur l’universalité de la condition féminine dans Broderies © L'Association, 2003
Mais fuir l’Iran ne suffit pas à s’en libérer. C’est ce que l’on découvre dans l’œuvre de Mansoureh Kamaribidkorpeh et celle de Shaghayegh Moazzami, où la BD devient non seulement l’outil de témoignage politique mais surtout l’instrument de survie psychologique.
Dessiner le traumatisme : l'exil ne guérit pas
C’est entre l’Iran et l’exil, entre le corps subi et le corps reconquis, que naît l’œuvre de Mansoureh Kamaribidkorpeh et Shaghayegh Moazzami : c’est avec le roman graphique que les deux autrices choisissent de se dévoiler, pour mettre en images ce que les mots seuls peinent à contenir : la violence, le patriarcat, l’étrangeté d’une vie reconstruite loin de son pays.
Raconter l’Iran depuis l’exil, c’est tenter de comprendre comment le passé continue d’habiter les corps à des milliers de kilomètres. La BD ne fait pas que témoigner : elle exorcise.
Prix Artemisia 2026, Ces lignes qui tracent mon corps est un récit autobiographique dans lequel Mansoureh Kamaribidkorpeh se livre sur son enfance et les conséquences de celle-ci sur sa vie adulte. C’est depuis un atelier de nu artistique, où elle pose comme modèle, qu’elle remonte le fil de sa mémoire.

Mansoureh Kamaribidkorpeh se livre sur son enfance au cours d’un atelier de nu artistique, dans Ces lignes qui tracent mon corps (Prix Artemisia 2026) © Casterman, 2025
Elle se remémore le danger d’être une femme en Iran dès l’entrée dans l’âge adulte. Elle se souvient des agressions sexuelles subies dès le plus jeune âge et pour lesquelles il lui était impossible de dire quoique ce soit : elle n’était pas assez couverte pour être innocente.

Mansoureh Kamaribidkorpeh se souvient de son enfance et adolescence dans Ces lignes qui tracent mon corps © Casterman, 2025
Ce passé qui ressurgit prend une dimension supplémentaire avec le personnage d’Amélie, une femme occidentale qui souhaite documenter le travail de Mansoureh, en la suivant partout avec sa caméra. Espionnant ses moindres faits et gestes, elle suppose une vie que Mansoureh ne lui a pas racontée. Devenir modèle nu serait l’accomplissement de sa féminité reconquise, la réappropriation de son corps : le pur cliché de la femme opprimée et libérée par l’Occident.

Le personnage d’Amélie correspond au regard occidental sur le corps de Mansoureh, sur le récit qu’elle attend d’une iranienne exilée © Casterman, 2025
Mansoureh n’aime pas ce regard sur son corps, sur ses mouvements, sur sa psyché qui ne regarde qu’elle-même. Il lui rappelle celui des hommes sur son travail, qui ne les intéressaient pas autant que son physique. Le regard occidental qui se croit libérateur ne fait que répéter l’objectification.

Le regard d’Amélie se superpose à celui des hommes dont Mansoureh a subi le poids. Le regard reproduit l’objectification de la femme © Casterman, 2025
C’est là une des forces propres à la BD : l’autrice décide ce que le lecteur voit. Elle contrôle le cadre, le point de vue, la focale. Là où un documentaire subirait le regard de la caméra, la dessinatrice choisit ce qu’elle montre d’elle-même, et ce qu’elle garde pour elle.
Son entourage lui prête du courage, pourtant la peur était son véritable moteur. Et pour cause : les crimes d’honneur sont autorisés en Iran, son père dispose de son sang comme il l’entend. Ses cousines ont été arrêtées puis exécutées, mais on ne tue pas de femme vierge en Iran, alors on peut supposer qu’elles ont d’abord été agressées.
Mansoureh Kamaribidkorpeh ne pense pas qu’elle a été courageuse, mais elle a le courage de raconter l’horreur. Elle choisit le dessin pour illustrer ses traumatismes : il lui sert de moteur, pour survivre, pour raconter, pour transmettre. Comme tant de femmes iraniennes, comme Shaghayegh Moazzami, elle est hantée par le passé qu’elle souhaite tant bien que mal laisser derrière elle. La BD permet de capturer des moments de vie, au-delà du simple contexte révolutionnaire et politique qui anime l’Iran, les protagonistes ont une vie qui ne s’y résume plus. Pour autant, fuir l’Iran n’empêche pas de souffrir du patriarcat et de la culpabilité.
En 2021, Shaghayegh Moazzami publie Hantée – Journal de bord d’une jeune iranienne hantée par une vieille folle moralisatrice. Tout est dit : en dépit de sa fuite de l’Iran pour le Canada en 2016, elle fait débuter son récit en 2018, alors qu’elle commence à halluciner une femme habillée tout de noir qui la harcèle au quotidien. Ce personnage, que l’on devine être une figure des gardiennes de la révolution, apparaît d’abord dans ses dessins, puis envahit progressivement son environnement réel. Elle l’insulte, lui fait des remarques et ne la lâche pas d’une semelle.

Shaghayegh Moazzami livre un récit autobiographique sur son exil au Canada, dans Hantée – Journal de bord d’une jeune iranienne hantée par une vieille folle moralisatrice © Çà et Là, 2021
Cette figure devient la matérialisation du traumatisme de Shaghayegh, elle ressemble à l’institutrice du collège pour filles de Téhéran, dont les discours sur les règles, sur l’utilité d’une femme réduite à sa capacité de procréer, ont continué de l’influencer. Elle prend ensuite le visage d’une amie de l’université qui lui avait fait une remarque sur sa foi, révélateur de la surveillance qui opère à tous les niveaux.

Shaghayegh, lorsqu’elle décide de dessiner son quotidien, voit apparaît une gardienne de la révolution dans ses dessins, qui la harcèle. © Çà et Là, 2021
Dessinatrice de presse, Shaghayegh ne s’intéresse pas à la presse canadienne, elle continue à travailler pour des magazines iraniens, qui finiront par cesser leurs activités, faute de budget. Curieusement, elle ne souhaite pas s’informer sur son « deuxième pays ».

La réalité de l’exil : quitter son pays ne signifie pas l’oublier © Çà et Là, 2021
Shaghayegh se souvient aussi de son père qui séjournait à l’hôpital où le port du tchador* est obligatoire. Son père passait son temps à s’excuser pour sa femme et sa fille qui devaient s’y soumettre à chaque visite. Ce même père qui lui mettra la pression pour se marier, au point d’attenter à sa propre vie. Elle finira par épouser Fareed, qu’elle détestera quelques années plus tard, une fois émigrés au Canada. Dans le présent du récit, elle le rejette, refuse que sa famille loge chez eux, ne souhaite plus se soumettre à des mœurs auxquelles elle n’a jamais adhéré.
Travailler sur son roman graphique éloigne la vision qu’elle abhorre tant, comme si le dessin lui permettait de la contenir, de la maîtriser, en même temps que son témoignage. La bande dessinée apparaît une fois de plus comme le parfait exutoire, un véritable acte thérapeutique. La BD ne fait pas qu’illustrer le traumatisme : elle le fait vivre et mourir.

Travailler sur son roman graphique est un exutoire pour Shaghayegh mais aussi le moyen de maîtriser les visions qui, jusque-là, la contrôlaient © Çà et Là, 2021
Aussi singuliers soient-ils, les deux titres convergent vers un même constat : l’exil ne peut représenter une rupture nette avec l’oppression, mais bien souvent sa prolongation sous des formes différentes. La dame en noir qui hante Shaghayegh Moazzami, le regard colonial qu’Amélie pose sur le corps de Mansoureh – autant de rappels que le patriarcat n’est pas contenu par les frontières. Le dessin s’impose alors comme un geste à la fois intime et politique : une façon de reprendre possession de sa propre histoire.
Chaque ligne est un geste de mémoire et de résistance simultanés.
Une voix qui dessine
Ce que ces œuvres ont en commun, au-delà des thématiques abordées, c’est d’avoir été créées depuis l’extérieur. Aucune de ces BD n’aurait pu naître sur le sol iranien. La censure y est totale, la répression des voix dissidentes aussi. Ces bandes dessinées existent parce que les autrices ont pu le faire, et cette réalité révèle que la création ne survit qu’en s’expatriant.
De limites se dessinent : à qui s’adressent ces œuvres ? Quel est leur lectorat ? Interdit en Iran, Persepolis a pourtant su toucher la majorité du lectorat international. Ces récits ne sont pas nécessairement accessibles par les femmes concernées par le propos. Paradoxalement, ces œuvres parlent de l’Iran à ceux qui n’y vivent pas et restent largement inaccessibles à celles et ceux pour qui la résonnance est la plus forte. C’est la condition tragique de toute littérature d’exil : témoigner là où l’on a été entendu, pas nécessairement là où l’on voudrait être lu.
Mais les autrices elles-mêmes interrogent le filtre occidental, à travers des personnages dont l’ignorance est explicite. Ces BD ne sont pas naïves sur les conditions de leur production et réception.
Et c’est là, précisément, que réside la puissance de ce médium. La bande dessinée contrôle le regard, décide de ce que le lecteur voit, comment il le voit. Elle n’est pas neutre. Les autrices nous livrent une vérité dessinée, située, assumée de l’Iran. Dans un monde saturé d’images qui uniformisent l’Iran en symboles (le voile, le poing levé), le dessin d’une autrice permet une vérité subjective, irréductible à un discours. Une voix qui dessine.
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