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Gaffe à la reprise !

Depuis la conférence de presse des éditions Dupuis, le 19 mars 2022 à Angoulême, pour célébrer leur centenaire, jamais la bédésphère n’avait été autant secouée par le sempiternel débat : « faut-il reprendre des héros mythiques dont l’auteur est mort ? ». Autrement dit, to Gaston or not Gaston ?

Le 19 mars 2022, le clou du spectacle de la conférence de presse de Dupuis était, peu après l’annonce de la mort de Spirou, celle d’une résurrection : Le retour de Lagaffe, en octobre 2022, avec un tirage à 1,2 millions d’exemplaires. Quelle plus belle manière de célébrer les 100 ans d’une maison d’édition iconique en plein festival d’Angoulême ! Mais, parce qu’il y a un mais, des gradins les plus hauts du théâtre où avait lieu l’événement, une journaliste a posé une question toute innocente : « Qu’en est-il juridiquement ? »

Le droit contre la morale

Qu’en est-il effectivement ? Stéphane Beaujean, directeur éditorial, a répondu à Laurence Le Saux (Télérama) que les contrats avaient été signés par l'artiste en pleine possession de ses moyens et que Dupuis possédait donc les droits de reprise, en toute légalité.

Delaf, auteur des Nombrils, a été choisi il y a trois ans pour cette lourde tâche de reprise par Dupuis. Après plusieurs années d’entraînement et l’utilisation d’une base de références monstrueuse, le dessinateur québécois est parvenu à maîtriser quasi à la perfection le trait de Franquin. L’illusion est bluffante et le travail colossal !

Le retour de Lagaffe (couverture annoncée)

Le retour de Lagaffe (couverture annoncée)
© Dupuis, 2022

Cependant, Isabelle Franquin, fille et ayant droits de l’œuvre de Franquin, n’est absolument pas d’accord avec cette reprise. Elle revendique son droit moral et rappelle le souhait public de Franquin de ne pas voir Gaston repris. Saisissant les tribunaux belges, elle est parvenue à arrêter toutes prépublications des gags dessinés et scénarisés par Delaf dans le Journal de Spirou.

Depuis, la bédésphère attend, suspendue au marteau des tribunaux belges…

Enjeux commerciaux ? Hommage novateur ? M’enfin…

Dans l’attente d’éventuelles avancées dans l’affaire Gaston, il est de bon ton pour tous bédéphiles de se positionner.

Certains regrettent de ne pas voir revenir Gaston dans un climat apaisé. Après tout, Lucky Luke, Spirou ou Blake et Mortimer ont déjà survécu à leurs auteurs et été les héros d’histoires inédites excellentes. Pourquoi pas Gaston ? Isabelle Franquin ne devrait-elle pas laisser la place à de nouvelles gaffes ?

Dessin de Delaf dans le Journal de Spirou

Dessin de Delaf
© DR

D’autres craignent une reprise purement commerciale dénuée d’originalité. Pourquoi imiter le trait de Franquin au poil de savate bleue près alors que Delaf a un style déjà bien à lui, reconnaissable entre tous ? Pourquoi faire des reprises alors que des héros originaux ne demandent qu’à être publiés ?

Depuis le 3 mai 2022, une pétition, associée à une lettre ouverte aux responsables de Média-Participations, a été mise en ligne et s’oppose fermement à la reprise de Gaston. Plus de 800 personnes l’ont signé dont un grand nombre d’auteurs de BD : entre autres, Dany, Etienne Davodeau, Geluck, Goossens, Jean-Luc Masbou et Zep (qui avait aussi été approché pour reprendre Gaston).

Comme souvent la solution ne saurait être toute blanche ou toute noire. Et il y a fort à parier, si Dupuis remporte le procès, qu’1,2 millions d’exemplaires ne suffiront pas à satisfaire la demande…

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