Samedi. Suite de nos déambulations dans Angoulême, qui au travers du Grand Off propose une soudure sympathique avant (on l’espère) le retour d’un festival international de BD qui aura les moyens et le temps de se structurer au mieux.
Il y a un lieu qui est devenu mythique dans le Off d’Angoulème, c’est le Off off off. Situé au 37 rue Hergé, une étroite demeure propose sur plusieurs niveaux des mini-expositions, des rencontres avec des auteurs, quelques stands de petits éditeurs. Cette année, Coco est à l’honneur.

Coco en pleine dédicace au Off Off Off © ZOO le Mag - François Samson
Mais on peut aussi admirer des originaux du collectif Ratiche Poche ou de la jeune autrice Agathe Halais.

Ratiche, aux dessins bien troussés, exposé au Off Off Off © ZOO le Mag - François Samson

Les dessins très fins d'Agathe Halais, exposés au Off Off Off © ZOO le Mag - François Samson
A 12h06 a lieu la remise de deux prix : Couilles au cul puis Charlie Schlingo. La salle aux allures de cave semi-ouverte, est bondée. Les partenaires de cet événement sont La Charente libre, Maître Cochon pour les tartines au (bon) pâté et le vigneron Gérard Descrambe. Le ton est donné.
Fred Felder, avec son humour au vitriol, anime la cérémonie. Première nouvelle : le Prix Charlie Schlingo est annulé ! Un gag, bien sûr. L’assistance, qui saisit évidemment l’allusion au festival, rit. Le Prix Couilles au cul est, ajoute Felder, remis à des BD sérieuses qui comptent, presque dommage que ce soient des BD. Rires. Cette année, le gagnant est le collectif 100 dessins pour Gaza. Jérôme Sié, à l’origine de l’ouvrage, précise qu’en fait 126 dessinatrices et dessinateurs ont participé. Willis from Tunis, qui est la première personne à avoir reçu le prix Couilles au cul, a contribué au livre.

Le Prix Couilles au cul remis à Jérôme Sié, à l'initiative du collectif 100 dessins pour Gaza © ZOO le Mag - François Samson
Quant au vainqueur du Prix Charlie Schlingo, Felder commence par annoncer qu’il n’est pas d’ici mais des Deux-Sèvres et que c’est donc une performance qu’il obtienne le prix. C’est Guillaume Bouzard pour Les vacances chez Pépé-Mémé. Bouzard glisse qu’il y a encore plus de monde que d'habitude à cette cérémonie est qu’il est donc inutile de faire un festival, avant de remercier bien sûr son pépé, sa mémé, la poule Cotcot et le chien Crottecrotte... Signalon que le prix bénéficie d’une dotation par Gérard Descrambe de deux cartons de bouteilles de vin rouge !

Le prix Charlie Schlingo remis à Guillaume Bouzard pour Les vacances chez Pépé-Mémé © ZOO le Mag - François Samson
Comme chaque année, neune ambiance gauloise tendance anar bien sympathique.
Pui petit tour à l'église Saint-Martial où se tiennent comne chaque année expositions et rencontres avec des auteurs autour de la bande dessinée chrétienne. Cela tranche avec le prix Couilles au cul !

40 and de BD chrétienne à l'église Saint Martial d'Angoulême © ZOO le Mag - François Samson
L’après-midi, les conférences et rencontres sont nombreuses et se téléscopent, malheureusement. Il faut faire des choix. Tant pis pour la rencontre avec Emile Bravo et Romain Dutreix. Tant pis pour celle sur Hergé et le carnet oublié. Tant pis pour celle sur l’assistant d’Hergé (entre autres) Bob de Moor animée par Gilles Ratier qui vient de lui consacrer un ouvrage.
Place aux éditions Dupuis avec « Editer la BD le cas des éditions Dupuis » auxquelles Christelle Pissavy-Yvernault s’est beaucoup intéressée dans les ouvrages La véritable histoire des éditions Dupuis et La véritable histoire du journal Spirou (deux tomes parus à date). Quand elle a commencé ses recherches historiques sur le sujet avec Bertrand Pissavy-Yvernault, beaucoup de témoins directs étaient encore vivants. La rencontre, qui sera diffusée sur la chaîne youtube Papiers Nickelés, est passionnante, ponctuée de quizz pour interagir avec l’assemblée.

Tout sur les éditions Dupuis et le journal de Spirou avec Christelle Pissavy-Yvernault © ZOO le Mag - François Samson
Dessiner ! Hommage à Frank Pé est la rencontre suivante, toujours avec Christelle Pissavy-Yvernault, mais également avec Richard Marazano qui a bien connu Frank, avec Dominique Bertail qui partage beaucoup sur sa passion pour le dessin dans les réseaux sociaux et par Alain Grand, dessinateur discret et talentueux. Le dernier projet qu’a pu mener à bien Frank Pé avant sa disparition est la publication de Dessiner ! ouvrage dans lequel il partage sa vision du dessin. Car Frank regrettait que ses débats passionnés avec ses collègues sur le dessin ne soient pas écrits. Il aurait voulu faire des rencontres avec d’autres auteurs après la sortie du bouquin. D’où l’émotion palpable des participants à cette table ronde. La Lecture d’extraits du livre de Frank Pé servent de départ aux échanges.

De gauche à droite, Christelle Pissavy-Yvrnault, Alain Grand, Dominique Bertail et Richard Marazano évoquant leur passion commune pour le dessin © ZOO le Mag - François Samson
Puis passage au pavillon Unesco avant de prendre la direction les bords de la Charente, autre pôle du festival, avec le Vaisseau Moebius et le Musée de la Bande Dessinée. Un œil admiratif au passage à la fresque Yslaire, une de celles qui ornent la ville.

La fresque consacrée à Sambre, série créée par Yslaire © ZOO le Mag - François Samson
Arrêt à la traditionnelle expo des auteurs en résidence à Angoulême : « The residents » (visible jusqu’au 8 mars). Nous ne pouvons pas tous les nommer, mais citons parmi les talents qui ont attiré plus particulièrement notre attention Sen (Taïwan), Manuel Depetris et Martin M Muntaner (Argentine), Ivan Stojkovic (Serbie), Mercè Sellarès Nadal (Espagne), Gilles Aris (France), Mihael Badun (Croatie) et Katarina Seme (Slovénie).

Travaux de Mihael Badun, un des résidents © ZOO le Mag - François Samson
Au Vaisseau Moebius, l’exposition phare est celle consacrée à Benjamin Rabier. Une scénographie ambitieuse, de nombreux originaux, une contextualisation travaillée, montre la richesse de l’œuvre d’un artiste qui a marqué son temps, multiplié les expériences et les collaborations : illustrations, bien sûr, mais aussi publicité, théâtre, dessin animé, chanson…

Benjamin Rabier, auteur à l'oeuvre immense est le sujet d'une belle expo riche en originaux au Vaisseau Moebius © ZOO le Mag - François Samson
Autres expos dans ces mêmes lieux : la fresque sur les « îles de la digression » du collectif DIG, Minus et Bulby Crunch au style kawaï revisité, et une sur la chaîne du livre, ces deux dernières étant à destination des jeunes enfants.
Enfin, un train fantôme façon Stéphane Blanquet a un beau succès. Un des rares moments où nous avons vu le public faire la queue dans cet Angoulême bien différent de celui des années précédentes.

La file d'attente pour découvrir le train fantôme de Stéphane Blanquet © ZOO le Mag - François Samson
Après avoir salué la statue d’Hugo Pratt en passant sur la passerelle, nous nous retrouvons au musée de la BD. Le visiteur est accueilli par un espace éditeurs indépendants qui se répartit dans de nombreuses salles de cet espace aux beaux volumes.

Les éditions Daviken, un des nombreux exposants installés au Musée de la Bande Dessinée d'Angoulême © ZOO le Mag - François Samson
Le lieu propose de belles expos, comme toujours. Cette année nous pouvons découvrir une rétrospective sur Claire Brétécher très bien faite. Elle s’attache entre autres à nous montrer ses travaux de jeunesse, dans les années 60, quand elle cherchait encore son style (qu’elle a très vite trouvé). On découvre aussi une collaboration qu’elle avait faire avec Dominique Lavanant, dans les années 70.

Claire Brétécher bénéficie d'une belle expo très complète au Musée de la Bande Dessinée d'Angoulême © ZOO le Mag - François Samson
Autre exposition également copieuse : Les vieux fourneaux. Cette série créée en 2014 par Wilfrid Lupano et Paul Cauuet connaît un beau succès. De nombreux originaux sont présentés, mettant en valeur tout le travail graphique accompli par le dessinateur. La réduction et la mise en couleur pour impression permettent moins de voir tous les détails minutieux.

Les vieux fourneaux, une expo avec de nombreux originaux de Cauuet © ZOO le Mag - François Samson
Expo dans l’expo, Le loup en slip, qui met en scène un personnage né dans Les Vieux Fourneaux, montre dans une mise en scène joyeuse, tous les thèmes abordés dans les albums. Des histoires très pensées, qui délivrent des messages aux jeunes lecteurs de manière ludique. Les auteurs sont également Lupano et Cauuet.

Le loup en slip, né dans Les vieux fourneaux, a une vie indépendante dans des livres dédiés et a droit aussi à une belle expo ! © ZOO le Mag - François Samson
Et bien sûr les trésors du musée, qui présentent une sélection de planches originales venant du monde entier. Il faut régulièrement aller voir cette expo dont une partie des originaux tournent.

Une des planches exposées dans les trésors du musée : Yves Chaland évoquant Jijé © ZOO le Mag - François Samson
Pour finir la journée en beauté, il y a foule au cinéma CGR où a lieu un concert dessiné Iron Maiden. Le chanteur et les musiciens de Iron Troopers sont excellents et glissent certaines de leurs compositions entre leurs reprises du mythique groupe de hard-rock.

Reprises d'Iron Maiden illustrées en direct ici par Olivier Ledroit © ZOO le Mag - François Samson
Et tout au long du concert, des dessinateurs se succèdent pour couvrir une grande feuille à dessin de représentations de personnages effrayants inspirés des pochettes d’Iron Maiden. Sans tous les citer, mentionnons Olivier Ledroit, Jérôme Lereculey, Turf, Masbou, Isabelle Dethan, Mazan, Philippe Buchet ou Christian Paty (qui, d’un geste très rock, a jeté ses crayons dans la foule à l’issue de sa prestation). Un grand moment.

Les llustrations faites en direct, ici au bout de 45 minutes de concert. Ambiance explosive ! © ZOO le Mag - François Samson
Dernière journée ce dimanche, avant que chacun rentre chez soi.
Si le Grand Off 2026 n’est pas un Angoulême comme les autres, le noyau dur de passionnés de BD qui s’y sont retrouvés n’ont pas regretté d’être venus. A voir la forme que revêtira le festival en 2027…

Make Angoulême Great Again ! Une casquette tendance pendant le Grand Off ! © ZOO le Mag - François Samson
Pour aller plus loin
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