Un vendredi sur deux, on découvre ensemble une planche de l'immense collection de la Cité de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême qui propose jusqu'en août 2026 une exposition fascinante et sans cesse renouvelée : Trésors des Collections. Découvrez cette semaine la planche #49 : Isaac Le pirate par Blain

Le mot du commissaire de l'exposition, Jean-Pierre Mercier
D’abord illustrateur, Christophe Blain (né en 1970) est venu à la bande dessinée par la fréquentation des nouveaux auteurs des années 1990. Il dessine d’abord La Révolte d’Hop-Frog sur scénario de David B., western décalé où des objets se révoltent contre les hommes. Il abandonne à cette époque son travail en couleur directe pour un dessin au trait d’une densité et d’une maîtrise impressionnantes. Il publie ensuite Le Réducteur de vitesse, récit maritime qui constitue une extrapolation fantastique et comique de ses mois passés sous les drapeaux.
La parution du premier tome d’Isaac le Pirate en 2001 chez Dargaud frappe les lecteurs et la critique. Ample fresque nourrie de références historiques et littéraires, Isaac le Pirate met en scène Isaac, peintre du XVIIe siècle français embarqué contre son gré sur un navire pirate et que le destin entraîne sur toutes les mers du globe.
Profitant de ce que la documentation historique sur les pirates est bien mince (on ne sait presque rien sur le mode de vie réel des flibustiers de l’âge d’or de la marine à voiles et c’est la littérature, le cinéma et la bande dessinée ! qui ont fixé l’image du pirate dans l’imaginaire collectif), Blain fait de l’histoire d’Isaac un récit d’initiation d’une fascinante densité, et non dépourvu d’ironie. Ballotté par des événements qui le dépassent, le jeune Isaac, que les premières pages du récit montrent insouciant et assez immature, gagne en densité au fil du récit et fait montre d’une résistance et détermination qui grandissent au fur et à mesure que les épreuves l’accablent.
La planche que nous présentons aujourd’hui est extraite du premier tome, quand Isaac s’engage contre quelques sous au lendemain de son mariage. Il n’est pas au bout de ses surprises.
Christophe Blain, que l’on imagine bon lecteur de Stevenson, Defoe, Trelawney et Lapouge, renouvelle complètement l’imagerie du récit de pirates, y mêlant une interrogation subtilement ironique sur l’amour et la fidélité. Le tome conclusif de la série est toujours attendu.
Le mot du chroniqueur de ZOO, par Frédéric Grivaud
Isaac Sofer, qui rêve de gagner plus d’argent pour vivre paisiblement avec Alice, la femme qu’il aime, accepte un jour d’embarquer sur un navire en partance pour les Amériques, avec la vague promesse de voir ses ambitions de peintre maritime récompensées. Bien évidemment, on le découvre assez vite, l’artiste désargenté s’est quelque peu fait avoir et c’est le début d’une série d’aventures concoctées par Christophe Blain à qui on devait jusque-là quelques albums très remarqués, dont l’excellent Le réducteur de vitesse chez Aire Libre.
Dans cette planche qui figure dans les premières pages d’Isaac le Pirate 1 : Les Amériques, on retrouve toute l’essence du style de l’artiste : cet équilibre entre les masses de noirs, les jeux de lumière très adroitement gérés et ce sens du cadrage qui lui permet de suffisamment aérer ses cases pour y glisser les bulles de dialogues sans qu’elles ne gênent le dessin.
C’est efficacement mené, avec un premier strip qui conclut le pacte entre Isaac et Demelin, puis quelques heures plus tard, dans les deux autres strips, le départ nocturne où le jeune homme laisse derrière lui sa fiancée que l’on ne voit pas, mais qu’on devine en pleurs quelque part dans un coin de leur petit appartement.
Christophe Blain ne s’encombre pas d’éléments scénaristiques superflus, tout est rondement mené, avec un style graphique qui ne chipote pas non plus. Toutefois, si les couleurs de Walter et Yuka vont à coup sûr embellir le tour et y rajouter des ambiances plus lumineuses, le noir et blanc insiste sur l’importance des contrastes forts dans la composition de cette planche et l’expressionnisme du travail de Blain.
Une très belle planche qui donne très envie de relire les cinq albums de la série.
Pour aller plus loin
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