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Festival d’Angoulême : après la crise, les bases d’un nouveau rendez-vous BD pour 2027

L’édition 2026 du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême n’aura pas lieu. Une décision lourde, conséquence directe d’une crise de gouvernance profonde ayant conduit à une rupture durable entre l’organisateur historique, les collectivités et une grande partie des professionnels du secteur. Mais la réunion organisée en ce jour du vendredi 9 janvier 2026 à Angoulême dessine désormais un horizon clair : la construction d’un nouvel événement BD à l’horizon 2027, sur des bases entièrement repensées... qui doivent être confirmées.

Début de le conférence de Presse à Angoulême organisé par le président et les membres de l'Association pour le (Les

Début de le conférence de Presse à Angoulême organisé par le président et les membres de l'Association pour leDéveloppement de la Bande Dessinée à Angoulême (ADBDA) © Zoo le mag / François Samson

Une association refondée au cœur du dispositif

Au centre de cette reconstruction se trouve l'ADBDA (Association pour le Développement de la Bande Dessinée à Angoulême), créée en 2017 mais dont les statuts et les missions ont été profondément modifiés ces dernières semaines. Son objectif est désormais explicite : organiser et garantir le rayonnement national et international d’un événement majeur consacré à la bande dessinée à Angoulême, et porter l’appel à projets destiné à désigner le futur opérateur.

Cette refondation passe d’abord par une nouvelle architecture de gouvernance, pensée pour éviter les écueils du passé.

L'ADBDA repose désormais sur une Assemblée générale de 40 membres, structurée autour de plusieurs grands collèges, traduisant la volonté de partager réellement le pilotage du futur festival : les partenaires publics (État, Région, Département, Ville d’Angoulême et Grand Angoulême) , les professionnels de la bande dessinée : éditeurs, auteurs, représentants des métiers de la création et de la chaîne du livre, des personnalités qualifiées, issues de différents horizons culturels et artistiques.

Le Conseil d’administration, plus resserré ( 22 membres), est organisé de façon quasi paritaire : 6 représentants des partenaires publics, 6 représentants des auteurs et autrices, 6 représentants des éditeurs et professionnels du secteur et 4 représentant s de personnalités qualifiées

Un point structurant a été clairement acté : les postes de président, vice-président et trésorier ne pourront pas être occupés par des élus ou des représentants de l’État. Le président sera une personnalité qualifiée, élue par l’ensemble de l’Assemblée générale.

Comme cela a été rappelé lors de la réunion, cette organisation vise à faire de la DBDA un espace de concertation réelle, où les décisions ne reposent plus exclusivement sur une logique institutionnelle.


Gouvernance et financement : un rééquilibrage assumé ?

En filigrane de la réunion, une ligne directrice a été rappelée à plusieurs reprises : le niveau d’implication dans la gouvernance doit être en adéquation avec le niveau de financement. Un principe qui fait directement écho aux débats ayant entouré les précédentes éditions du festival.

Selon plusieurs bilans et analyses consacrés au Festival d’Angoulême ces dernières années, les financements publics représentaient, selon les modes de calcul, entre 44 % et 47 % du budget global, lorsque l’on intègre non seulement les subventions directes, mais aussi les apports en nature (mise à disposition de lieux d’exposition, services municipaux, logistique, sécurité, communication institutionnelle, etc.).

Dans ce contexte, la nouvelle architecture de l'ADBDA marque une évolution notable.
Les collectivités territoriales et l’État restent présents dans la gouvernance, mais sans position dominante, avec un nombre de représentants comparable à celui des auteurs et des professionnels du secteur. Une organisation qui traduit une volonté claire : ne plus piloter directement un événement dont l’ambition est d’abord culturelle et artistique, tout en continuant à l’accompagner.

Ce rééquilibrage institutionnel pose mécaniquement la question du niveau futur des financements publics. Si la gouvernance reflète désormais une représentation plus équilibrée entre acteurs publics et privés, une baisse significative de la part du financement public semble probable, voire assumée.

Dans ce cadre, un objectif autour de 30 % de financement public apparaîtrait cohérent, à la fois avec la nouvelle répartition des responsabilités, avec la volonté affichée de confier davantage de marge de manœuvre au futur opérateur, et (surtout ?), avec les contraintes budgétaires actuelles pesant sur les collectivités et l’État,

Une évolution qui impliquerait, en contrepartie, un renforcement des ressources propres : partenariats privés, mécénat, billetterie, développement du marché professionnel et valorisation internationale du festival.

Un appel à projets pour un « autre » festival

L'ADBDA pilotera un appel à projets ouvert, dont le cahier des charges a été validé et rendu public. Le message est sans ambiguïté : il ne s’agit pas de reconduire le festival tel qu’il existait, mais bien de créer un nouvel événement, avec : une nouvelle identité, un nouveau nom, une nouvelle marque, indépendante des structures précédentes.

Le futur opérateur devra démontrer : une connaissance approfondie du champ de la bande dessinée, dans toutes ses composantes (auteurs, éditeurs, traducteurs, coloristes, droits, création) ; une ambition internationale forte, en cohérence avec le statut d’Angoulême comme capitale mondiale de la BD ; une vision clairement culturelle et artistique, loin d’un modèle de type Comic Con.

Création, auteurs et professionnels au cœur du projet

Plusieurs attentes majeures exprimées par les auteurs et les professionnels ont été intégrées au cahier des charges : une meilleure reconnaissance des créateurs, avec notamment la dotation financière des prix, annoncée comme une avancée importante ; une valorisation du marché des droits, considéré comme un pilier du festival ; une attention particulière à l’accessibilité du festival pour tous les acteurs de la création, auteurs compris.

La question des dates reste ouverte : si janvier demeure une option, une fenêtre élargie entre janvier et mars est envisagée, avec une durée possible de quatre à six jours, incluant une véritable journée professionnelle. Une vigilance assumée, après les tensions de 2025 ayant conduit à l'annulation de l'édition 2026.

Denis Bajram

Denis Bajram, représentant des auteurs ce jour, a salué la reprise du dialogue tout en appelant à la prudence. Insistant sur la nécessité de transformer les engagements annoncés en actes concrets, il a rappelé que la confiance des auteurs dépendrait de leur place réelle dans la gouvernance et du respect durable des principes actés. © Zoo le mag / François Samson

Les représentants des auteurs comme ceux des éditeurs ont salué la qualité du dialogue retrouvé, tout en rappelant que la confiance reste conditionnée à la concrétisation des engagements pris. Laura Baron représentant le Syndicat National de l'édition le soulignait clairement : « Il faut être attentif, prudent, et présents dans la durée. »

Un point est en revanche clairement acté : le futur festival ne sera pas une simple continuité du passé, mais un nouvel événement, porté par une nouvelle structure et une nouvelle vision.

Angoulême, toujours capitale de la bande dessinée

Malgré l’absence d’édition en 2026, le message adressé au public est limpide : la bande dessinée a un avenir à Angoulême. La crise aura mis en lumière les limites d’un modèle, mais aussi la capacité des acteurs du secteur à se mobiliser collectivement pour préserver un rendez-vous culturel majeur.

L’enjeu n’est plus seulement de relancer un festival, mais de réinventer un événement international à la hauteur des enjeux artistiques, culturels et professionnels de la BD contemporaine.

Festival d’Angoulême : après la crise, les bases d’un nouveau rendez-vous BD pour 2027

Fin de réunion... également pour le sinvités en ligne. Fin de réunion à Angoulême. Denis Bajram, représentant des auteurs au terme des discussions sur la refondation du festival de bande dessinée.© Zoo le mag / François Samson

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