ZOO

La planche de la semaine : Pepito par Luciano Bottaro

Un vendredi sur deux, on découvre ensemble une planche de l'immense collection de la Cité de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême qui propose jusqu'en août 2026 une exposition fascinante et sans cesse renouvelée : Trésors des Collections. Découvrez cette semaine la planche #48  :  Pepito par Luciano  Bottaro

Le mot du commissaire de l'exposition, Jean-Pierre Mercier

Luciano Bottaro a été l’un des rois des cours de récréation des années 1960. Son énorme production pour enfants était en effet largement publiée dans les publications bon marché, autrement appelées « petits formats » dont l’âge d’or furent les années 1950 et 60.

 Né à Rappalo (Italie), Luciano Bottaro (1931-2006) étudie la comptabilité, mais la passion dévorante du dessin fait qu’il publie ses premiers dessins à l’âge de 18 ans. Il enchaîne ensuite les séries pour enfants, avant de travailler pour Disney Italie, publiant principalement des histoires de Paperino (Donald), qui connaissent un grand succès auprès des lecteurs et l’établissent, aux côtés de Romano Scarpa et Giovan Battista Carpi, comme l’un des grands « disneyiens » de la bande dessinée italienne d’après-guerre. Il travaillera pour Disney jusqu’au milieu des années 1980.

Il crée par ailleurs ses propres personnages : Baldo, Whisky et Gogo, Pik et Pok, Pon-Pon, Le Roi de Pique, sa propre version de Pinocchio… et Pepito, qui devient rapidement son héros le plus populaire. En France la Sagédition édite Pepito et d’autres héros de Bottaro dans des publications dédiées qui connaissent un énorme succès, au point même, dit-on, que Bottaro travaille un temps directement pour le marché français.

Pepito met en scène un jeune pirate et son équipage haut en couleur (Ventempoupe, marin couramment pris de boisson, Merluche le menuisier, Bec-de-fer le perroquet bavard…) qui combattent sans relâche le vénal et ventripotent Hernandez La Banane, gouverneur de Las Ananas, île imaginaire des Antilles. Bottaro a dessiné des dizaines d’épisodes de cette série, dans un style « gros nez » plein d’efficacité et de charme, qui ont marqué de nombreux lecteurs mais aussi quelques auteurs comme Florence Cestac (qui orchestra la réédition de quelques épisodes dans un volume paru chez Futuropolis en 1982) et François Corteggiani et Pierre Tranchand, dont la série Marine est un hommage manifeste à Bottaro.

La production énorme de Bottaro l’amène à rassembler autour de lui quelques dessinateurs qui contribueront à la naissance de ce que l’on a appelé « l’école de Rappalo ». Plus tard, à la fin des années 1968, il fonde avec le dessinateur Giorgio Rebuffi et le scénariste Carlo Chendi le studio Bierecci (dont le nom est formé des initiales des trois auteurs).

Du point de vue graphique, Luciano Bottaro est assez proche de Mort Walker et de tous les dessinateurs de l’école dite « du Connecticut », qui sont partis des rondeurs du style de Disney pour aller vers une épure graphique élégante et efficace.

Le mot du chroniqueur de ZOO, par Frédéric Grivaud

Une planche du Pepito de Luciano Bottaro, c’est en quelque sorte une petite confiserie qu’il faut savourer à sa juste valeur.

 Le jeune capitaine vient une nouvelle fois délivrer son bosco Ventempoupe qui s’est, comme toujours, mis dans le pétrin. Toutefois, le ton reste enjoué, les pirates ont l’habitude de ce type de situation, il faut dire que les autorités de Las Ananas sont particulièrement stupides et c’est un vrai plaisir de leur filer sempiternellement entre les doigts. Toute l’essence de cette série tient d’ailleurs de ces multiples affrontements qui font penser aux efforts maladroits du sergent Garcia pour attraper Zorro.

 Cette planche entretient donc cet esprit jusqu’au bout. Après un premier strip qui pose la scène et l’apparent désarroi de Ventempoupe et de son collègue, Pepito apparait dès la troisième case et les sourires reviennent pour ne plus quitter la planche. Le jeune capitaine représente l’intelligence et la sécurité dans cette série créée en 51 pour continuer jusqu’en 81, soit trente ans de bons et loyaux services qui vont principalement consister à tourner en bourrique le gouverneur La Banane.

 Le style graphique de Bottaro est propre et très expressif, avec de jolis liés et déliés dans l’encrage et un style « gros nez » qui vont lui permettre d’amener de nombreuses ambiances mêlant l’humour et le fantastique. L’artiste est connu pour avoir régulièrement plongé ses héros dans des univers peuplés de créatures étrangement rigolotes aux allures bonhommes.

 Sur cette planche, on apprécie son minimalisme qui va à l’essentiel et cet art de la narration très sûr.

 Je ne saurais assez vous conseiller de récupérer les trois volumes rétrospectifs parus entre 2012 et 2024, aux éditions Cornélius. L’éditeur y a rajouté des dossiers introductifs extrêmement bien conçus qui permettent de redécouvrir un univers qui a charmé des générations de jeunes lecteurs.

PlancheCIBDI

Humour

Haut de page

Commentez

1200 caractères restants