Comme la galerie Daniel Maghen le fait parfois, voici une double exposition avec l’alliance d’un ancien, Victor Hubinon, et d’un moderne (mais se revendiquant de l’école réaliste classique), Bernard Vrancken. Rencontre avec ce dernier lors d’une visite commentée de l’exposition. Il explique ses choix artistiques actuels, bien différents de ceux de IRS.
Après la publication dans (À suivre) d’un certain nombre de récits complets totalisant 90 pages, Vrancken publie Le sang noir avec Stephen Desberg au scénario. Même si la série a un succès insuffisant aux yeux de l’éditeur (« la série ne vendait pas assez selon les normes de l'époque : 15 000 à 18 000 exemplaires par tome »), Vrancken ne quittera plus son scénariste. Il a été inspiré puisque les deux rebondissent rapidement avec IRS, qui a tout de suite marché. Vrancken confie : « Au bout de 20 ans, j'ai eu envie de faire autre chose. J'ai rencontré Daniel (NDLR : Maghen). Cela a donné Les Enfants du cielen 2023, que j'ai dessiné au lavis car j'aime les films expressionnistes des années 40. Cela m’a permis un travail sur l'éclairage. »
L’exposition en cours est consacrée exclusivement à son nouvel album : Nouvelle France, qui se situe dans le contexte dans l’extension nord-américaine de la Guerre de Sept Ans. Récit qu’il illustre pour la première fois en couleur directe. C’est un récit d’aventure de facture classique qui dénonce la guerre, mettant en avant des personnages en rupture avec leur communauté : un Français qui a épousé un temps la vie des Shawnees (ainsi que la fille d’un chef) et une Anglaise de caractère indépendant. Le tout dans de somptueux paysages enneigés.

Nouvelle France par Bernard Vrancken sur scénario de Desberg, une expo d'originaux en couleur directe à la galerie Daniel Maghen
© ZOO le Mag - François Samson
Vrancken commente sa technique de dessin : « Pendant des années j'ai beaucoup travaillé mes noirs. Aussi j'ai conservé pas mal d'aplats noirs, malgré les couleurs directes. Je suis de l'école de Milton Caniff. Et je travaille mes avant-plans qui donnent un relief fort. Je fais la couleur à l'encre Ecoline : je la mélange avec de l'eau mais cela nécessite un traitement rapide. C'est un travail très instinctif qui m’a permis de sortir de certaines raideurs de IRS. Il y a des accidents que je récupère. »

Bernard Vrancken explique sa technique actuelle de dessin en couleur directe
© ZOO le Mag - François Samson
L’artiste circule au milieu des planches exposées dans la galerie et explique : « J'ai fait parfois des double-pages pour avoir un effet cinémascope. Comme Jacobs avec ses respirations en pleine page. ». En montrant une planche, il précise : « Tiens, la composition de la double-planche forme une diagonale. Mais est-ce conscient ? Le mouvement n'est pas prémédité. Je m'en rends compte après. »

Vrancken montre la diagonale créée par la composition de sa planche destinée à une double-page de son dernier album Nouvelle France
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Des personnages importants pour l’ambiance dans les forêts nord-américaines sont évidemment les arbres. Vrancken les a mûris : « Mes arbres guident les personnages, d'une certaine manière. J'avais envie que les arbres soient longs car cela porte mes Indiens. » Il glisse : « Pour la couverture, si les arbres étaient réalistes, cela ne donnerait pas une telle ampleur. »

Vrancken parle de l'importance des arbres aux troncs volontairement trop allongés, dans Nouvelle France
© ZOO le Mag - François Samson
Une double-planche horizontale avec le héros Pierre de l’Archange à cheval, au milieu de la forêt : « Je voulais que le lecteur sente qu'après une forêt il y en a une autre et qu'après une montagne il y en a une autre. J'ai positionné la ligne d'horizon. Puis j'ai badigeonné la case avec un pinceau-brosse. Ensuite, je suis revenu sur les sapins qui se sont dilués dans l'eau. Cela a donné un effet vaporeux. Quand cela a été sec, j'ai passé l'encre. »
Vrancken fait remarquer : d'une case à l'autre, le personnage tient le fusil de différentes façons. Il est inutile de répéter dans le dessin ce qu'écrit le scénariste. Je montre autre chose. J’ai mis un message subliminal avec l'arbre déraciné : le personnage a l'air inquiet, il ne sait pas où il en est dans sa vie. Et il se demande s'il est suivi. »

Vrancken attire l'attention sur le fusil, jamais tenu de la même manière pour montrer le temps qui s'écoule, et sur l'arbre déraciné, comme le héros
© ZOO le Mag - François Samson
Quel bilan tirer de cette expérience ? « J'ai passé deux ans sur l'album. Des choses se passent qui vous influencent, vous nourrissent. La Guerre des Sept Ans attire l'attention des journalistes. Mais ce qui m'a le plus touché c'est cet homme qui a perdu sa femme et a dû élever son fils. Je n'ai heureusement pas perdu ma femme, mais les choses de la vie font que je suis séparé de la mère de mes enfants, donc je les ai eus une semaine sur deux. »
Pour conclure, sur la couverture : « La couverture est le moment que je préfère. Je dois être un illustrateur frustré. C'est très différent de faire une page. J'adore ça. Daniel laisse l'illustrateur frustré que je suis s'exprimer avec d'autres illustrations dans l'univers du récit. Certaines ne sont pas dans l'album car j'étais en retard ! »
Donc, si vous passez à Paris, allez voir cette exposition, et vous pourrez voir les illustrations qui n’ont pas pu être mises dans l’album.

Une déclinaison de l'illustration de couverture de Nouvelle France, par Vrancken
© ZOO le Mag - François Samson
Mais nous ne pouvons pas terminer cet article sans parler des splendides planches de Victor Hubinon également exposées. Il s’agit ici presque uniquement de la série Barbe-Rouge qu’il dessinait sur scénario de Jean-Michel Charlier, puisqu’il y a une seule planche de Buck Danny (et elle est superbe).

Une sélection de splendides originaux de Victor Hubinon, qui fut le dessinateur de Barbe-Rouge et de Buck Danny
© ZOO le Mag - François Samson

Une planche de Barbe-Rouge de toute beauté et très travaillée, comme le faisait toujours Hubinon
© ZOO le Mag - François Samson
Cette double exposition est visible à la galerie Daniel Maghen, 36 rue du Louvre à Paris, jusqu’au 14 mars 2026.
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