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Une kalashnikov à hauteur d’enfant

Sensation de la dernière édition du festival d’animation d’Annecy, Allah n’est pas obligé n’est pas seulement une adaptation réussie du roman éponyme d’Ahmadou Kourouma : c’est une décharge électrique d’émotion et d’inventivité visuelle. 

L’adrénaline pulse à travers les premières images de Allah n’est pas obligé. La voix off d’un garçon oscille entre excitation enfantine et cynisme déjà trop précoce, dans un décor de guérilla urbaine à haute intensité. Cette dichotomie se retrouve jusque dans son accoutrement : un sac à dos d’écolier, un porte-clé avec une tête de panda mignonne suspendu… à une kalachnikov. Les présentations avec Birahima, 12 ans, sont faites. Elles sont de courte durée puisque, suite à quelques échanges de coups de feu, le jeune garçon se prend une balle et s’effondre tout en continuant de raconter son histoire : celle d’un gamin turbulent du fin fond de la Guinée à la fin du siècle dernier. Devenu orphelin trop tôt, on lui conseille de retrouver sa tante au Libéria. Commence alors un long voyage où Birahima va être confronté aux horreurs de la guerre civile ravageant ce pays…

Extrait du film d'animation Allah n'est pas obligé Zavven Najjar

Extrait du film d'animation Allah n'est pas obligé, adapté par Zavven Najjar du roman du même nom, écrit par Ahmadou Kourouma
© Zaven Najjar, 2026

Voyage picaresque avec la mort

En l’an 2000 paraissait Allah n’est pas obligé, de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma. Succès critique immédiat et lauréat du Prix Renaudot, ce roman sans concession sur la guerre civile au long cours du Libéria, à hauteur d’enfant, connaît enfin, un quart de siècle plus tard, une adaptation cinéma. Le choix de l’animation peut dérouter sur le papier, mais c’est sans compter l’intelligence de Zaven Najjar qui, pour son premier long métrage, a su se faire un nom à Annecy l’été dernier.

Car Allah n’est pas obligé parvient, à travers son animation numérique, à laisser transparaître sur l’écran un je-ne-sais-quoi de viscéral, entre l’attachement à son personnage principal, essayant tant bien que mal de conserver une forme d’innocence, et une restitution cruelle de l’absurdité guerrière pilotée par des bouchers. Par son inventivité formelle et narrative, Allah n’est pas obligé évite le piège didactique pour que subsiste un voyage dense et mémorable, à la fois sur la résilience d’un gamin au milieu d’une condition humaine en perdition. Mémorable et remarquable.

En salles le 4 mars.

Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026


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