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Arts et (dés)illusions

Remarqué après son polar désenchanté Have a Nice Day, Liu Jian verse dans le registre autobiographique avec Art College 1994, autobiographie à peine déguisée de ses années estudiantines.

À quoi mesure-t-on l’émergence d’un artiste, et surtout sa pérennité ? Peut-être à un numéro fragile d’équilibriste entre une fidélité à sa patte stylistique et une capacité à se renouveler sans verser dans la redite.

Dans le cas de Liu Jian, Have a Nice Day s’apparentait à une percée retentissante, au cours de laquelle il tendait un miroir aussi blasé que sardonique à la Chine contemporaine ; comme s’il s’inspirait des obsessions du cinéaste Jia Zhangke, telles que la jeunesse désabusée ou les mutations de la société chinoise, souvent pour le pire, pour les remodeler à travers le médium de l’animation traditionnelle.

Art College 1994, de Liu Jian, 1h58. Animation. Sortie le 24 juin

Art College 1994, de Liu Jian, 1h58. Animation. Sortie le 24 juin © Éclumia Pictures, 2023

Les premières minutes d’Art College 1994 semblent marquer un changement de registre : les bas-fonds sales d’une ville anonyme et sans âme dans Have a Nice Day laissent désormais place aux bâtiments imposants d’une université d’arts chinoise…

Sous les interrogations artistiques, la trivialité la plus plate…

Très vite pourtant, on retrouve tout ce qui fait le sel de la griffe Liu Jian, à savoir des décors extrêmement détaillés, au sein desquels des personnages moroses, rendus mous par leur cynisme ou leur désenchantement, tentent de trouver leur place. Art College 1994 suit, le temps de quelques mois, les parcours d’une demi-douzaine de jeunes adultes, entre leurs interrogations sur ce qui fait la nature et l’essence d’une œuvre artistique et leurs agissements parfois au ras du bitume.

Affiche du film Art College 1994, de Liu Jian, 1h58. Animation. Sortie le 24 juin

Affiche du film Art College 1994, de Liu Jian, 1h58. Animation. Sortie le 24 juin © Éclumia Pictures, 2023

La portée autobiographique est évidente, mais Liu Jian ne tombe pas dans le piège de la nostalgie béate, parce qu’il sait se montrer ironique sans condamner ses sujets. À travers les dilemmes des personnages, tant artistiques, propres à l’école du réalisme cynique, que sentimentaux (choisir la liberté ou le confort matérialiste d’un mariage sans amour), Art College 1994 est la preuve flagrante que son auteur maîtrise comme jamais son style tout en affinant sa vision : celle de l’hypocrisie d’un système qui, tiraillé entre tradition et modernité, choisit le pire des deux mondes.

Article publié dans ZOO Le Mag N°110 Mai-Juin 2026


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