La Monnaie de Paris a mis la main à la poche pour nous offrir une exposition d'œuvres mettant à l'honneur la bande dessinée. Et ils ont mis le paquet avec des originaux de nombreux auteurs culte des âges d'or (la soif de l'or...) de la bande dessinée européenne, américaine et asiatique.
L'espace offre de très beaux volumes. Le franco-belge est dignement représenté, avec des planches de Morris (très présent dans l'expo), de Peyo, de Franquin, de Roba, de Giraud, etc. Mais les auteurs actuels ne sont pas oubliés pour autant. Idem pour les comics et les mangas.
Le Musée a demandé à huit artistes de faire un dessin sur l'un des huit thèmes qui structurent l'expo. Si plusieurs jouent la carte de l'humour dans des dessins colorés (Florence Cestac, Blutch, Coco, Anouk Ricard), Thomas Ott opte, lui, pour son célèbre noir et blanc très travaillé.
Mention pour le spectaculaire dessin de Nicolas de Crécy qui montre un super-héros inquiétant au visage d'Elon Musk (pour le thème Milliardaires) ainsi qu'au travail de Catherine Meurisse avec un Obélix dont le menhir est une pierre précieuse (le thème Alchimistes).

Archétypes par Nicolas de Crécy, Anouk Ricard, Thomas Ott et Catherine Meurisse, à La Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
Avouons-le, les huit thèmes choisis sont habiles, car ils permettent de ratisser large. Ils sont surtout le prétexte de rassembler en ce lieu prestigieux une somme imposante de pièces qui raviront le grand public comme le passionné de bande dessinée, à condition que ce dernier n'ait pas d'attentes trop pointues sur le discours associé à l'exposition.
On ne croule pas sous les cartels à lire ; c'est d'ailleurs la tendance dans les expos dans le but de mettre directement en rapport le visiteur avec l'œuvre, et ce n'est pas plus mal. Planches originales et dessins sont particulièrement mis en valeur. Et il y a du lourd.

Blueberry par un Jean GIraud magistral à la Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
Commençons par les aventuriers. "Aventurières et aventuriers" titre cette partie de l'expo, résolument inclusive. L'occasion de parler des chercheurs d'or, des pirates.... On en trouve dans Lucky Luke, dans Blueberry, dans Barbe-Rouge (Tiens ! Deux BD scénarisées par Charlier !), dans Gil Jourdan.... Mais aussi dans Terry et les pirates (Ah ! L'encrage de Milton Caniff !).
Les auteurs contemporains, tel Mathieu Lauffray, ne sont pas abandonnés. Le concept est le trésor comme absence, explique la pastille qui éclaire les choix des commissaires d'exposition Damien Macdonald et Lucas Hureau.

Pirates ! Long John Silver par Mathieu Lauffray, Barbe-Rouge par Yves Thos et Barbe-Noire par Eddy Paape, à La Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
Poursuivons avec les "Voleuses et voleurs". Les Rapetou, bien sûr. Le dessin mis en valeur n'est pas d'un auteur "conventionnel" de l'univers Disney : il s'agit de Winshluss. Mais quelle œuvre ! De grande dimension, elle éclate aux yeux de tous.
Toujours côté US, Le Spirit permet de rappeler quelle pierre importante Will Eisner apporta au monde de la bande dessinée, durant toute sa longue carrière.
Côté Europe, Kriss de Valnor souligne le fait que le voleur peut être une voleuse tandis que les Dalton nous renvoient au mythe de la conquête de l'Ouest. Le dessin illustrant l'archétype a été réalisé par l'excellent Blutch, qui a "volé" son nom d'artiste à un personnage des Tuniques bleues.

Les Rapetou par Winshluss et par Don Rosa, à la Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
"Épargnantes et épargnants" nous mènent droit aux trésors. Sous le regard fiévreux du Picsou de Coco, Les Schtroumpfs doivent gérer leurs finances, voire un trésor, alors que Boule et Bill montrent avec simplicité et humour ce qui est important à épargner selon eux.
Pendant ce temps Astérix et Obélix n'épargnent pas la réputation des banques helvétiques ! Des bandes dessinées qui parlent au grand public. Mais l'amateur éclairé se pâmera tout autant devant un splendide dessin en couleur de l'Italien Toppi, vénéré également par de nombreux dessinateurs professionnels. Regardez son œuvre généreusement éditée en France par Mosquito et vous comprendrez pourquoi.

Peyo et le monde de l'argent, avec les Schtroumpfs et Benoit Brisefer à La Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
"Marginales et marginaux" est un peu l'antithèse de l'archétype précédent. Gaston Lagaffe, bien sûr. Il s'intéresse à l'argent ? Mais oui, par le truchement des parcmètres qu'il combattit sous la plume espiègle de Franquin à la fin des années 70.
Mais les personnalités "non productives" comme Gaston viennent aussi des USA, le pays de la productivité ! Dès le début du 20e siècle avec Popeye.
Plus tard dans la BD underground avec les Freak Brothers, Florence Cestac voit le marginal comme un sympathique porteur de dreadlocks.

Franquin au sommet de son art, avec un encrage fabuleux sur son Gaston en pleine guerre des parcmètres © ZOO le Mag - François Samson
"Milliardaires" : une forme de Graal pour la Monnaie de Paris ? La Francophonie a Largo Winch qui vient évidemment nous faire un coucou à l'expo. Le "milliardaire en blue jeans" a bien contribué à la bonne fortune de ses auteurs, Francq et Van Hamme.
Le thème, de manière surprenante, nous permet aussi de voir des planches sensuelles de Georges Pichard. Les hommes richissimes veulent se servir de leur puissance pour posséder de jolies femmes. Mais la belle Paulette a du caractère...

Les compositions précises et efficaces de Philippe Francq sur Largo Winch, avec Jean Van Hamme représenté dans la dernière case de la seconde planche, à la Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
"Joueuses et joueurs" : on retrouve encore Lucky Luke ! Et on ne s'en lasse pas. Merci à la famille Morris d'avoir été si généreuse. Ils ont eu raison : sinon, les originaux resteraient à dormir dans un coffre... de banque. Comme quoi tout est lié. Christophe Blain, qui aime comme Morris les cowboys (en tout bien tout honneur) s'est également frotté au sujet avec un gus inquiétant en joueur professionnel.
On retiendra aussi de cet archétype le jeu de Monopoly géant de Coco mettant en vedette (il adore ça) un certain Donald qui vocifère. Pas celui de Disney, l'autre.

Un extrait du plateau de Monopoly géant dessiné par Coco, à la Monnaie de Paris
© ZOO le Mag - François Samson
"Faussaires" : ils ont inspiré Hergé pour L'île noire. Pas d'originaux montrés dans l'expo, hélas, mais un nombre impressionnant de couvertures du Petit XXe. Hergé n'était pas avare de dessins.
Le regretté Yves Chaland a été inspiré par les faussaires comme il a été inspiré par Jijé, figure tutélaire de la bande dessinée belge dont on nous gratifie ici d'un original de son héros Valhardi.
Les Japonais sont aussi de la partie, avec Lupin lll (par Monkey Punch, au pseudo faussement anglo-saxon) et Miyazaki.

Freddy Lombard par le regretté Yves Chaland à la Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
"Alchimistes" permet de nous rappeler que Gargamel le sorcier est aussi un alchimiste. Ajouter un Schtroumpf à sa potion permettrait de transformer le plomb en or. Planche mythique que celle de la première apparition de l'infâme. Notons qu'il s'agit ici de la seconde version de la planche en question : l'histoire est d'abord parue sous forme de mini-récit en supplément dans le journal de Spirou en 1959 avant d'être remaniée par Peyo assisté de Francis afin de paraître en album quelques années après.
Dans Le faiseur d'or, Fournier tente aussi la délicate alchimie de succéder à Franquin sur Spirou et Fantasio. La transmutation a fini par réussir !
Dans un autre style, Druillet est un sacré alchimiste ! Et pour Catherine Meurisse, le menhir de son Obélix est aussi bien une pierre précieuse qu'un sexe de femme, semble-t-il. La gent féminine reste pour Obélix un mystère inaccessible (Ah ! Falbala !) alors qu'il porte sur son dos sans le savoir la porte du sanctuaire de Vénus... Quelle ironie du sort, par Toutatis !

Philippe Druillet (Salammbô) et Hal Foster (Prince Valiant) à La Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
Mais d'où viennent les quelque 200 originaux exposés ? Certains de musées tel celui de la Cité internationale de la BD et de l’image d'Angoulême (qui est également producteur de l’exposition), d'autres de collections privées de galeristes ou de particuliers. La partie américaine doit beaucoup au propriétaire de la galerie du 9e Art. On voit que certains originaux, notamment des mangas, sont la propriété de MEL. Derrière ce sigle, on trouve Michel-Edouard Leclerc, collectionneur émérite. Une partie de sa collection a d'ailleurs récemment été exposée au Musée de Grenoble.
Les ayants-droits de grands noms de la bande dessinée ont également contribué à l'exposition, ce qui permet d'avoir des originaux de Morris et d'autres grands noms de la BD. Cela a souvent demandé du temps pour arriver à un accord, mais l'enjeu en valait assurément la chandelle...

Morris avec le Lucky Luke de 1949 à la Monnaie de Paris © ZOO le Mag - François Samson
Vous avez jusqu’au 6 septembre pour profiter de de cette exposition. Allez-y ! Vous en aurez pour votre argent…

Exposition Cling ! à la Monnaie de Paris : de belles oeuvres dans un bel écrin © ZOO le Mag - François Samson
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