En ce mois de juin, la communauté LGBTQIA célèbre le mois des fiertés. Cette période commémore les premières manifestations revendiquant les droits des personnes LGBTQIA à travers le monde. Entre expositions, concerts, conférences et performances, l’objectif est d’affirmer la visibilité d’une communauté encore trop marginalisée, et de promouvoir l’égalité. À travers le médium de la bande dessinée, ces luttes s’expriment autrement, et portent la voix d’auteur-ices et de personnages dont les expériences méritent d’être racontées, dessinées, et lues.
La fête comme révolte
Dans les années 1960, la Mafia joue un rôle important dans les rencontres homosexuelles aux Etats-Unis. Flairant les bénéfices potentiels, elle acquiert la plupart des bars gays situés à Greenwich Village, à New-York. Le Stonewall Inn n’y fait pas exception. Lieu de fête incontournable de la communauté, il deviendra en 2016, un monument national reconnu par l’ancien président Obama.

Mémorial du Stonewall Inn : Obama venait juste d'annoncer son statut de monument national © Rhododendrites / Wikipédia, Juin 2016
A cette époque, des propriétaires bénéficient de complicité au sein de la police, leur permettant d’être avertis en cas de contrôle. Malgré cet arrangement, au petit matin du 28 juin 1969, une descente de police au Stonewall dégénère. Les client-e-s, pourtant habitué-es aux violences policières, refusent cette fois-ci de se soumettre et les affrontements durent plusieurs jours, marquant un tournant dans la lutte pour les droits LGBTQIA .

Photo de Marsha P. Johnson © NETFLIX-PUBLIC SQUARE FILMS
Alors qu’elle y fête ses 25 ans, Marsha P. Johnson, femme trans noire, devient une figure emblématique de cette révolte. Elle co-fonde avec Sylvia Rivera, elle aussi trans et racisée et présente lors des émeutes, l’organisation Street Transvestite Action Revolutionaries en 1970, une organisation militante dédiée au soutien des personnes de la communauté LGBTQ , des travailleuses du sexe et des personnes en marge de la société (incarcérées, sans domicile fixe…).

Photo de Sylvia Rivera lors d'un rally du STAR en 1970 © Roseleechs / Wikipédia
Les émeutes de Stonewall deviennent rapidement un symbole international. Des militant-e-s du monde entier se mobilisent afin de faire valoir les droits de la communauté LGBTQ , entraînant de nombreux progrès aussi bien politiques que médicaux. Par exemple : les psychiatres changent d’avis sur le caractère pathologique apposé à l’homosexualité, et les opérations destinées aux personnes transgenres deviennent légales.
Aujourd’hui encore, des marches des fiertés se tiennent dans plusieurs villes des États-Unis et à travers le monde (principalement en juin). Elles commémorent l’anniversaire des émeutes de Stonewall.

Photo de l'exposition "LGBTQomics - Lettres d'amour à la bande dessinée" actuellement à La Cité internationale de la BD © Juliette Jimenes
Visible et dicible
Présentée au Musée de la bande dessinée d’Angoulême jusqu’au 21 mars 2027, l’exposition « LGBTQomics – Lettres d’amour à la bande dessinée » retrace un pan méconnu de l’histoire du 9e art, celui des artistes LGBTQIA . Un merveilleux travail qu’ont co-réalisé les commissaires d’exposition : Irène Le Roy Ladurie - chercheuse postdoctorante à l’Université de Lausanne, spécialiste de BD et de littérature contemporaine et dont les intérêts de recherche concernent les représentations des corps et des sexualités -, et Jean-Paul Jennequin, auteur de bande dessinée, critique, éditeur et traducteur.

Annie Goetzinger, « L’avenir perdu », couverture © Les Humanoïdes Associées, 1992
Mêlant approche historique et esthétique, ce parcours explore les représentations, les engagements, les désirs et les amours de ces artistes longtemps sous-représentés. L’exposition s’intéresse aux thématiques corporelles, sexuelles ou militantes. Le but est de mettre en lumière l’évolution des différents parcours et surtout, de mettre en avant la carrière d’auteur-ices dans le milieu de la bande dessinée.

Fabrice Neaud, dans « Collectif Vampires », page 3 © Editions Carabas, 2002
Dans un contexte politique fracturé, certaines œuvres continuent de faire l’objet de censure. C’est notamment le cas de la bande dessinée intitulée Fun Home d’Alison Bechdel, censurée par la bibliothèque d’un établissement d’enseignement secondaire aux États-Unis. Retirée des étagères, sans que la procédure habituelle de retrait d’un ouvrage ne soit respectée, l’album a été jugé sexuellement explicite. De fait, d’un art censuré, la bande dessinée a évolué en espace de discussion et de transmission, davantage subversif, avec pour vocation de délier les langues et d’illustrer les corps et les esprits.

Extrait de Fun Home, par Alison Bechdel © Denoël, 2006
A travers de nombreux documents de travail directement issus des collections de la Cité internationale de la bande dessinée, de musées et d’archives des auteur-ices, des planches et originaux sont également exposés, afin de montrer au public l’émergence de la littérature queer et d’artistes qui ont à cœur de rendre visible et dicible les personnes LGBTQIA .

Michael DeForge, « Big Kids », page 73 © Atrabile, 2017
Jean-Paul Jennequin, l’un des deux commissaires de l’exposition, souligne l’ampleur du travail réalisé, fruit de deux ans de travail entre la Cité internationale de la bande dessinée, la Contemporaine et la collaboration avec Irène Le Roy Ladurie : « Au cours de ces 3 ans, Irène et moi avons dû imaginer un parcours et trouver les documents nécessaires à l’illustration de ce parcours. Et des documents possibles, il y en a beaucoup. Si bien qu’à un moment, il a fallu choisir et écarter des planches originales ou des imprimés que nous aurions bien voulu inclure. » Ceci explique que « dans certains cas, une rotation aura lieu entre certaines pièces exposées, ce qui fait que l’exposition visible en novembre ne sera pas tout à fait la même que celle qui est visible actuellement. »

Photo de l'exposition "LGBTQomics - Lettres d'amour à la bande dessinée" actuellement à La Cité internationale de la BD © Juliette Jimenes
Concernant ledit parcours, Jean-Paul énumère les cinq parties thématiques que contient l’exposition : Corps, Coming out, Communauté et histoire, Sexualités, et Superhéro-ïnes. Une section est consacrée à la création contemporaine, où dix auteur-ices de différentes générations se sont exprimé-es sur leurs « Premiers émois ».

Photo de l'exposition "LGBTQomics - Lettres d'amour à la bande dessinée" actuellement à La Cité internationale de la BD © Juliette Jimenes
Regards pluriels
Le mois des fiertés raconte l’histoire d’un mouvement, qui continue de s’exprimer dans la bande dessinée avec des titres pluriels aussi bien dans leur scénario et que leur graphisme. Par exemple, le titre biographique Walk on the Wild Side de Julian Voloj et Soren Mosdal retrace la vie de Candy Darling, icône trans de la Factory Warhol dans le New-York des années 60 et 70 : des passages à tabac policiers aux émeutes de Stonewall, en passant par les nuits clandestines de Greenwich Village. La boucle est bouclée, l’Histoire se dessine, dans des formats qui se veulent accessibles et qui ambitionnent de rendre visibles des personnages importants de la lutte LGBTQ .
Ainsi, la complémentarité des approches graphiques et littéraires permet d’approcher l’histoire, le quotidien et l’intime, à travers un panel d’émotions que l’illustration transmet aussi bien que les mots. L’essentiel étant de raconter et célébrer des vies, fières, douloureuses, importantes, dans toute leur complexité.

Affiche de l'exposition "LGBTQomics - Lettres d'amour à la bande dessinée" actuellement à La Cité internationale de la BD © Alison Bechdel
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