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Jean-Claude Servais sur les chemins de Compostelle

Date : 19/10/2015

Les paysages comme récits

Les paysages traversés vous permettent aussi de narrer comment des « héros de la patrie » sont morts comme des rats…

Blanche prend un chemin de Compostelle qui suit plus sur les traces de son grand-père que les officiels de Compostelle. Son passage devant le bunker était l’occasion de dire aussi ma révolte devant ce gâchis, ces morts inutiles dont on a fait des héros. Ça leur fait une belle jambe d’avoir un monument et des commémorations, alors qu’ils auraient pu être sauvés si l’ordre donné n’était pas celui de mourir avec la ligne de défense ! Morts asphyxiés comme des rats pour la patrie, c’est absurde !


Comment travaillez-vous pour conjuguer fiction et documentaire ?

Dans un premier temps, je travaille de manière documentaire. Je rassemble les documents, je vais sur place, je prends des photos, je redécouvre des choses et ensuite je crée l’intrigue en fonction. Ce que j’espère c’est qu’on pourra prendre tel ou tel album pour visiter une région.


Une nouvelle fois, vous placez la femme comme personnage principal de vos histoires.

Dans tous mes albums, ce sont toujours les femmes au centre et les hommes se retrouvent être des faire-valoir. Je me sens beaucoup plus à l’aise en racontant des histoires avec des femmes qui partent à l’aventure.

Graphiquement, j’y trouve aussi plus de plaisir à dessiner. Surtout qu’en tant qu’homme, je trouve l’homme plus facile à deviner que les femmes, donc le mystère est du côté des femmes pour moi !

Comment avez-vous adapté votre dessin à ce périple ?

Depuis quelques années, je travaille au crayon et la couleur est à l’ordinateur, ajoutée par Raives. Les deux fictions autour de l’Abbaye d’Orval et de Godeffroy de Bouillon mêlaient déjà de l’ancien et du nouveau. Ces deux séries m’ont préparé : si je ne les avais pas faites avant, je n’aurais pas eu assez d’expérience pour aller sur les chemins de Compostelle et visiter la France comme je l’ai fait.


J’aime quand on part sur les chemins, hors du temps, quand seuls l’habillement ou une voiture qui passe nous situent au niveau date. Finalement la marche permet de rejoindre plein d’époques, on hume les vieilles pierres comme si c’était moi ou le lecteur qui partait…

Vous avez pioché dans de nombreux mythes et légendes bretons, comment avez-vous choisi ?

Le livre La Bretagne mystérieuse m’a permis de piocher dans un éventail de tous les grands mythes bretons liés à la terre. Je n’ai pas trop choisi de légendes liées à la mer sinon je partais dans tous les sens. J’ai dû faire des choix par rapport au tracé de mes personnages et des thèmes incontournables… J’ai même « triché » pour qu’ils passent en Brocéliande : il me fallait un tentateur qui dévie la novice sur des chemins mystérieux, le duo parfait pour la forêt de Brocéliande…


Combien de cycles y aura-t-il en tout ?

Avec mon 1er cycle, je veux arriver à Tours, un des quatre chemins principaux. Pour le deuxième cycle, j’aimerais faire un album par chemin principal et surtout qu’ils soient indépendants les uns des autres pour qu’on puisse le lire seul ou non… Après tout le monde se rejoindra pour la traversée des Pyrénées et la traversée de l’Espagne au moins en deux tomes, donc je suis parti pour un petit bout de temps encore ! Je suis parti pour 10 ans au moins ! Le fil rouge restera Blanche sur les traces de son grand-père, même si ce n’est qu’un fil ténu.


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