Quel est le point commun entre Florence Dupré la Tour (Pucelle, Jumelle) et un vampire chargé de babysitter des humains en plein milieu d’une apocalypse zombie ? Pour y répondre, l’autrice nous présente ses deux albums à paraître : Les Moribonds (Casterman) et Jeune et fauchée (Dargaud).

Couverture de Jeune et fauchée, par Florence Dupré la Tour, à paraître aux éditions Dargaud le 9 janvier 2026.

Couverture de Les Moribonds, par Florence Dupré la Tour, à paraître aux éditions Casterman le 7 janvier 2026
Les Moribonds et Jeune et fauchée ont un thème commun... La lutte des classes ?
Florence Dupré : Cela fait longtemps que je voulais en parler, mais je ne savais pas comment traiter ce sujet pas très sexy et un peu has-been. Depuis les années 1980, on en parle peu dans les œuvres de fiction.
Dans Les Moribonds, pourquoi le personnage principal est-il un vampire ?
F.D. : Je voulais des personnages aux prises avec une inversion des rôles de domination. Et m’est venue cette idée d’un vampire confronté à un monde ravagé par une épidémie de morts-vivants, "les moribonds". Il connaît une chute de classe sociale, car il est désormais contraint de travailler pour protéger son garde-manger (quelques humains encore en vie) face aux zombies et aux autres vampires. Chez Karl Marx, la figure du vampire, c'est celle du bourgeois qui suce le sang des prolétaires. Qu’un bourgeois doive se mettre au travail, cela me fait beaucoup rire !

Planche extraite de Les Moribonds, une tragi-comédie politique qui renverse les hiérarchies sociales
Les Moribonds, DUPRE LA TOUR © Casterman, 2026
Pourquoi les humaines décident-ils de se rebeller face au vampire ?
F.D. : Au départ, ces gens, représentatifs du Français moyen, travaillent à leur subsistance : potager, élevage… Et petit à petit, ils remettent en cause l’ordre établi. Puisqu’ils estiment être du bétail, et que le bétail ne travaille pas, ils veulent que le vampire subvienne à leurs besoins.
Dans Jeune et fauchée, cette fois, vous êtes le personnage principal...
F.D. : J’y traite d’un tabou dans la famille, le plus grand sans doute : celui de l'argent. C’est aussi une histoire de chute de classe sociale, mais autobiographique, puisque ce sont mes souvenirs de jeune bourgeoise qui n’a jamais connu le manque matériel et qui découvre ce que c’est que la pauvreté. Le tout dans un cadre familial pas forcément bienveillant, puisque mes parents m’ont laissée me débrouiller seule avec deux enfants en bas âge.

Planche extraite de Jeune et fauchée, dessinée avec tendresse et humour dans un style minimaliste.
Jeune et fauchée, DUPRE LA TOUR © Dargaud, 2026
Pourquoi avoir abordé ce thème dans deux albums distincts ?
F.D. : Ce sont les circonstances qui ont fait que ces albums paraissent simultanément. En revanche, je ne suis pas étonnée d’avoir été inspirée par cette thématique commune. Je travaille beaucoup sur les tabous, la question de la domination structurelle. Et cela me travaillait depuis très longtemps. Plus jeune, j’ai lu avec délectation énormément d’histoires de chutes de classes sociales : Sans famille, Princesse Sarah, Capitaine Fracasse, Oliver Twist… Je ne savais pas, peut-être en avais-je l’intuition, que cela m’arriverait.
Propos recueillis par Marine Lannot
Article publié dans ZOO Le Mag N°108 Janvier-Février 2026
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