Nouveau directeur de l’Académie Delcourt, Nicolas Rodelet met son expérience de la création, de la gestion de projet et de la bande dessinée au service d’une école devenue un vrai tremplin vers le métier d’auteur. À l’occasion des 40 ans du groupe Delcourt, il détaille aussi un jeu-concours pensé pour repérer de nouveaux talents… et accompagner des projets jusqu’à l’édition.
Nicolas, pour commencer, qui es-tu et quel a été ton parcours avant Delcourt ?
Nicolas Rodelet : J’ai eu un parcours assez “hybride”. Pendant une dizaine d’années, j’ai cofondé et développé une structure très orientée création dans l’espace public : beaucoup de techno, d’électronique, des capteurs, des rendus qui allaient de l’animation monumentale lumineuse à des installations numériques, informatiques, sonores… du multimédia, mais pensé pour des lieux, des publics, des usages. La société existe toujours, mais j’ai revendu mes parts.
Puis, j’ai travaillé chez Paris&Co, l’agence d’innovation de la Ville de Paris. J’y ai accompagné des projets très variés, souvent à la croisée de la création, du numérique et des nouveaux usages. Ça m’a permis de comprendre de l’intérieur comment on structure un projet, comment on aide des porteurs à passer d’une idée à quelque chose de viable, et comment on pense l’innovation dans des secteurs culturels qui évoluent très vite.
C’est dans ce contexte qu’est né le Labo de l’Édition ?
N. R. : Exactement. Le Labo de l’Édition est né de cette volonté de créer un lieu dédié aux acteurs de l’édition, aux entrepreneurs, aux auteurs, aux éditeurs, mais aussi à tous ceux qui travaillent autour du livre. L’idée était de proposer à la fois de l’accompagnement, du réseau, des événements, et un espace de réflexion sur les mutations de la filière éditoriale.
Quel était l’objectif principal du Labo de l’édition ?
N. R. : Offrir un cadre pour faire émerger des projets, favoriser les rencontres, accélérer des initiatives et créer une vraie dynamique collective autour de l’édition. On n’était pas seulement dans une logique théorique ou institutionnelle : il s’agissait vraiment d’aider des projets à se structurer, à se professionnaliser, et à trouver leur place dans un écosystème parfois complexe.
En quoi ce parcours éclaire ton rôle actuel à l’Académie Delcourt ?
N. R. : Il y a une vraie continuité. À l’Académie Delcourt, on est aussi dans l’accompagnement, la transmission, la structuration de parcours. On travaille avec des personnes créatives qui ont beaucoup de talent, mais qui ont besoin de repères, d’outils et de méthodes pour transformer une envie de création en un projet professionnel. Mon expérience à Paris&Co et au Labo de l’Édition m’a donné cette culture de l’accompagnement et de l’animation de communautés, qui est essentielle aujourd’hui pour former des auteurs.
Justement, qu’est-ce qui t’a attiré dans l’Académie Delcourt ?
N. R. : Le poste coche beaucoup de cases : connaître la formation, connaître la bande dessinée, mais aussi savoir gérer un lieu physique, animer une équipe, mettre de l’énergie dans une dynamique de groupe. L’Académie, ce n’est pas “juste” des cours : c’est un écosystème, avec un lieu, une pédagogie, un réseau professionnel, des intervenants, des anciens… Et c’est une école tournée vers un métier, avec tout ce que ça implique.
L’Académie Delcourt reste encore méconnue du grand public. Comment la présenterais tu ?
N. R. : C’est une école de bande dessinée qui forme au métier d’auteur. Il y a un parcours structuré, et surtout une exigence : donner aux étudiants des outils concrets pour être capables de construire un projet, de le porter, et de se professionnaliser. Être auteur, ce n’est pas un statut “simple” : ce n’est pas le salariat, il faut comprendre un cadre, une économie, des réalités de production, d’édition. Notre rôle, c’est aussi d’accompagner ça.
Comment fonctionne l’école au quotidien ?
N. R. : Les promotions sont volontairement à taille humaine : on est entre quinze et vingt-cinq étudiants par promo. Chaque promotion est parrainée ou marrainée par un auteur ou une autrice de renom : Zep, Patricia Lyfoung, Aurélie Neyret, Arthur de Pins, Wilfrid Lupano, Jean-Louis Mourier, Andreas et Florence Cestac. Aujourd’hui, on a un historique solide : les troisième année qui sortent cette année correspondent déjà à la dixième promotion, avec Fabien Toulmé comme parrain, et on accueille en parallèle les onzième et douzième promotion en deuxième et première année, respectivement avec Marc-Antoine Mathieu et Carole Maurel.
Quels sont, selon toi, les éléments qui font la différence dans la formation ?
N. R. : Le fait qu’on travaille sur plusieurs dimensions à la fois : la pratique, bien sûr (narration, storyboard, dessin, mise en scène), mais aussi ce qui permet de tenir dans la durée : comprendre le métier, le statut, la réalité économique, les exigences de production, et la manière dont on dialogue avec une maison d’édition. Et puis il y a quelque chose d’essentiel : le réseau. Le réseau pro et celui des anciens comptent énormément pour entrer dans le métier et y rester.
Une question très concrète : combien coûte la scolarité ?
N. R. : La scolarité est à 6 900 euros par an. Et on délivre chaque année quatre bourses, qui correspondent à une réduction de 25% sur les frais.
Un concours pour dénicher des talents… et accompagner des projets
Vous lancez un jeu-concours : quel est l’esprit de cette opération ?
N. R. : L’idée, c’est de participer activement à la détection de nouveaux talents, et aussi de faire émerger des projets. Dans le cadre des 40 ans du groupe Delcourt, plusieurs dispositifs se mettent en place : une exposition scénographiée par Marc-Antoine Mathieu à la Cité de la BD d’Angoulême, prévue pour durer longtemps, d’autres temps forts… Et ce concours s’inscrit dans cette dynamique : repérer, former, accompagner.
Comment le concours est-il structuré ?
N. R. : Il y a deux catégories. Il y a d’abord une catégorie “Jeune Talent / talents émergents” : le prix, c’est une première année gratuite à l’Académie Delcourt. On est très transparent : l’objectif, c’est de repérer de nouveaux profils et de les former. La seconde catégorie “Projet éditorial” est destinée à des personnes déjà formées, qui sont auteurs ou autrices mais pas encore publiées. Le prix, c’est un accompagnement de six mois.
Concrètement, que recouvre cet accompagnement de six mois ?
N. R. : Il se fait à deux niveaux, avec l’équipe pédagogique qui peut aider à renforcer certains points : scénario, narration, construction, compétences spécifiques. Puis, le deuxième niveau est constitué avec l’équipe éditoriale de Delcourt, qui, elle, accompagne sur l’angle “projet” : cohérence, positionnement, potentiel de publication.
On ne peut jamais garantir un résultat – ce serait malhonnête – mais l’idée est clairement de tendre vers un projet solide, prêt, et si tout s’aligne, la publication d’un premier album au terme du processus.
Quels formats sont attendus pour candidater ?
N. R. : Pour la catégorie “Jeune Talent”, on part sur des histoires courtes de 3 à 5 pages. Pour le “Projet éditorial”, le règlement précisera le format attendu, mais on demandera classiquement : pitch, quelques planches, éléments de storyboard, présentation des personnages et un descriptif global du projet.
Et côté calendrier ?
N. R. : La remise des prix aura lieu le 23 juin, lors d’un événement qui coïncidera avec la remise des diplômes des troisième année. Le lieu n’est pas encore arrêté, mais ce sera un moment fédérateur autour de l’école.
La participation se fera en numérique, via un formulaire sur le site de l’Académie, où l’on enverra les dossiers.
Un dernier mot pour donner envie de participer ?
N. R. : Le concours est pensé comme une porte d’entrée, à deux niveaux : soit on a un talent en construction et on veut apprendre sérieusement le métier, soit on a un projet qui a besoin d’un cadre et d’un accompagnement solide pour franchir une marche. Dans les deux cas, on veut faire avancer des personnes et des récits. C’est l’essentiel.
Propos recueillis par Nicholas
Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026
BD
ZOO109
ABD
Delcourt
Concours


Haut de page
Votre Avis