Avec Belle de Soie, son premier album de bande dessinée, Pavel Bart s’impose d’emblée comme un auteur singulier. À la croisée du conte médiéval, de la littérature classique et d’une recherche graphique très personnelle, il revendique une approche exigeante de la bande dessinée, pensée avant tout comme un dialogue indissociable entre texte et image. Rencontre avec un auteur pour qui le dessin est un langage à part entière.
Vous signez avec Belle de soie votre premier album. Comment êtes-vous venu à la bande dessinée ?
Pavel Bart : Je suis tombé dedans très tôt. Mon père est collectionneur de bandes dessinées, j’en ai donc lu énormément quand j’étais enfant. J’ai toujours aimé dessiner, et c’est assez naturellement que je me suis orienté vers des études aux Arts décoratifs de Paris, plutôt du côté de l’illustration.

Avec Belle de Soie, son premier album de bande dessinée, Pavel Bart s’impose d’emblée comme un auteur singulier © Éditions Delcourt, 2026 — Bart
Le déclic pour la bande dessinée est venu un peu plus tard, lorsque nous avons dû participer, dans le cadre de nos études, au concours Jeunes Talents d’Angoulême. J’ai réalisé mes premières planches à cette occasion et je me suis rendu compte que raconter une histoire en images me plaisait profondément. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’en faire mon métier.
Aviez-vous dès le départ l’idée de vous inscrire dans la durée, et non de réaliser un album unique ?
P. B. : Oui, très clairement. Je ne me suis jamais dit que Belle de Soie serait un « one shot » au sens d’une expérience isolée. J’ai toujours pensé la bande dessinée comme un travail au long cours, un espace de recherche et d’évolution, autant graphique que narrative.

À la croisée du conte médiéval, de la littérature classique et d’une recherche graphique très personnelle, Pavel Bart revendique une approche exigeante de la bande dessinée © Éditions Delcourt, 2026 — Bart
Quelles ont été vos influences, tant du côté de la bande dessinée que de la littérature ou du cinéma ?
P. B. : Du côté de la bande dessinée, il y a évidemment les classiques, Tintin notamment, mais aussi des auteurs plus contemporains comme Jérémie Moreau, dont j’admire beaucoup le dessin. Des albums comme Jolies Ténèbres de Fabien Vehlmann et des Kerascoët m’ont également profondément marqué, autant pour leur force visuelle que pour leur atmosphère.

Pour l'auteur, la bande dessinée est pensée avant tout comme un dialogue indissociable entre texte et image © Éditions Delcourt, 2026 — Bart
En littérature, les contes de fées sont une référence évidente, mais aussi des œuvres comme La Princesse de Clèves, pour la représentation des scènes de cour et des rapports sociaux très codifiés. Victor Hugo m’a également beaucoup influencé, notamment à travers Les Misérables : le personnage de Madame Sorel est, d’une certaine manière, une variation autour de Fantine.
Enfin, le cinéma a joué un rôle important, avec des films comme Mademoiselle de Park Chan-wook, Perceval le Gallois d’Éric Rohmer ou encore Blanche-Neige de Disney, qui m’ont inspiré aussi bien sur le plan narratif que visuel.
Belle de soie se déroule au Moyen Âge. D’où vient cet intérêt pour cette période ?
P. B. : Il est né presque en même temps que mon intérêt renouvelé pour la bande dessinée. J’ai découvert l’art médiéval, notamment les enluminures et certaines peintures flamandes ou italiennes du Quattrocento. Ce rapport très fort à l’image, à la narration visuelle, m’a immédiatement parlé.

Le style graphique puise ses influences dans l’art médiéval, notamment les enluminures et certaines peintures flamandes ou italiennes du Quattrocento © Éditions Delcourt, 2026 — Bart
Le Moyen Âge offre aussi une grande liberté graphique : les architectures sont irrégulières, les lignes moins rigides, ce qui correspond davantage à ma manière de dessiner. C’est une époque qui autorise une forme de stylisation tout en restant très expressive.
Comment avez-vous construit le scénario et la mise en scène de l’album ?
P. B. : Je n’ai pas écrit un scénario dialogué au sens classique. J’ai plutôt travaillé à partir d’un séquencier, puis d’un storyboard très détaillé, du début à la fin. La bande dessinée est pour moi un art de la composition et du rythme : tout se joue déjà au stade du storyboard.
Ensuite, bien sûr, il y a eu des ajustements entre le storyboard et les planches définitives, mais rien n’était improvisé. Les difficultés se situent souvent dans la nécessité de transmettre des informations sans être trop explicatif, notamment dans les dialogues. Trouver un équilibre entre clarté et naturel est sans doute ce qu’il y a de plus complexe.

Le Moyen Âge offre aussi une grande liberté graphique : les architectures sont irrégulières, les lignes moins rigides, ce qui correspond davantage à la manière de dessiner de l'auteur © Éditions Delcourt, 2026 — Bart
Travaillez-vous seul ou échangez-vous avec d’autres auteurs ?
P. B. : Je travaille beaucoup seul, surtout pendant les phases de création. En revanche, une fois le storyboard terminé, je le fais relire par des amis auteurs, souvent rencontrés à la Maison des auteurs à Angoulême. Leurs retours sont précieux pour vérifier la lisibilité du récit et la crédibilité des personnages.
La difficulté de la bande dessinée, c’est le décalage entre le temps de fabrication et le temps de lecture : une page se lit en quelques secondes mais peut prendre des heures à concevoir. Il faut apprendre à retrouver, en tant qu’auteur, le regard rapide du lecteur.
Votre album compte plus de 200 pages. Était-ce éprouvant pour un premier livre ?
P. B. : Oui, surtout sur la durée. Au moment de l’écriture, cela me paraissait presque court ; au moment du dessin, en revanche, c’était très long, notamment lors de la mise en couleur, qui est la phase la plus fastidieuse.
J’ai volontairement choisi une palette réduite, inspirée des gravures et des images médiévales, afin de privilégier l’atmosphère plutôt qu’un rendu naturaliste trop détaillé.

Couverture de Belle de Soie, par Pavel Bart aux éditions Delcourt
Comment travaillez-vous concrètement sur le plan technique ?
P. B. : Je commence par un crayonné sur papier, que je redessine ensuite à l’encre à l’aide de feutres de différentes épaisseurs, en utilisant une table lumineuse. La couleur est ensuite réalisée numériquement, sur Photoshop, avec une tablette graphique. C’est un processus assez classique, mais qui me permet de garder un rapport très direct au dessin.
Avez-vous déjà de nouveaux projets en tête ?
P. B. : Oui. Belle de Soie est pensé comme un album unique, mais je travaille actuellement sur des dessins autour de son univers, pour explorer ce qui se passe en dehors du récit.
Par ailleurs, je commence à développer un nouveau projet de bande dessinée mais il n’est pas encore assez abouti pour que je puisse en parler.
Retrouvez notre critique de Belle de Soie ICI
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