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No Devil, volume 2 : le tome de la confirmation pour Senchiro

Avec un peu de recul, quel regard portes-tu aujourd’hui sur le premier tome de No Devil ?

Senchiro : J’en suis très content. Je l’ai terminé il y a plus d’un an (juillet 2025) maintenant. Quand je le feuillette, je vois certes quelques erreurs ici et là, quelques cases où l’encrage ou une expression me paraissent perfectibles. Mais dans l’ensemble, ce tome est sorti comme je l’avais imaginé.

Dans ce premier tome, tu posais les bases de l’univers et nous faisais découvrir Lucie et Léo. Qu’est-ce qui était particulièrement important pour toi à travers cette introduction ?

Senchiro : Je dirais présenter et développer les personnages sans perdre de temps. Les rendre attachants, je pense que c’est la chose essentielle à faire sur un premier tome. Grâce à cela, on chope tout de suite le lectorat qui soutient tel ou tel personnage, on crée un vrai lien. Ce qui permet par la suite d’introduire peu à peu son univers, ses concepts ou même de tenter des choses risquées sans pour autant perdre les lecteurs, puisqu’ils voudront suivre les aventures de leurs nouveaux chouchous.

Extrait de No Devil, T. 2

Extrait de No Devil, T. 2 © Kana, 2026

En dehors de cela, je dirais que ce tome 1 était aussi pour moi l’occasion de vraiment m’amuser sur la narration et la mise en scène et proposer une sorte de carte de visite, en mode « eh, voici les cordes que j’ai à mon arc, si ça vous branche, lisez la suite ! ».

Comment as-tu vécu les premiers retours des lecteurs sur le tome 1 ? Est-ce que certains retours t’ont surpris ou influencé pour la suite ?

Senchiro : Lorsque j’ai réalisé le tome 1 (et même le squelette narratif de No Devil), je savais que j’allais laisser des gens sur le côté, car une bonne partie des lecteurs mangas a des attentes très précises et n’aime pas trop en être éloignés. Mon histoire joue avec certains codes et se retrouve parfois le cul entre deux chaises.

Mais ces types de retours ont été infimes en comparaison des retours positifs ! J’étais assez surpris que tout le monde joue le jeu et rentre dans cette histoire un peu folle.

Il y a eu du monde à chaque fois en dédicace et certains lecteurs m’ont directement fait part de leurs théories (réaction que je n’avais jamais eu avant lol).

Certains lecteurs ont d’ailleurs un flair vraiment aiguisé pour noter des détails et en tirer des conclusions hé hé.

Enfin, une chose qui m’a fait plaisir, c’est aussi le lectorat qui était très équilibré entre filles et garçons ! C’était un de mes objectifs : réunir un peu tout le monde !

Extrait de No Devil, T. 2

Extrait de No Devil, T. 2 © Kana, 2026

Avec ce deuxième tome, qu’avais-tu particulièrement envie d’explorer ou d’approfondir par rapport au premier ?

Senchiro : Le tome 1 avait un rythme assez intense et présentait les relations entre les membres du casting. Sur ce tome, j’ai donc voulu ralentir la cadence pour laisser place aux relations et leur permettre de se développer, d’apporter des infos aux lecteurs sur l’univers dans lequel évoluent nos héros, tout en essayant de créer des moments marquants, voire émouvants.

J’espère que ça permettra aux lecteurs de découvrir une nouvelle facette des persos.


Lucie et Léo évoluent au fil de l’histoire. Est-ce que leur personnalité ou leur relation t’a parfois surpris pendant l’écriture de ce deuxième tome ?

Senchiro : Oui ! Lorsque j’écris, je laisse toujours des zones d’ombres sur des éléments non-essentiels. Cela me permet de m’adapter en cours de route et d’évoluer avec les persos en même temps qu’eux. De ce fait, j’espère pouvoir capturer au mieux ce qu’ils ressentent et leur donner les réactions les plus appropriées.

La fin du tome 2 a donc légèrement changé de forme car les actions et motivations que j’avais prévus pour Léo et Lucie se sont progressivement inversées.

Je trouve qu’il est difficile d’imaginer de manière précise les réactions d’un personnage trop en amont, voilà pourquoi j’aime travailler de cette manière.

Le concept de démon occupe une place centrale dans No Devil. Qu’est-ce que tu avais envie d’exprimer à travers cette idée, au-delà de son aspect fantastique ?

Senchiro : Pour moi, il s’agit avant d’une métaphore graphique qui vient habiller les relations des personnages. Je ne cherche pas à faire dans le nekketsu classique (sans dénigrement) dans le sens où mon ambition avec No Devil est d’abord de raconter une histoire intime centrée sur ses personnages, leurs relations, ce qu’ils ressentent etc.

Et les diables viennent mettre en forme tout cela, ajouter du peps, de l’action. Bref, quelque chose qui vient bousculer le lecteur et choper un lectorat qui n’irait pas de lui-même vers des histoires plus posées, j’imagine.

Aux lecteurs de nous dire si ça fonctionne !

Extrait de No Devil, T. 2

Extrait de No Devil, T. 2 © Kana, 2026

Le tome 2 permet-il de découvrir de nouvelles facettes de l’univers que tu avais volontairement gardées en retrait dans le premier volume ?

Senchiro : Oui ! Même si ma démarche avec ce projet est de garder l’univers un peu en retrait pour laisser la part belle aux persos, je veux quand même que les enjeux de ces derniers soient clairs et qu’on ait envie de voir ce qui va leur arriver.

L’univers vient à ce moment-là pour apporter assez d’infos pour rendre tout ça crédible. Mais j’aime bien l’idée de ne dévoiler que ce qui est nécessaire et laisser le reste être interprété par les lecteurs. Je trouve qu’une histoire qui appelle à la réflexion au lieu de tout donner sur un plateau a plus de chance de rester dans la tête des gens.

Y a-t-il une scène ou un moment du tome 2 que tu as particulièrement aimé dessiner et que tu as hâte de voir découvrir aux lecteurs ?

Senchiro : Oui plusieurs ! Je vais essayer de rester vague mais dans ce tome, on pousse le curseur côté musique et action . Même la romance a le droit à son petit moment. Je suis assez content d’avoir pu trouver un équilibre entre tous ces aspects et j’espère que les lecteurs vont kiffer !

Entre le premier et le deuxième tome, as-tu senti une évolution dans ta manière de dessiner ou de raconter ton histoire ?

Senchiro : Dans la manière de raconter l’histoire, le 2ème tome a une trame bien plus linéaire. Et avec toutes les introductions faites avant, j’ai pu me permettre de prendre plus de temps en narration pour développer le caractère des persos ou jouer sur des aspects comiques, ce qui était rafraîchissant pour moi.

Graphiquement, on m’a dit que ça avait pas mal évolué et j’aime beaucoup expérimenter pour toujours trouver de nouvelles techniques, de nouvelles manières de représenter les choses. Donc j’imagine que ça continuera sur toute la durée de la série.

Extrait de No Devil, T. 2

Extrait de No Devil, T. 2 © Kana, 2026

Après Sweet Konkrete, Running to Your Heart et maintenant No Devil, comment ta vision du métier de mangaka francophone a-t-elle évolué ?

Senchiro : Avant de démarrer ma carrière, un auteur expérimenté m’avait dit que dans la BD, ce ne sont pas les plus talentueux qui réussissent mais les plus « carrés ». Dans le sens, organisés, ponctuels et « stables » mentalement etc.

Plus le temps passe et plus cette phrase est réelle pour moi. La BD est un marathon et les qualités qu’il faut avoir pour rentrer dans ce milieu ne sont pas celles qu’il faut avoir pour y rester. On est avant tout sur des compétences d’entrepreneur : savoir gérer son temps, pouvoir anticiper, être malin en com’ et en market, tout en enchaînant les pages au jour le jour.

Certes, il y a certaines de ces compétences que l’on pense pouvoir déléguer aux éditeurs, et parfois c’est le cas. Mais il ne faut pas être naïf. Même lorsqu’un éditeur fait bien son taff, un auteur qui ne fait pas de propositions, qui n’est pas une forme motrice autour de sa série, ne verra pas d’opportunité s’offrir à lui.

Lorsque l’on s’engage dans ce métier, il faut certes aimer dessiner et raconter des histoires, mais être prêt à assumer tout un tas d’autres tâches qui ne sont pas forcément au goût de tout le monde.

Même si les choses tendent à aller vers le mieux, car les éditeurs font de plus en plus d’efforts quant à leurs séries françaises, je ne pense pas que l’on arrivera un jour à un modèle japonais où l’auteur est reclus chez lui à faire des pages et tout le reste est pris en charge par l’éditeur. Tout simplement parce que l’on est en France et que les artistes ont bien plus d’égo et de tempérament ici (ce qui est une bonne chose).

Si tu devais donner une bonne raison à quelqu’un qui n’a pas encore découvert No Devil de se lancer aujourd’hui, que lui dirais-tu ?

Senchiro : S’il ne le fait pas, je viens en bas de chez lui pour lui péter les jambes. (Non, j’déconne ! Mais faites gaffe quand même…)

Extrait de No Devil, T. 2

Extrait de No Devil, T. 2 © Kana, 2026

Et pour terminer, sans évidemment spoiler la suite : qu’aimerais-tu que les lecteurs ressentent en refermant le tome 2 ? Qu’est-ce que tu peux nous faire espérer pour la suite de No Devil ?

Senchiro : Une bonne dose de feel good, car c’est la vibe de la série. Mais aussi toujours plus d’intérêt et d’amour pour les membres du casting qu’ils pourront découvrir avec plus de profondeur dans ce tome (enfin, si j’ai bien fait mon job lol) !

Question bonus : Le manga francophone connaît aujourd’hui une vraie diversité de styles et de propositions. Selon toi, qu’est-ce qui lui manque encore pour être davantage reconnu, en France comme à l’international, aux côtés des productions japonaises ?

Senchiro : Sans doute une communication beaucoup plus développée qui permettrait aux œuvres d’arriver sur le marché avec une fanbase déjà existante, plutôt que de la construire au fur et à mesure. Mais aussi plus de moyens pour accompagner les auteurs s’ils le souhaitent. Cela permettrait soit d’accélérer le rythme de parution, soit d’au moins améliorer les conditions de travail afin de dégager plus de temps qui pourrait être investi ailleurs.

Mais en vrai, ces changements sont déjà en cours (même s’ils se font timidement). Les éditeurs ont compris l’intérêt de mettre en avant leurs créas francophones, de créer des circuits entre les librairies, les salons et même les marques pour créer des événements qui viennent pousser en avant les sorties de livres. On est simplement qu’aux balbutiements de tout ça.

Extrait de No Devil, T. 2

Extrait de No Devil, T. 2 © Kana, 2026

Déjà avec le Covid, on avait vu toute une flopée de nouveaux lecteurs découvrir le manga francophone sans à priori. Cela a permis de créer une « nouvelle vague » de sorties, de lancer des projets ambitieux comme Manga Issho etc.

À l’international, je ne sais pas trop. No Devil a par exemple gagné un prix Shueisha il y a peu de temps et Neo (dessinateur du mangaFree Quest) a même été publié dans le Jump . Mais en même temps , même si ces événements sont trop cools pour nous les auteurs et sans doute pour notre public, je ne sais pas s’ils ramènent vraiment de l’intérêt de la part du lectorat ou des éditeurs étrangers. Seul le temps nous le dira.

Article publié dans ZOO Manga N°27 Septembre-Octobre 2026

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