Les Providencins ont renoué avec leur planète d’origine, la Terre, et ses habitants. Afin d’effacer les barrières entre les peuples et de calmer la colère terrienne, ils administrent désormais toute la société grâce à des intelligences artificielles infaillibles, garantes d’une justice implacable. Mais dépourvue d’humanité…
Qu’est-ce qui différencie les Terriens et les Providencins ?
Nicolas Dehghani : Les Providencins sont d’ex-Terriens, des membres de l’élite, à l’image d’Elon Musk, qui sont allés vivre sur Mars. Pour rendre cette planète habitable, ils ont utilisé les ressources et la force de travail terriennes. Les Terriens exploités se sont rebellés. Il y a eu une répression sanglante. Les Providencins ont alors renversé leur gouvernement et ont décidé de mettre en place une mission de réconciliation.

Les Providencins ont renoué avec leur planète d’origine, la Terre, et ses habitants © Sarbacane, 2026
Comment les Providencins tentent-ils de calmer la situation ?
N. D. : Ils organisent des sondages auprès de la population terrienne pour comprendre leur haine, puis les passent à la moulinette d’algorithmes. Ils sont convaincus de l’effi cacité de leur technologie. On touche presque à une forme de foi dans l’IA. Mais ils se heurtent à l’irrationalité de la rancœur humaine. Les Providencins viennent proposer leur aide pour réparer les erreurs du passé mais ils sont détestés. Un jeune Terrien, Keren, est engagé pour essayer de faire le trait d’union entre les deux peuples.
L’usage de l’IA pose des questions de morale et de justice…
N. D. : Pour les Providencins, l’IA est une promesse de progrès. Ils pensent que l’efficacité est synonyme de justice. Dans l’album, un algorithme doit faire face au « dilemme du tramway ». C’est une manière de montrer que l’IA peut réduire de 99% les accidents de la route, mais que le 1% restant peut poser des questions morales. C’était une manière de montrer comment les algorithmes prennent de plus en plus de place dans nos sociétés : pas à la Terminator ou à la Matrix, où l’IA domine les humains, mais plutôt de manière insidieuse. L’IA n’a pas de conscience, mais ses créateurs, oui. Et l’IA s’infiltre de plus en plus dans notre quotidien.

Afin d’effacer les barrières entre les peuples et de calmer la colère terrienne, ils administrent désormais toute la société grâce à des intelligences artificielles infaillibles, garantes d’une justice implacable © Sarbacane, 2026
Pourtant, personne ne se rebelle… Eliam, père de Keren, est un personnage inspiré de Taxi Driver : il veut exprimer sa colère envers un système qui réprime les sentiments et empêche de les exprimer. Il va donc se lancer dans une quête de vengeance et être confronté à la froideur d’une société régie par le jugement de l’IA, un jugement logique mais pas forcément moral… Je ne voulais pas simplement opposer les méchants riches et les gentils prolétaires, comme dans 1984, mais plutôt exposer la complexité humaine.
Article publié dans ZOO Le Mag N°111 Septembre-Octobre 2026
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