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Couleurs de l'incendie (Janvier 2020)

couverture de l'album Couleurs de l'incendie

Éditeur : Rue de Sèvres

Scénario : Pierre LemaitreDessin : Christian De Metter

Genres : Historique, Polar / Thriller

Public : À partir de 16 ans

Prix : 24.00€

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La critique ZOO

Note ZOO 5.0

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Après Au revoir là-haut, le roman de Pierre Lemaitre adapté sur grand écran par Albert Dupontel et en BD par Christian De Metter, ce dernier s’attaque à Couleurs de l’incendie. Une plongée dans les mauvais et les bons sentiments de l’entre-deux-guerres.

Dans Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre raconte l’histoire de deux Poilus rescapés. Albert Maillard, petit comptable, et Édouard Péricourt, un fils de bonne famille réduit à sa condition de « gueule cassée », s’installent à Paris en 1919. Mais après l’enfer des tranchées, la réadaptation à la vie civile parisienne n’est pas simple.

L’auteur de BD Christian De Metter s’est attaqué au premier volume de cette fresque en octobre 2015. Ce dessinateur au trait charbonneux avait réussi à prendre de la distance avec le roman pour en tirer le meilleur, même s’il est toujours difficile et réducteur de faire tenir dans un album, même de 176 pages, une histoire d’une telle densité.

Dans Couleurs de l’incendie, on retrouve certains personnages qui ont fait le sel d’Au revoir là-haut. Le récit commence aux obsèques du grand banquier Marcel Péricourt, dont le fils Édouard s’était suicidé en conclusion d’Au revoir là-haut. Madeleine, fille de Marcel, n’a plus de mari et se retrouve seule héritière de la fortune Péricourt. Elle élève seule son petit Paul avec l’aide de son précepteur, journaliste au Soir.

De son vivant, le père de Madeleine, Marcel Péricourt, souhaitait la voir se remarier pour prendre la suite de ses affaires. De préférence avec l’arriviste Gustave Joubert qu’elle a toujours refusé. Le jour même de l’enterrement, le jeune Paul se jette par une fenêtre et perd l’usage de ses jambes. Glaçant.

Dès lors, Madeleine va se retrouver seule contre tous pour sauver sa peau et celle de son fils face aux hyènes de la finance, guidées par la jalousie et la malveillance. À l’image de Joubert : la tête bien pleine et les dents qui rayent le parquet. Son ambition dévorante ne lui a pas fait oublier que Madeleine avait refusé sa main. Il s’allie avec le frère du défunt, Charles Péricourt, député mafieux et jaloux des 3 millions de francs d’héritage touchés par le petit Paul.

Petites combines, grande Histoire

À travers le prisme de ce récit d’une rare puissance, c’est la grande Histoire qui est donnée à voir. Montée du nazisme, explosion de l’aéronautique, mafia en tous genres. À l’aube des années 30, l’ambiance est bancale. La société vit encore sur les cendres de la guerre des tranchées et le monde court à sa perte en filant droit vers un deuxième conflit mondial. Ses signes avant-coureurs sont décrits avec subtilité par Pierre Lemaitre.

Christian De Metter adapte une histoire riche et dense dans un scénario d’une construction remarquable. Couleurs de l’incendie est un arc-en-ciel narratif dans lequel jamais le lecteur ne se perd. Et ce malgré la multitude de personnages, le foisonnement de situations et les conflits d’intérêts familiaux de cette grande dynastie en cours d’effondrement. Au final, les seuls qui apparaissent vraiment sous un visage humain sont Madeleine, son fils Paul, mutilé et maltraité par de sales personnes, et quelques personnages secondaires qui jouent des rôles de premier plan. Notamment l’homme embauché par Madeleine pour mener l’enquête et qui finit entre ses draps.

Lueurs sombres

Remarquablement bien écrite, cette suite offre un prolongement de très belle facture à Au revoir là-haut. Ce qui était loin d’être évident vu l’aura et le retentissement du premier volet, au succès largement amplifié par l’adaptation cinématographique d’Albert Dupontel, qui a cumulé plus de deux millions d’entrées. Le dessin de Christian De Metter d’un ultra-réalisme confondant dépeint des portraits de personnages, à la fois sombres et baignés de lumière.

Au fil des pages de cet album aussi épais que dense, les couleurs de l’incendie s’avèrent souvent sombres, parfois sordides. Il y a le feu à la maison France. Elle va bientôt être emportée dans le chaos d’un second conflit mondial, ce qui se sent dans chaque case, à chaque coin de réplique, derrière chaque zone sombre de cette histoire anxiogène. Le dessinateur maîtrise incroyablement bien la lumière. Ou plutôt les lumières, tant son nuancier s’avère étendu et diversifié. Le résultat, c’est un graphisme d’une grande rigueur picturale. Sombre mais contrasté par la bonne lumière, au bon endroit et au moment opportun. Les rares dessins pleine page qui rythment un découpage assez classique ont d’autant plus de force. Ils ont valeur d’exemple.

La bassesse tout en nuances

Les costumes et décors de cette France des années 1930 dégagent des textures, comme un rendu, troublant, de relief dans le dessin. L’impressionnante patte De Metter, qu’on avait déjà pu admirer dans sa saga No Body, reflète des personnages machiavéliques, tout en nuances. Peut-être pour mieux montrer que rien n’est jamais totalement noir ou blanc. Couleurs de l’incendie, c’est le règne du gris.

Ces nuances de gris comme teintes des mauvais sentiments humains, de la malveillance et de la soif d’argent à tout prix, sont incarnées par l’ensemble d’une famille et de proches sans scrupules qui se retournent contre Madeleine et son petit Paul. Les Couleurs de l’incendie sont contrastées, comme la France de ces années-là. Plus qu’un livre et une BD, c’est un brasier de sentiments humains. Gare aux brûlures de l’âme.

Article publié dans le magazine Zoo n°75 (Janvier-Février)

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