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André-Paul Duchâteau : Ric Hochet et Chick Bill, deviennent orphelins

Les Éditions du Lombard viennent de nous faire part du décès d’André-Paul Duchâteau survenu aujourd’hui, ce 26 août 2020, à l’âge de 95 ans. Ecrivain policier, journaliste, scénariste de nombreuses séries de bandes dessinées, créateur de plusieurs héros devenus emblématiques dont le célèbre détective Ric Hochet et le jeune cow-boy Chick Bill. Il avait également été l’un des animateurs majeurs du journal « Tintin » dont il avait par ailleurs été le rédacteur en chef et le directeur artistique.

Il n’a pas encore sept ans lorsqu’il découvre Six hommes morts de S.-A. Steeman, dans l’hebdomadaire Le Moustique. Dès l’adolescence, il commence à noircir ses cahiers, alternant le graphisme, un peu, et l’écriture, beaucoup. À seize ans, il publie un premier roman policier, Meurtre pour Meurtre, dans la collection « Jury », dirigée par Steeman… Toujours lui. Ce dernier devient son mentor et confident. Dès le milieu des années quarante, il multiplie les nouvelles. Dans Mystère-Magazine, tout d’abord (plusieurs d’entre elles franchiront l’Atlantique et seront adaptées dans la version américaine de la revue, l’Ellery Queen’s Mystery Magazine), puis dans Fiction, Tintin ou 813. André-Paul en signe plusieurs centaines… « Par son côté rapide, ramassé, la nouvelle reste un formidable mode d’expression, une passionnante leçon d’écriture », ajoute-t-il, d’un air gourmand, expliquant aussi comment il a écrit sous plusieurs noms de plume, D. Aisin (BD), Michel Vasseur (de 1962 à 1967), André Jean, André Nô, Michaël Nô, André Voisin et le pseudonyme collectif Cap avec Christian Denayer.


On le retrouve également aux éditions La Boétie, où il réécrit quelques classiques russes massacrés par une traduction inepte. Plaisir du palimpseste. Aux côtés de Tenas et Rali, il collabore à l’hebdomadaire Bravo !, alternant des adaptations de Paul Féval et de Walter Scott. Il croise surtout la route d’un certain Gilbert Gascard, alias Tibet… Le début d’une de ces complicités qui marquent une vie. Ensemble, en 1955, ils signent Ric Hochet, dans Tintin : « Il faut une immense amitié pour être capable de travailler une soixantaine d’années avec quelqu’un, sans jamais se disputer. Avec Tibet, nous n’avons pas vu le temps passer et nous nous sommes vraiment amusés… Cela a été une belle aventure ! » Les albums de "Ric Hochet" se sont vendus à plus de 15 millions d'exemplaires et ont été traduits dans 7 langues.

En 1955, toujours, il part pour le Congo, s’installe à ce qui s’appelait encore Léopoldville et dirige L’Avenir et Actualités Africaines. Il engage Joseph Mobutu, sergent comptable dans la Force Publique. L’homme n’a pas encore tourné dictateur. Le scénariste imagine une trentaine d’enquêtes radiophoniques, diffusées sur Radio-Luxembourg.

Des années soixante aux années quatre-vingt, tout s’accélère. André-Paul Duchâteau travaille notamment avec William Vance (Bruce J. Hawker), Rosinski, puis Kas (Hans), Daniel Hulet (Pharaon), Christian Denayer (Yalek, Alain Chevallier, Les Casseurs) et, toujours, Tibet (Chick Bill, Les Peur-de-Rien). Sa production en bande dessinée atteint désormais plusieurs centaines d’albums. Il assure par ailleurs la rédaction en chef du Soir Jeunesse, puis celle de Tintin. À partir de 1989, il dirige la collection « BDétectives » des éditions Lefrancq où il adapte ses amours de jeunesse… Rouletabille et Sherlock Holmes, bien d’autres encore. Romancier, il cisèle de petits joyaux comme La 139e victime, Mourir à Angoulême ou De Cinq à sept avec la mort, récompensé par le Grand Prix de Littérature Policière. Il passe du roman à énigme au thriller, met des couleurs au « noir ». Son écriture se fait plus incisive. L’homme aime les défis et surgit là où on ne l’attend pas.

Dans Terreur, un diptyque enluminé par René Follet et paru dans la collection « Signé » du Lombard. Au-delà de l’œuvre, les éditions du Lombard nous font part qu’il y a surtout l’homme, véritable gentleman, bienveillant, cultivé et attentif aux autres : « Le plus important, c’est d’être curieux… Et de continuer à s’enthousiasmer comme un enfant ! »
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