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Junk Head : le tour de force jusqu'au-boutiste d'un seul homme

Phénomène de l’underground japonais, Junk Head détonne avec son ambition visuelle ahurissante. Un tour de force puisque Takahide Hori aura mis une décennie à le réaliser quasi seul.

Dans le futur lointain, l’Homme a fait de l’immortalité une quasi-réalité grâce aux mutations et au clonage. Mais à trop jouer les apprentis sorciers avec l’ingénierie génétique, il a perdu au fil du temps la faculté de se reproduire, le conduisant vers un déclin inexorable. Une mission de la dernière chance est lancée : Parton est envoyé dans les tréfonds de la Terre avec l’espoir de trouver un remède. Cette expédition n’est pas sans risque : les ténèbres souterraines abritent les rebuts des expériences eugéniques de la surface. Et certains sont des monstruosités particulièrement dangereuses.

Hori, l'homme-orchestre

Se laisser gagner par la circonspection est un risque réel si on juge Junk Head avant tout pour ses qualités narratives. Il est vrai
que le rythme n’est pas toujours optimal et sa chute pour le moins abrupte pourront en frustrer plus d’un. Ce serait passer toutefois à côté du tour de force de son réalisateur Takahide Hori qui a consacré près d’une décennie à accoucher quasiment seul de ce film d’animation en stop-motion. Scénographie, éclairages, personnages, montage, animation, musique, cet ancien décorateur d’intérieur, novice dans la conception filmique, a été à l’œuvre dans tous ces domaines pour mettre en boîte 140 000 plans.

Junk Head

Junk Head
© Takahide Hori, 2022

Une essence punk

Difficile, pour ne pas dire impossible de ne pas prendre en compte un tel paramètre ainsi que tout ce qu’il implique en tant que contraintes narratives et créatives. Pourtant, Junk Head est bien plus que cela pour son essence punk indéniable. S’il n’atteint évidemment pas le degré de finesse des maîtres de Aardman, Junk Head impressionne par son inventivité fréquente dans sa mise en scène où gore et mauvais goût côtoient fulgurances visuelles et sens de l’atmosphère. Hori convie fréquemment les déformations anatomiques de Giger, la claustrophobie inquiétante du Brazil de Gilliam et la poésie inquiétante de La Cité des enfants perdus de Jeunet & Caro pour donner une texture incomparable à sa variation d’Alice au pays des horreurs. Qu’il ait été loué sans réserve par Guillermo Del Toro n’a rien d’étonnant. Comme lui, on attend vivement la suite.

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