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À Blois, David Sala s'expose simplement

Avec son dernier album Le Poids des héros, David Sala a révélé ses liens charnels avec ses grands-pères espagnols l’un déporté, l’autre résistant, tous deux issus de la Retirada de 1939 et réfugiés en France à la fin de la guerre d’Espagne.

David Sala a rassemblé pour cette exposition des planches du Joueur d’échecs et du Poids des héros, des illustrations jeunesse ; au total plus de 40 dessins. Bruno Genini de Bd BOUM a proposé à l’auteur cette rencontre visuelle qui n’est pas une rétrospective. « Je n’ai pas fait de textes. On ne me l’a pas demandé. Il y a quinze planches de chaque album. J’ai voulu diversifier, varier les tonalités. » David Sala montre avec Le Poids des héros, en dévoilant ses planches originales, ce que peut-être un héritage familial tragique, inscrit dans la grande Histoire, son impact sur le devenir d’un enfant, sur son passage à l’âge adulte. C’est sur un tableau, celui du grand-père en tenue rayée de déporté au camp de Mauthausen, que repose l’album. Il a survécu à une pendaison et est revenu de l’enfer. Cette tragédie est devenue pour Sala « Un poids à double sens qui génère une grande fierté et être aussi lourd. Adulte, j’ai voulu explorer cet héritage. »

Avec une sensibilité exacerbée, David Sala déborde de sentiments et de pudeur : « Avant de dessiner, j’ai toute l’histoire sinon c’est trop compliqué. Ensuite je travaille par séquence. Parfois, je ne sais pas ce que je vais faire d’une planche à l’autre. Il y a une part émotionnelle, j’aime me laisser surprendre. Je commence par du pastel, puis à l’aquarelle, dans le camp à la gouache, quelques planches à l’huile, des cases à l’acrylique, au lavis. Je mélange parce que la couleur et la technique racontent quelque chose. L’impact n’est pas le même et Le Poids des héros s’y prêtait bien. Le Joueur d’échec adapté de Zweig a, lui, été fait entièrement à l’aquarelle. »

Exposition David Sala

Exposition David Sala ©Sala / Casterman, 2022


La colère et le déclic

« Cette exposition, c’est aussi une colère que j’ai voulu évacuer. J’ai été un adolescent en rébellion, puis j’ai rangé cette colère ailleurs. Il a fallu replonger dans des souvenirs difficiles, sombres, mais cela fait partie de l’exercice. Avec la colère je n’aurais pas fait Le Poids des héros de cette façon. » Il y aura aussi une toile exposée qui ira ensuite à l’exposition chez Maghen prévue en 2023. Sala le dit : « Faire un livre historique après Le Joueur d’échecs ne me semblait pas intéressant. Je n’avais pas l’angle pour cette histoire. Et puis il y a eu ce déclic. Il ne fallait pas que je raconte seulement l’histoire de mes grands-parents mais avant tout la mienne à travers eux ».

Une exposition-introspection, avec deux albums en fil rouge ? Peut-être, mais directe, sincère. Après, Sala veut s’éloigner du sujet, retourner vers son métier, explorer, se faire peur, trouver des projets. « J’aime adapter, peut-être un roman gothique. Pour l’an prochain, je prépare un livre jeunesse illustré à l’huile. Il y aura aussi des tirages de tête en novembre du Joueur d’échecs et du Poids des héros » ajoute David Sala qui pour l’heure, va s’accrocher en toute liberté aux cimaises de Blois.

Article publié dans le Mag ZOO N°89 Novembre-Décembre 2022

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