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L’univers Trollesque de Jean-Louis Mourier

Complice d’Arleston depuis les années 1990 et Les Feux d’Askell, Jean-Louis Mourier navigue dans l’univers de Lanfeust avec une joie toujours renouvelée. Avec la série Trolls de Troy qu’il définit comme du «gros nez avec des poils», il continue à offrir à ses lecteurs sa propre vision de l’heroic fantasy et il ne semble pas près de s’arrêter… Rencontre.

Votre carrière est surtout construite dans les univers de l’heroïc fantasy. Comment est-ce que cela a commencé ?

Jean-Louis Mourrier : « De puis ma sortie des Arts appliqués, je cherchais des petits boulots dans la BD. J’allais chaque année à Angoulême avec mon dossier pour rencontrer les éditeurs, mais je n’étais jamais au point. J’avais seulement participé pour le Musée Rodin à un catalogue dans lequel certaines de mes illustrations s’étaient retrouvées à côté d’autres de Claire Bretécher.

Et puis j’atterris à Marseille, je cherche du travail et je passe un entretien dans une boîte de com avec un mec qui me dit : « Bon, ça ne va pas m’intéresser, mais je vois que tu fais de la BD et j’ai un copain qui est scénariste que tu pourrais rencontrer.» Le surlendemain, je faisais la connaissance de Tof (aka Christophe Arleston). Il avait déjà en tête Les Feux d’Askell et il m’a proposé le truc assez rapidement. Une semaine après, je rencontrais Mourad Boudjellal qui, après avoir vu mes dessins à la gouache en couleurs directes, a dit : «OK, on fait comme ça».


« Je continue à prendre du plaisir à faire les Trolls, je n’ai pas la nécessité de faire autre chose »

«Je continue à prendre du plaisir à faire les Trolls,
je n’ai pas la nécessité de faire autre chose»

Lorsque vous vous lancez dans la fantasy, quelles sont vos références visuelles ou littéraires dans ce genre ?

J-L Mourrier : « Je n’avais pas vraiment de connaissances dans le domaine hormis à travers les quelques classiques que j’avais lu, des Conan en comics, le Seigneur des Anneaux que j’avais adoré en littérature, quelques films, surtout Conan. C’est Christophe qui m’a surtout fait connaître le genre en me conseillant des lectures qui m’ont fait apprécier ses dimensions humoristiques avec Vance ou Pratchett par exemple.

En termes de dessin, on ne trouvait pas grand-chose à part peut-être dans des magazines comme Mad qui proposait des pastiches correspondants plus à ce qui m’attirait. Mais dans l’heroic fantasy il n’y avait pas de «gros nez».

Les Feux d’Askell obtient un succès d’estime et Arleston rencontre parallèlement avec Tarquin un succès formidable avec Lanfeust. Est-ce que ça a changé votre relation ?

J-L Mourrier : «Absolument pas non. J’étais évidemment super content pour lui et pour Didier, mais Tof est quelqu’un qui n’a jamais pris la grosse tête. Au contraire, cela lui a permis d’asseoir sa crédibilité chez Soleil et d’obtenir une certaine liberté ensuite dans ses choix éditoriaux et de collaboration avec ses dessinateurs.»

«Je pense que c’est sa série la plus facile à écrire, tellement il n’a aucun problème d’interprétation avec moi»

«Je pense que c’est sa série la plus facile à écrire,
tellement il n’a aucun problème d’interprétation avec moi»

Comment rejoignez-vous en 1996 l’aventure Lanfeust ?

J-L Mourrier : «Avec le succès de Lanfeust, Mourad voulait développer des séries parallèles et en particulier le troll Hébus, héros de Lanfeust. Tof et Didier n’étaient pas chauds et l’idée est restée en plan. Et puis un jour, Christophe et moi étions en dédicace pour Les Feux d’Askell et un gamin faisait la queue en tenant un Lanfeust dans les mains. Didier n’étant pas présent, j’ai accepté de lui faire une dédicace pour son album et je lui ai dessiné un troll en tutu en train de danser. Tof l’a vu et m’a tout de suite proposé de «faire des trolls».

Arleston conçoit la série Trolls de Troy, mais en partagez-vous la réalisation ?

J-L Mourrier : «En dehors des 4 premiers albums pour lesquels quasiment toutes les idées sont de son cru, on se retrouve désormais avant chaque nouveau livre pour un brainstorming, autour d’une bouteille. On imagine plein de situations, on se lâche sur les conneries, et c’est toujours assez efficace. On a tous les deux envie d’histoires créées autour d’événements marrants. Ensuite Tof m’envoie son scénario en sachant exactement comment je vais traduire ce qu’il a écrit.

Je pense que c’est sa série la plus facile à écrire, tellement il n’a aucun problème d’interprétation avec moi. Notre jeu c’est, pour lui, d’essayer de faire rire avec son scénario, et pour moi de le faire avec mon dessin, c’est un pingpong gagnant. »

«Nos trolls sont un prétexte au développement de situations marrantes»

«Nos trolls sont un prétexte au développement de situations marrantes»

Comment décririez-vous l’heroic fantasy de Trolls de Troy ?

J-L Mourrier : «Trolls possède toutes les dimensions de la fantasy de l’univers de Troy, mais en même temps, il n’a pas les montées dramatiques un peu sombres qu’on peut retrouver dans certains épisodes des autres Lanfeust. C’est ce qu’on voulait éviter. Nos trolls sont un prétexte au développement de situations marrantes, de dessins rigolos et de personnages attachants qui possèdent de vraies personnalités et une vraie présence, quasi humaine. »

Vous êtes plusieurs dessinateurs à alimenter aujourd’hui le monde de Troy, qu’est-ce qui distingue votre approche ?

J-L Mourrier : «D’abord j’essaie avant tout d’éviter tous les clichés du genre. Du coup, je me fabrique mon heroic fantasy à moi, basée évidemment sur l’univers de Troy et ses propres codes, mais chacun d’entre nous dessine les choses de manière différente. Par exemple, les dragons de Didier ne sont pas mes dragons. Je crois que ce qu’on a le plus en commun, c’est le conservatoire et les pétaures.

C’était une des conditions pour cette série, je voulais pouvoir inventer ma faune et ma flore, et développer ma propre vision. En même temps, je reste au service de la narration. Le découpage de Trolls est très classique dans sa forme. Je n’ai pas besoin de faire de grands effets visuels, je préserve le plus important, le propos et l’humour.»

«Le découpage de Trolls est très classique dans sa forme. Je n’ai pas besoin de faire de grands effets visuels»

«Le découpage de Trolls est très classique dans sa forme.
Je n’ai pas besoin de faire de grands effets visuels»

Après quasiment 25 ans de Trolls, vous arrive-t-il d’avoir envie de changer totalement de domaine ?

J-L Mourrier : «Depuis l’origine, je fais un bouquin par an, parfois deux, selon les années, et je n’ai pas vraiment eu le temps de me lancer dans d’autres séries. Mais surtout, tant que je continue à prendre du plaisir à faire les Trolls, je n’ai pas la nécessité de faire autre chose. J’ai bien des idées en tête, des livres que je pourrais éventuellement faire seul ou à deux un jour, mais pour l’instant je n’en éprouve pas de besoin viscéral… »

Un Troll pour 2021 !

J-L Mourrier : «Je travaille actuellement sur le prochain tome de Troll de Troy, le 25e. Sa parution était initialement prévue pour les fêtes de fin d’année et comme d’habitude je suis à bourre. En fait je suis même encore plus en retard que d’habitude à cause de la COVID. Je rassure tout le monde, je n’ai pas été malade et je n’ai pas dû m’arrêter, mais pour être honnête, durant le confinement je n’ai pas réussi à travailler. Donc, à l’heure où je vous parle (NDLR : fin septembre), il me reste la moitié de l’album à réaliser.

Et je peux déjà en dire deux choses : le titre de cet épisode sera On ne badine pas avec les mouches en référence évidemment à la célèbre pièce d’Alfred de Musset On ne badine pas avec l’amour. Et, vous l’aurez compris, il s’agira d’un genre de comédie de couple avec tous les ingrédients humoristiques auxquels on vous a déjà habitué. Rendez-vous donc pour la nouvelle année si tout va bien.»

Interview issue du MAG ZOO N°78 Novembre-Décembre 2020

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