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The fuckin' petit chaperon rouge of the dead : Rencontre avec Anne et Minh

À l’occasion de la sortie prochaine de leur nouveau manga The Fuckin’ Petit Chaperon Rouge of the Dead chez Uppercut Éditions, nous avons rencontré le duo Anne & Minh, déjà auteurs d’Ichigo Stories. Mangakas, couple dans la vie et partenaires de travail, ils revisitent le conte du Petit Chaperon rouge en version gore, dark fantasy… et furieusement émotionnelle.

Couverture de The Fuckin Petit Chaperon Rouge of the Dead par Anne & Minh, en librairie le 23 janvier aux éditions Uppercut.

Couverture de The Fuckin Petit Chaperon Rouge of the Dead par Anne & Minh, en librairie le 23 janvier aux éditions Uppercut.

La petite question classique que vous avez déjà entendue mille fois : une petite présentation pour celles et ceux qui vous découvrent aujourd’hui ?

Anne et Minh : Anne & Minh : On est un couple de mangakas, mariés dans la vie et en duo dans le travail. On écrit tous les deux, on fait le story-board tous les deux.
Minh dessine les personnages, et Anne s’occupe des décors, des arrière-plans et des couleurs.

Comment avez-vous été introduits à l’univers du manga ? Quel a été le déclic, le manga ou l’animé coup de cœur qui vous a fait vous dire : « un jour, j’en ferai mon métier » ?

A. & M. : Dragon Ball, clairement. On a d’abord connu les dessins animés à la télé, et bien plus tard on a découvert que ça venait d’un manga papier. Là, on s’est dit : « C’est ÇA qu’on veut faire ! »

La génération Club Dorothée, quoi !

D’un livre pour enfant… à un Petit Chaperon rouge ultra trash

Parlons du titre qui nous intéresse aujourd’hui : The Fuckin’ Petit Chaperon Rouge of the Dead. Sacré titre, ultra efficace, tape-à-l’œil, rouge et doré partout… une tuerie visuelle. Comment est née l’idée de ce projet ?

A. & M. : À la base, on voulait faire un petit livre illustré pour notre fille cadette, qui adore les loups. On s’est penchés sur l’origine du conte du Petit Chaperon rouge. Tout le monde connaît plus ou moins l’histoire, mais on a creusé.

On est tombés sur la version de Charles Perrault de 1697, qui est ultra trash, vraiment pas destinée aux enfants. Puis sur celle des frères Grimm, un siècle plus tard, beaucoup plus édulcorée avec un vrai message moral et un happy end.

On s’est dit qu’on allait partir sur la version Grimm pour le livre jeunesse tout mignon… mais la version Perrault nous trottait encore dans la tête. Du coup, on s’est lancés : pourquoi ne pas faire une version trash, sans limite, pour les adultes ? Et voilà comment c’est parti.

Justement, quel est l’élément le plus marquant et trash de la version Perrault qui n’existe pas chez les Grimm ?

A. & M. : Le fait qu’il n’y ait aucun espoir. La petite fille arrive chez sa grand-mère, elle se fait manger, point final. Pas de chasseur, pas de sauvetage, rien. C’est hyper sombre.

Vous avez un peu fait comme Tolkien avec Bilbo le Hobbit pour ses enfants : une version douce pour la petite… et une version Dark Fantasy pour la grande. La comparaison vous plaît ?

A. & M. : (rires) On est touchés, oui ! Ça fait plaisir, surtout qu’on adore la Dark Fantasy. Donc ouais, la référence Tolkien, on valide !

« Émotion – Gore – Liberté – Humour – Complexité »

Cinq mots pour définir The Fuckin’ Petit Chaperon Rouge of the Dead, go !

A. & M. : Émotion – Gore – Liberté – Humour – Complexité.

J’aurais rajouté « zombie », mais c’est déjà dans le titre (rires). Quelle était votre « épice personnelle », l’élément que vous vouliez absolument apporter dans cette énième relecture du conte ?

A. & M. : On l’a fait en pensant à notre fille aînée qui venait de quitter la maison. On voulait parler du passage à l’âge adulte, de l’autonomie, mais aussi transmettre des messages : fais attention aux gens que tu rencontres, tout le monde n’est pas gentil, méfie-toi des apparences, certains peuvent essayer de te manipuler…

Tout ça est distillé tout au long du manga, comme des petits pavés adressés directement à elle.

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Extrait de The Fuckin Petit Chaperon Rouge of The Dead : le conte revisité par Anne et Minh
© Uppercut, 2026

Tronçonneuse, chasseur et sulfateuse

La tronçonneuse… Pourquoi ce choix d’arme complètement barré ?

A. & M. : Parce qu’on est dans une forêt, ça colle au côté bûcheron, et surtout ça apporte un dynamisme fou aux scènes d’action ! Une épée, c’était trop classique. Et puis… la tronçonneuse a été customisée par la mère de l’héroïne, même si on ne l’explique pas dans l’histoire.

Le chasseur est ultra badass avec sa sulfateuse. On sent qu’il n’a pas le temps. L’idée vient d’où ?

A. & M. : De la scène mythique du film Expendablesoù Hale Caesar, expert en armes lourdes, arrive avec la grosse sulfateuse et tout explose ! On voulait exactement ce feeling.

Et visuellement, le personnage est inspiré de la série Overkiller(une BD de nos éditeurs), que nous avons rhabillé en chasseur moderne : chemise à carreaux, casquette… Et on s’est bien marrés avec la référence aux Inconnus et leur sketch des « chasseurs » (« la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur… »).

Le personnage de Jean (le « gentil » timide du village) a une très belle évolution. Pourquoi l’avoir rendu d’abord complexé et peu sûr de lui plutôt que directement badass ?

A. & M. : On voulait que le lecteur déteste immédiatement Sébastien, le beau gosse manipulateur, dès son arrivée. Normalement, si on a bien fait notre boulot, tout le monde se dit : « c’est pas juste, Jean méritait mieux ! »

On voulait aussi passer le message que l’amour et la confiance, on peut les trouver chez des gens qu’on connaît déjà, juste à côté de soi, plutôt que chez un inconnu qui en jette.

Graphiquement, on reconnaît immédiatement votre patte. Quelles ont été vos influences artistiques majeures ?

Minh : J’ai eu une grosse période comics quand j’étais plus jeune, d’où mon amour pour le noir et blanc très contrasté et les trames. On pioche aussi beaucoup dans le manga évidemment, mais il y a cette base comics très marquée.

Dans les zombies qu’affronte Lulu, on reconnaît plein de caméos de personnages de mangas francophones : Sakuragi d’Outlaw Players, Terrence de Dreamland, Neer d’Everdark, Apollon de Save Me Pythie, Tako de MechaZ, Black Fowl de City Hall… Comment cette idée est-elle née ?

A. & M. : On est potes avec plusieurs auteurs de mangas francophones. On voulait leur faire un petit clin d’œil. On leur a demandé l’autorisation de zombifier leurs persos, parce que les faire se battre contre les vrais n’aurait eu aucun sens, et ils ont tous dit oui avec enthousiasme.

En retour, ils ont chacun réalisé un épilogue de 5 planches à la fin du tome. C’était un super échange !

La chute avec la grand-mère et Sébastien… je n’en dirai pas plus, mais elle m’a retourné le cerveau. C’est vraiment là que je me suis demandé : « Qui est le méchant, là ? » Ça m’a perturbé, donc bravo à tous les deux. Cette idée scénaristique autour de la grand-mère, c’était déjà là dès le début ? Vous aviez d’autres pistes au départ ?

A. & M. : Oui, c’était l’idée de base dès le tout premier synopsis. On voulait que le lecteur se pose la question : mais qui est vraiment le méchant dans cette histoire ?

Extrait de The Fuckin Petit Chaperon Rouge of the Dead, le conte revisité par le duo Anne & Minh

Extrait de The Fuckin Petit Chaperon Rouge of the Dead, le conte revisité par le duo Anne & Minh
© Uppercut, 2026

Des épilogues alternatifs nés d’une discussion… et de Shonen

Comment est venue l’idée des épilogues alternatifs par d’autres auteurs de mangas francophones ?

A. & M. : C’est parti d’une discussion avec Shonen, auteur d’Outlaw Players et co-auteur sur Dark Souls Redemption. Il nous avait proposé une collab sur quelques planches.

Au début, on avait pensé que ce serait un peu compliqué de faire intégrer des planches d’un autre dessinateur au sein de nos planches. D’où l’idée d’un épilogue dans The Fuckin’ Petit Chaperon Rouge of the Dead. Il a accepté direct et a même proposé d’inviter d’autres auteurs mangakas.

L’idée des épilogues est donc en grande partie de lui. On a donc demandé à ceux que l’on considère comme des références du manga francophone.

Les épilogues sont tous vraiment très bons et ouvrent le champ des possibilités, notamment ceux de Shonen et Reno Lemaire. Peut-on imaginer une suite à cet univers ?

A. & M. : Tout est possible, on ne ferme aucune porte ! On a plein d’idées : la suite directe, l’histoire des parents de Lulu, celle du chasseur et de sa sulfateuse, d’autres contes revisités en mode trash… Tout est sur la table.

Le manga sort officiellement le 23 janvier 2026, mais vous êtes déjà en festival. Vous attendiez-vous à un tel succès sur Ulule et autant de demandes de caméos « chasseur légendaire » ?

A. & M. : Honnêtement non ! On espérait un petit succès grâce à la communauté qu’on s’est construite ces dernières années, mais on a été dépassés. Plein de nouvelles personnes ont découvert le projet et ont foncé.

Et les demandes de caméos… on a été submergés, c’était incroyable ! Les gens adoraient l’idée de choisir leur arme et leur tenue.

« Le one-shot, c’est la meilleure école »

Dernière question : vous êtes devenus des habitués du one-shot. Est-ce, selon vous, le meilleur format pour quelqu’un qui se lance dans le manga en France ? Quel est votre conseil ?

A. & M. : Pour nous, le one-shot est la meilleure école. Quand on veut courir un marathon, on ne commence pas par 42 km. On commence par des petites distances et on augmente progressivement.

On a commencé par des histoires de 15 à 45 planches (Ichigo Stories). Là, on a fait 220 planches. La prochaine étape sera une petite série, potentiellement en 2–3 tomes.

Le one-shot permet de tester des choses, d’avoir un retour rapide, et surtout de terminer un projet. C’est hyper gratifiant quand on débute. Donc oui : commencez toujours par des one-shots.

« Lisez du fuckin’ manga français ! »

Merci infiniment d’avoir pris le temps pour cette interview, c’était un régal ! Un dernier mot de conclusion ?

A. & M. : Merci à tous nos lecteurs, lectrices, et à tous ceux et celles qui nous soutiennent depuis le début. Merci aussi aux médias comme Parlons Manga Français, Zoo le Mag, qui nous offrent de la visibilité. C’est hyper important pour le manga français.

On court après le public en festival parce que le public ne vient pas toujours tout seul vers nous. Et surtout… lisez du fuckin’ manga français ! (rires)

Mention spéciale à Shindo et Kine qui ont aussi participé avec de très belles illustrations. On espère voir leurs projets aboutir aussi ! Merci encore, à très vite en salon !

A. & M. : Merci à toi ! À bientôt, ciao !

Propos recueillis par JD pour Parlons Manga Français, label de Zoo le Mag.

Article publié dans ZOO Manga N°23 Janvier-Février 2026


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