Après Les Derniers Jours de Robert Johnson (2024), Frantz Duchazeau se penche à nouveau, et en noir et blanc, sur le destin d’un laissé-pour-compte : Marcel Bascoulard. Né en 1913 et assassiné en 1978, Bascoulard est dessinateur, photographe et poète. Mais aussi clochard, marginal, travesti…

Couverture de Bascoulard, par Frantz Duchazeau, aux éditions Sarbacane
Comment avez-vous découvert ce personnage, connu surtout des Berruyers ?
Frantz Duchazeau : En 2015, dans Télérama, j’ai lu un article sur une exposition d’art naïf à Paris. Je m’y suis rendu et j’ai été fasciné par Bascoulard, surtout par ses autoportraits photographiques, pour lesquels il s’habillait en robe. Bascoulard était mi-homme, mi-sorcière… Un pionnier de l’autoportrait photo ! Il y a deux ans, quand j’ai terminé mon album sur Robert Johnson, j’ai décidé de me documenter sur Bascoulard. Plus j’en apprenais, plus j’avais envie de lui consacrer un album.

Extrait de Bascoulard, par Frantz Duchazeau
© Sarbacane, 2026
Tout est-il vrai ?
F. D. : Plus que de rendre hommage à des personnages mythiques, ce qui m’intéresse, c’est de passer du temps avec eux. J’ai envie de les connaître, de les faire parler… Pour leur « redonner vie », je me base sur des éléments réels. Je savais que Bascoulard avait donné une interview radio, dont un extrait est disponible sur France Culture. Je l’ai recréée à ma manière, et mon Bascoulard parle quasiment comme le vrai !
Clochard, la peinture était son gagne-pain ?
F. D. : Bascoulard disait que c’était une façon de gagner sa vie. Et « gagner sa vie », c’est beaucoup dire. Souvent, il donnait ses dessins ou les marchandait contre du mou pour ses chats. Il n’était pas du tout intéressé par l’argent. Tout ce qu’il voulait, c’était la liberté : ne dépendre de personne, ne pas payer de loyer… Il vivait dans une épave de camion isolée que j’ai retrouvée l’été dernier à Asnières-les-Bourges. J’y ai aussi trouvé des tissus, sûrement issus de ses robes…

Extrait de Bascoulard, par Frantz Duchazeau
© Sarbacane, 2026
Pourquoi a-t-il été assassiné ?
F. D. : À cause de l’interview radio durant laquelle il a dit : « Moi, je suis archi-milliardaire ». Il pensait à son savoir : il avait appris plusieurs langues, s’intéressait à la mode, à la géographie… Mais des racailles ont pris son affirmation au pied de la lettre. Elles l’ont harcelé pendant la dernière année de sa vie, jusqu’à l’assassiner… La fin d’une vie incroyable. Enfant, sa mère a tué son père. Très proche d’elle malgré tout, il est entré aux Beaux-Arts grâce à son soutien. Il a élevé son petit frère avant de devenir ermite. Il y a encore beaucoup à dire. Peut-être le sujet d’un second tome !

Extrait de Bascoulard, par Frantz Duchazeau
© Sarbacane, 2026
Propos recueillis par Marine Lannot
Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026
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