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Exposition Foerster avec bd BOUM : visite en France d’un prince de l’étrange

La présentation en 2021, de l’exposition « Noir c’est noir » de Philippe Foerster, à Blois, dans la Halle aux Grains, sera l’occasion pour le public de découvrir un auteur véritablement original à travers ce survol de quarante années d’activité. Rencontre.

L’exposition avait été créée initialement pour Blois et bd BOUM 2020. La pandémie imposa l’annulation des manifestations. Raison pour laquelle l’exposition fut présentée une première fois en avril 2021, au Rouge Cloître, à Bruxelles en Belgique par le partenaire fidèle de bd BOUM, l’association « Sur La pointe du pinceau » qui en assura la réalisation.

Puis, le confinement assoupli en France, elle fut visible en ce début d’été, à Blois au sein de la Bibliothèque Abbé-Grégoire. Cependant, les conditions se révélèrent peu propices à une visibilité satisfaisante.

A la découverte de Foerster

L’homme a étudié la bande dessinée sur les bancs de l’institut Saint-Luc de Bruxelles, sous la guidance de Claude Renard. Ses compagnons de promotion se nommaient Antonio Cossu, Andréas, François Schuiten, Philippe Berthet, autant dire, une nouvelle génération montante et, ô combien, marquante !

Interrogé sur cette constante vision toute personnelle des fictions qu’il offre au lectorat, Foerster, d’un naturel timide, dit-il, se dévoile.

Mal dans sa peau : l’explication d’une thématique scénaristique.

Foerster : Ce type d’histoires fantastiques, à mon avis, prend sa source à l’adolescence. C’est une période de mal vivre profond. Période de transformation physique où le corps devient « autre », accompagné d’une sensation de presque « difformité ». Où l’image de soi est déformée. La perception de la réalité se trouve changée également. On voit le monde de façon plus réaliste, moins idéalisée. On se dit qu’on ne va pas être pompier, ou aviateur, en fin de compte… C’est un moment difficile à passer pour tout le monde.

Le public de mes histoires y retrouve cela. D’où ce côté dérangeant.

Noir c'est noir

Un air de gravité
© Glénat, éditions 2021


Fluide Glacial révélateur ...

Foerster : Je venais à Fluide avec des histoires fantastiques. Plus vite que d’autres, Gotlib, en sa qualité d’auteur, y a perçu l’humour qui les sous-tendait C’est lui également qui a pris les Paracuellos de Giménez. Une tragédie vécue. Un orphelinat, le franquisme… C’est très noir mais il y a de l’humour qui allège tout cela et en relativise le côté tragique.

Évoquant Les idées noires

Foerster : Chez Franquin, il y a toujours quelque chose de sympathique, même quand il dessine les pires de ses monstres. L’homme avait un côté pessimiste mais il ne l’exprimait que partiellement à travers ses œuvres. Il avait une vision misanthrope mais il ne pouvait s’empêcher d’aimer l’humain tout de même. Ça transparaissait à travers son dessin. Plus un talent immense… Moi, il y a quelque chose de dérangeant dans le dessin, le trait lui-même.

Meaning of life !

Foerster : Je vois la vie de manière très optimiste, mais aussi très absurde. Je ne vois pas trop de but à tout ça. En revanche, j’aime la vie. Et je crois que si mes histoires sont si noires, c’est justement parce que la vie va se terminer un jour, c’est inéluctable. Et, compte tenu de mon avancée en âge, le terme se rapproche ! Il n’y a rien de réjouissant là-dedans, forcément !

Ce monde est bizarre, tordu. Le fonctionnement humain est incroyable, mais plus il y a de gens, plus on est nombreux, plus ça devient absurde.

Je dis toujours que les films les plus réalistes sont ceux des Monthy Python. Et, là, c’est infiniment drôle !

Pop culture

Foerster : J’ai été cinéphile, en effet, fréquentant activement la cinémathèque de Bruxelles. Plus tard, j’ai acheté des tonnes de cassettes, de DVD. J’ai été un fondu de cinéma.

Une de mes préférences allait à la comédie italienne de la grande époque, celle avec Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Toto etc… Un cinéma social, sans aucun optimisme, mais on riait pourtant tout le temps. À ce propos, je voyais l’autre jour, sur Facebook, une image partagée par François Corteggiani. Une photo des acteurs du film Le pigeon. Rien que de voir leurs têtes, j’en riais. Les protagonistes vont d’échec en échec du fait de leurs choix. Et, pourtant, le film est une succession de rire. Pourtant, en fait, c’est à pleurer ce ratage permanent! La situation ne fait qu’empirer quoiqu’ils mettent en œuvre. Irrésistible.

Ce cinéma n’est plus. Le cinéma italien explora tous les genres et, surtout, le mélange des genres, mais il est moins riche désormais. Fellini ne reviendra plus!


G

Noir c'est noir
©
Sur la pointe du pinceau 2021


Un univers dérangeant, noir, avec un brin d’humour, autant de facteurs nous incitant à le questionner sur l’éventuelle connaissance que Foerster aurait du personnage créé par Mike Mignola et par extension, des comics.

Foerster : J’aime vraiment bien le graphisme de Mike Mignola et son Hellboy. Je possède tous les tomes publiés en français chez Delcourt, à l’exception du dernier. Un personnage bien conçu ! Un autre auteur contemporain dont j’aime le travail : Eric Powell (The Goon). Longtemps, j’ai acheté les publications Warren en noir et blanc (Creepy, Eerie, Vampirella). Y travaillaient des scénaristes géniaux et des dessinateurs tout aussi géniaux (Corben, Wrightson, Ortiz …).

En revanche, les adaptations cinématographiques de super-héros me lassent. Trop ! Les trucages permettent tous les excès et le plaisir de lire la BD, de découvrir le dessin, n’est pas présent.

Noir c’est noir, Philippe Foerster, 19, 20 & 21 novembre Halle aux Grains, Blois, Commissariat « Sur La pointe du Pinceau »

Voir la chronique de l'exposition dans le n°84 de ZOO le Mag (n° 84, page 12)


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