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Amélie Causse, jeune talent à suivre

Auteur(s) :
Amélie Causse

L’adaptation du roman d’Olivia Ruiz, La commode aux tiroirs de couleurs, en BD a révélé Amélie Causse. En collaboration avec Winoc, Véronique Grisseaux et Olivia Ruiz, la dessinatrice signe son premier album. Son dessin à la fois doux et réaliste nous transporte dans les années 1930, entre France et Espagne. Zoo l’a rencontrée pour en apprendre davantage sur son travail et ses projets futurs.



Comment s’est passée votre collaboration avec Olivia Ruiz, Winoc et Véronique Grisseaux ?

On échangeait beaucoup et on faisait des bilans des planches. J’ai principalement communiqué avec Winoc. Il m’envoyait le story-board et je lui envoyais mes planches finies. Il me conseillait avec beaucoup de bienveillance. Il a beaucoup d’expérience, moi, il s’agit de mon premier album.

Avec Olivia Ruiz, on a beaucoup communiqué aussi parce qu’elle avait une idée très précise des personnages. On a beaucoup échangé parce que c’était important qu’elle se retrouve dans l’album. Elle a été très impliquée dans la création de la BD.



Comment vous êtes-vous répartis les tâches avec Winoc ?

Winoc s’est occupé du story-board et du crayonné des décors. On a eu très peu de temps pour faire l’album. Il m’a beaucoup aidée en essayant de me faire gagner le maximum de temps possible. On a fait les recherches graphiques des personnages et une planche test pour voir si notre collaboration se passait bien. Après, il a travaillé sur l’intégralité du story-board et m’a envoyé les planches par petits paquets. Dès que je les recevais, je commençais à placer les personnages, à refaire le crayonné, ensuite j’encrais et je faisais les couleurs. Ça s’est passé comme ça pour tout l’album. Puis, une fois que les planches étaient finies, je les envoyais à Olivia Ruiz, qui nous faisait des retours, parfois avec des corrections, parfois non.




Il y a eu beaucoup d’aller-retour. Comme le projet a été fait en très peu de temps, c’était un challenge. Le fait d’avoir plusieurs avis réduisait la période de temps pendant laquelle on pouvait travailler sur les planches, donc à un moment il fallut se dire qu’il fallait s’arrêter. Ça a été une réussite niveau timing, parce qu’on n’a pas eu le temps d’avoir marre de travailler ensemble mais on a quand même eu le temps d’échanger et d’arriver à un résultat qui convient à tout le monde.




Quelles sont vos inspirations pour les héroïnes de la BD, les femmes de la famille de Rita ?

Il y a eu beaucoup d’aller-retour au début. Olivia Ruiz savait ce qu’elle voulait. Il fallait que ces femmes soient belles, dignes, qu’elles aient des boucles brunes. Elle avait des envies de visage ovale. Là où j’avais proposé au début des visages un peu plus durs, elle voulait quelque chose de plus doux.

Pour les inspirations pour les personnages, Olivia Ruiz avait des acteurs en tête. Elle me parlait de ces acteurs. Pour l’amoureux de l’héroïne, elle m’avait dit de penser à Joachim Phoenix jeune. Ou pour Lola, le personnage qui arrive à la fin, de partir de Monica Bellucci et d’en faire une femme plus en chair, vieillie et qui serait prostituée aux Bois de Boulogne ! Il y avait des noms d’acteur et pas mal de ressenti, elle était beaucoup dans la manière dont elle sentait le personnage. Il y avait des corrections. Elle me disait qu’il fallait qu’il y ait plus de « sensualité », alors j’essayais de voir comment je pouvais amener plus de sensualité, comment elle voyait cette sensualité.


La commode aux tiroirs de couleurs

La commode aux tiroirs de couleurs
© Bamboo, éditions 2021




Vous avez su représenter des femmes d’une même famille, aux traits très proche, mais en les distinguant toujours : quel est votre secret ?

C’était une inquiétude, parce qu’Olivia Ruiz avait beaucoup de personnages en tête et j’ai un style de dessin qui simplifie beaucoup. Si on peut avoir trois actrices brunes avec les mêmes traits sans que pour autant ce soient les mêmes visages dans un film, en dessin c’est plus compliqué. Alors cela passait par l’énergie que dégageait les personnages. Eléonore, l’aînée, est plus calme et réservée, elle a le visage plus fin. Et j’ai essayé d’établir un code couleur : Eléonore était toujours en rouge, Carmen en bleu et Rita je me permettais plus de choses puisque c’est l’héroïne. Mais quand Rita est avec ses sœurs, j’essayais de l’habiller en vert ou en jaune.



La commode aux tiroirs de couleurs

La commode aux tiroirs de couleurs
© Bamboo, éditions 2021




Quel a été votre travail sur les couleurs, pour distinguer les ambiances, les pays, les époques ?

Comme tout l’album se passait dans le passé, on a inversé le code couleur habituel du passé en sépia ou en monochrome et du présent en couleur. Ici c’est plutôt le présent qui a des couleurs atténuées, toutes sur la même palette un peu mauve, jusqu’au dernier chapitre où les couleurs du passé reviennent dans le présent. Après, j’ai beaucoup travaillé sur les idées d’ambiance que j’avais eues en lisant le livre, les couleurs que je m'étais imaginées, pour que, quitte à ne pas être réaliste, avoir des endroits très identifiables par les couleurs des lumières. Toulouse, la ville rose ; Narbonne que j’ai essayé de faire plus rouge et jaune ; et Barcelone où il fait… chaud !



La commode aux tiroirs de couleurs

La commode aux tiroirs de couleurs
© Bamboo, éditions 2021




Outre ces lieux et ces ambiances que vous avez imaginés, avez-vous travaillé avec beaucoup de documentation ?

Le café de Rita est réel. Olivia Ruiz nous a fourni des photos d’époque, des photos du fameux baromètre Martini qui était important pour elle. Après c’est surtout Winoc qui s’est occupé de me préparer de la documentation pour me faire gagner du temps. Il a passé pas mal de temps sur Google Maps à aller voir les rues, les bâtiments et à chercher quelques endroits iconiques pour saisir l’essence d’un décor. On n’avait pas le temps d’aller sur place et Google Maps est un super outil. Puis Winoc essayait de se figurer comment les rues pouvaient être l’époque.



Avec quel matériel travaillez-vous ?

Je travaille principalement à la tablette graphique. Pour La Commode, c’était exclusivement à la tablette parce que ça va plus vite et que c’est un médium avec lequel je suis assez à l’aise. Mais je n’exclurais pas de faire des bandes dessinées sur papier, notamment plus pour des techniques d’encrage, parce qu’il y a des textures difficiles à reproduire en digital. J’ai eu ma tablette assez tard, je dessinais sur papier avant. Pour des projets plus graphiques, j’aimerais bien essayer de faire un album sur papier.



Vous avez un dessin doux mais vous abordez, ou avez envie d’aborder, des sujets graves (la Retirada, la résistance républicaine espagnole).

J’aime beaucoup, que ce soit réaliste ou fantastique, raconter des choses dures mais de manière douce. J’essaye d’ajouter aux moments cruels, une touche de douceur, de chaleur et de mélancolique qui va avec les personnages. Une touche d’humanité.

La commode aux tiroirs de couleurs

La commode aux tiroirs de couleurs
© Bamboo, éditions 2021



Comment en êtes-vous venue à dessiner cette adaptation BD ? Comment avez-vous rejoint le projet ?

Winoc m’a repérée. A la base je terminais une école de dessin animé. J’ai rencontré Winoc dans un cours de modèle vivant. Je lui ai dit que j’avais envie de faire de la bande dessinée, donc il m’a fait rencontrer la maison d’édition. J’ai commencé par travailler sur un autre projet de BD mais qui a été mis en pause pendant La Commode. La Commode est arrivée par surprise et en urgence, mais une bonne surprise parce que ça m’a permis de travailler avec Winoc. C’est lui qui m’a permis de bosser dans la bande dessinée.



La BD vous a toujours attirée ?

J’ai un peu fait des études d’animation dans cette optique. J’ai grandi avec un papa passionné de BD et de Moyen-âge. J’ai grandi entourée de BD, j’ai toujours lu des BD. C’est un moyen d’expression qui est l’équilibre parfait entre un roman, où l’on imagine tout, et un film, où on voit tout. Ça a toujours été mon moyen d’expression préféré. Et ce qui est super, par rapport au cinéma, c’est qu’on peut faire ça tout seul, il suffit de savoir dessiner pour pouvoir faire des trucs incroyables, on n’a pas besoin d’un budget à gérer, on peut tout raconter avec des dessins. Et le challenge de faire passer des ambiances, des temps, des moments de silence, alors que c’est juste une image et que si le lecteur veut, il peut ne pas la regarder. Ça me passionne ! On peut se permettre des reconstitutions historiques qu’on peut à peine rêver en cinéma.



Quels sont vos inspirations, vos maitres ?

En scénario, il y a Hubert qui nous a malheureusement quittés récemment, qui faisait plein de scénarios avec un côté conte cruel, avec des métaphores extrêmement touchantes. J’aime beaucoup le travail graphique de Cyril Pedrosa, il fait des choses magnifiques et passe du trait réaliste à quelque chose de beaucoup plus médiéval et fantastique avec l’Age d’Or. Ou le dessin de Matthieu Bonhomme, avec Lucky Luc en ce moment. En termes de dessin, il a un trait très réaliste et en même temps très simplifié qui est super efficace et super beau. Je l’admire énormément. Il arrive à avoir des proportions qui permettent de voir à quoi le personnage ressemble en vrai et pourtant le dessin est très simplifié. Pour moi, il a trouvé un accord parfait entre la lisibilité que demande la BD et la crédibilité du dessin et le réalisme.


La commode aux tiroirs de couleurs

La commode aux tiroirs de couleurs
© Bamboo, éditions 2021


Après La Commode, des projets personnels ?

Je vais finir le projet que j’ai repris depuis la fin de La Commode, qui est une histoire très différente, en Grèce Archaïque, une histoire de voyage entre les îles grecques. Avec mon éditeur, Hervé, j’ai eu quelques propositions d’albums pour la suite. Certains dans l’esprit de La Commode, plus moderne et réaliste. Mais j’aimerais bien aussi, un jour, faire une BD de moi-même, avec mon scénario. Et peut-être des univers assez différents, j’aimerais essayer de faire une BD en tant qu’auteure plutôt que dessinatrice. Je fais beaucoup d’histoires depuis que je suis toute petite. Et de mieux en mieux, je l’espère, en grandissant. J’ai pas mal d’histoires en tête que j’aimerais bien confronter au regard d’un éditeur puis au regard du public. J’aimerais le faire au moins une fois.



Si vous pouviez dessiner l’adaptation d’un autre roman en BD quel serait-il ?

N’importe quel roman ! Y a un roman que j’ai lu récemment que j’ai particulièrement aimé, mais je ne pense pas que j’aurais un jour l’occasion d’en faire l’adaptation… C’est un roman très différent du monde d’Olivia Ruiz, c’est Un roi transparent, de Rosa Monteiro. Une histoire au Moyen-Age qui mêle fable, montée de l’Inquisition et amour courtois. Quelque chose de très différent mais qui me parle beaucoup : en lisant le roman je me suis dis que j’aimerais bien le dessiner.

Une BD qui serait que de l’humour, je pense que je m’ennuierais dessus. Mais mélanger l’humour et le drame je trouve que c’est un beau mélange, on passe du rire aux larmes dans certains films et livres et ça ne fait que renforcer les émotions que l’on ressent. Peu importe le genre, même si j’ai mes genres préférés, qui sont le médiéval, le fantastique ou la science-fiction, l’essentiel ce sont les émotions pour moi.

Amélie Causse, jeune talent à suivre


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