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Envolée de bulles de savon

Après Le Club des prédateurs, Valérie Mangin et Steven Dupré se retrouvent pour adapter une nouvelle d’anticipation qui mêle science et poésie.

Valérie, Steven, comment votre duo a-t-il été constitué ?

Valérie Mangin : J’ai été la première sollicitée. Je connais très bien Corinne Bertrand qui a coordonné le projet pour la France. Elle a été notre relais éditorial chez Quadrants, en 2007, à Denis Bajram et moi. Nos chemins s’étaient écartés, mais elle a très vite pensé à moi pour cette collection.

Steven Dupré : Et c’est Valérie qui est venue me chercher ensuite.

V. M. : Je cherchais un dessinateur réaliste qui puisse parler au lectorat chinois, pour qui
ces adaptations étaient prévues en premier.

Pour que respire le désert

Pour que respire le désert © Delcourt, 2022

S. D. : Nous avions travaillé ensemble pour Le Club des prédateurs chez Casterman, et notre collaboration s’était bien passée. Mais quand elle me l’a proposé, je n’y ai pas cru. C’était déjà un grand honneur pour moi que d’être publié en France. Pour la Chine, c’était encore plus fou. C’était une vraie surprise et la confiance de Valérie un vrai honneur.

Liu Cixin était-il un auteur que vous connaissiez ?

V. M. : Juste de réputation. Même si je lis beaucoup de nouvelles de science-fiction, je n’avais pas eu l’occasion de me pencher sur son œuvre.

S. D. : Et moi pas du tout. Mais je ne suis pas très science-fiction en fait.

V. M. : C’est aussi pour cela que j’ai choisi une nouvelle d’anticipation, plus que de science-fiction. Je savais que cela conviendrait mieux à Steven.

Justement, comment avez-vous choisi la nouvelle qui donne Pour que respire le désert ?

V. M. : Corinne m’a fait lire plusieurs nouvelles. Celle-ci m’a inspirée pour deux raisons : le sujet du changement climatique et la place laissée à la créativité. J’étais très réceptive à l’idée que l’héroïne soit à la fois une scientifique rigoureuse et une femme poétique. C’est un récit qui allie aussi innovation et tradition dans sa résolution. Et tout ça, ça me parle.

Pour que respire le désert

Pour que respire le désert © Delcourt, 2022

S. D. : Comme ce récit était plus dans l’anticipation que dans la hard-science, cela me convenait mieux aussi. J’ai besoin de comprendre ce que je dessine. Un animal, je sais comment ça fonctionne, au niveau des muscles. Il ne fallait pas me demander de dessiner des machines trop complexes.

Valérie, avez-vous eu des difficultés à adapter un livre avec une culture très différente de la nôtre ?

V. M. : Finalement, assez peu. J’avais justement envie de me confronter à la culture chinoise. La SF anglo-saxonne, je connais bien. Mais en fait, Liu Cixin porte des sujets, des regards, pas si éloignés des miens. Je retiens tout particulièrement la place faite à ce personnage féminin, Yuanyuan. Liu Cixin ne s’attarde pas du tout sur son physique. C’est sa personnalité qui compte.

S. D. : Nous avons voulu l’illustrer par le dessin. Yuanyuan est une femme jolie, nous faisons de l’art visuel, mais elle n’a pas un physique caricatural. Elle est simple et ce sont avant tout ses actions et ses émotions qui comptent.

Steven, vous êtes attaché au découpage autant qu'au dessin. Comment avez-vous travaillé avec Valérie ?

S. D. : Valérie me livrait un script case à case du récit. À partir de là, j’ai travaillé un découpage des scènes que nous avons revu ensemble. Et une fois qu’elle était d’accord, je commençais à dessiner. Ce fut assez simple en fait. J’ai eu la chance d’être bien accompagné par les équipes chinoises qui m’ont donné beaucoup de documentation pour proposer un environnement crédible. Et puis Cyril Saint-Blancat faisait les couleurs. Nous avons supervisé au début, puis je l’ai laissé faire. D’expérience, je sais qu’il faut laisser travailler les coloristes pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Pour que respire le désert

Pour que respire le désert © Delcourt, 2022

Avez-vous eu beaucoup de comptes à rendre à l'équipe éditoriale chinoise ?

V. M. : Non, très peu. Corinne gérait beaucoup de choses de son côté. De toute façon, j’ai choisi de réaliser une adaptation plutôt fidèle. La nouvelle fonctionnait déjà très bien en elle-même.

S. D. : Moi j’ai eu un retour. Sur une case, il y avait un discours de Mao dessiné sur un pilier. Ils ont estimé que mes calligraphies n’étaient pas assez bonnes, alors un calligraphe les a refaites. Mais c’est la seule chose qu’ils aient modifiée.

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