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Raconter la lutte contre la censure

Kunlin Tsai est un éditeur, mais aussi une figure de la lutte contre la censure sous le régime autoritaire de Tchang Kaï-chek. Le fils de Taïwan raconte son histoire, chronologiquement, en quatre volumes. Nous avons rencontré, lors du FIBD, son dessinateur, Zhou Jian-Xin.

Chaque volume a un style de dessin différent. Pourquoi ce choix ?

Jian-xin Zhou : J’avais envie de montrer l’évolution d’une autre époque à travers plusieurs styles. Le premier tome est au crayon pour représenter l’enfance du héros. Une période simple et naïve. Le second est à la gravure, car c’est un passage plus dur. Kunlin Tsai était en prison. Le troisième rassemble plus de techniques tirées du manga, car Kunlin Tsai travaillait dans ce domaine. C’est aussi une période plus populaire et dynamique pour le pays. Dans le quatrième tome, j’ai utilisé de la photographie et des crayons pour montrer la modernité de l’époque, mais aussi le retour d’une période plus apaisée.

Est-ce que vous avez participé au découpage du récit selon le style que vous trouviez approprié ?

J.Z. : Le scénario et la réalisation ont vraiment été un travail d’équipe avec les éditeurs, la scénariste, Yu Pei-Yun, et moi-même. Yu Pei-Yun me donnait le texte, et mon dessin était amené à le modifier un peu, alors on en discutait tous ensemble.

Jian-Xin Zhou : Raconter la lutte contre la censure

© 2020 Yu Pei-Yun/Zhou Jian-Xin

Vous expliquez dans la préface qu’il fallait se débarrasser de l’influence du manga. Quel est son impact sur votre travail ?

J.Z. : Je n’avais pas envie que cette BD ressemble au manga. Mais je pense que le manga a quand même beaucoup influencé mon style de découpage. Car, encomparaison, le style des BD d’Europe et des États-Unis me semble plus strict. Il y a plus de liberté dans le manga. Mais j’ai quand même ajouté beaucoup de style personnel.

Le Fils de Taïwan raconte sincèrement l’histoire du pays. Comment est-elle racontée aujourd’hui ? Qu’en est-il de la vie de Kunlin Tsai ?

J.Z. : Aujourd’hui, on est complètement libre de dire ce qu’on veut. On peut trouver toutes sortes de discours. Ce qui est un peu spécial, c’est peut-être qu’aucun discours n’est vraiment capable de mettre tout le monde d’accord. Donc, il y a toutes sortes de théories.Pour Yu Pei-Yun et moi, ce qui est important, est de continuer vers la démocratie et la liberté. L’histoire de Kunlin Tsai montre qu’on a réussi, mais que c’est une situation très fragile. Les choses ne restent pas figées.

Jian-Xin Zhou : Raconter la lutte contre la censure

© 2020 Yu Pei-Yun/Zhou Jian-Xin

Le chant prend beaucoup de place dans le récit…

J.-Z. : C’est vrai, le héros adore chanter. Kunlin Tsai a même fait un album sur les chansons importantes de sa vie.

Merci à Huang Pei-Shan, l’éditrice de la version originale du Fils de Taïwan, qui a rendu cet entretien possible en étant la traductrice de Zhou Jian Xin pour Zoo Manga.

Article publié dans ZOO Manga N°7 Mars-Avril 2023

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