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Midam : 30 Ans de création déjantée

Le Cabaret Vert se poursuit sous le soleil... mais aussi en nocturne, y compris pour la partie BD. Vendredi soir était projeté à 23h Gimme Shelter, un documentaire de 1970 sur le tristement célèbre festival d’Altamont qui a été une importante source de Charlie Adlard pour dessiner son dernier album. Et le samedi soir avait lieu des battles BD en plein air, dans lesquelles deux dessinateurs s’affrontaient sur des thèmes imposés. Un public nombreux allant au-delà de la sphère des amateurs de bande dessinée assistait à ces impros animées avec beaucoup d’humour. Mais revenons sur le déroulement de la journée, avec la remise du prix BD Cabaret Vert (qui récompense un album adulte) par la Ministre de la Culture Rima Abdul-Malak à Jade Khoo pour son album ZOC et notre rencontre avec Midam.

Midam, célèbre pour sa série Kid Paddle, évoque avec nous sa vision de la bande dessinée, ses inspirations musicales, et revient sur son expérience en tant qu'éditeur. L'auteur dévoile également des détails sur ses projets à venir, dont la sortie d'un nouveau tome de Game Over et une réédition spéciale pour les 30 ans de Kid Paddle.

Midam, de la BD à l’édition et à nouveau à la BD, en passant par le Rock!

Toujours en lien avec les valeurs du Cabaret Vert, Midam injecte-t-il dans ses personnages des notions d’engagement ? Sa réponse est claire : « Non, j'ai toujours pris soin d'essayer d'être à l'écart de toute polémique parce que dès que vous prenez une position, vous fermez la porte à environ la moitié de votre public. Donc si vous dites « J'aime bien le noir », tous ceux qui aiment le blanc vont être déçus et ils ne vont plus acheter les albums ! Mes séries sont des séries de divertissement pur ».

Mais cette question lui rappelle une anecdote : « C'est marrant parce que la première fois que j'ai fait une conférence, c'était un Santiago du Chili, j'avais expliqué tout ce que je faisais. Il y a eu les questions et la première question, et la seule, c'était : « Oui, mais vous voulez dénoncer quoi ? ». Et je disais : « Mais non ! Moi, c'est GRATUIT, c'est juste pour amuser, pour relaxer l'esprit, pour essayer de faire sourire ! » Ils ne comprenaient pas parce que, là-bas, le dessin est avant tout pour dénoncer quelque chose, du fait de leur histoire politique particulière. »

Midam concède : « Si on est très attentif, on peut lire entre les lignes et on peut peut-être deviner non pas une couleur politique mais une intention. Je suis parfois étonné que certaines personnes, notamment des profs, me disent : « J'ai beaucoup aimé votre gag, mais quel dommage que ça soit aussi militariste, quel dommage que Kid utilise une arme à feu ! » Mais si vous mettez deux enfants sur une île déserte, tôt ou tard ils vont utiliser des morceaux de bois pour faire un laser, une épée, une arme pour jouer ! Ça fait partie du jeu de l'enfant et de l'apprentissage des choses. Bien sûr que Kid a une fascination pour les énormes lasers ! Mais du reste, c'est ce qu'on peut voir aussi dans les grands péplums ou dans Star Wars qui est finalement un film de guerre ! »

Intéressons-nous à une série de 4 albums de Midam avec un jeune tigre devenu vert à cause de la pollution, Grrreeny : « Pour Grrreeny, ça ne partait pas vraiment d'une idée écologique mais plutôt de l'antipathie que je porte aux chasseurs. Donc dans Grrreeny, il n’y a pas beaucoup de messages écologiques… Si, en filigrane, bien sûr, dénoncer la chasse, oui. Mais de là à promouvoir les éoliennes ou les voitures électriques, non. La priorité n'est pas de distiller un message mais d'essayer de capter l’attention humoristique du lecteur avec, je l'espère, une certaine intelligence. »

Midam travaille-t-il en musique ? « Alors, il y a deux phases de travail : il y a la phase de scénario et celle de dessin. Pour la phase de scénario, il m'arrive bien souvent d'écouter une musique qui n'existe que pour camoufler les bruits de fond, c'est à dire une musique que je n'aime pas, comme la musique classique, le jazz ou la musique lounge. C'est une musique qui me laisse tout à fait indifférent. Je ne vais pas taper du pied ! Par contre, pour le dessin, là je peux écouter n’importe quoi ! Ce que j'écoute actuellement, c'est vraiment de la musique populaire actuelle américaine. J'aime beaucoup ce qui se fait maintenant. On écoute au bureau une radio qui s'appelle Power Hits, une radio américaine d'Orlando qui ressasse sans arrêt les 50 plus gros tubes qui fonctionnent en Amérique. Et je dois dire que j'aime beaucoup. Il y a Katy Perry, Pink… C’est vraiment de la sauce américaine ! »

Ça, c’est aujourd’hui. Mais avant ? « Ça fait 30 ans que je dessine, donc j'ai eu pas mal de phases. Au début de ma carrière, j'ai fait comme tous les auteurs : Je mettais un CD de Pink Floyd ou de Led Zep. Je pourrais vous montrer des planches des premiers albums dont c'est imprégné. J'ai fait ça pendant 4-5 ans. Ensuite, il m'a fallu une radio et j'ai écouté pendant 10 ans France Inter jour et nuit ! J'ai beaucoup aimé écouter les gens parler. Et de fil en aiguille, je me suis dit : Mais si tu écoutes les gens parler, tu peux peut-être encore faire mieux, étant donné que mon métier est extrêmement chronophage. Je suis en manque de livres, j'ai un retard de lecture de 40 ans. Il y a 300 livres que je devrais lire ! Donc je me suis branché sur un site qui s'appelle litteratureaudio.com pour les malvoyants ou les non-voyants. Ce sont des pensionnés (NDR : retraités, en Belgique) qui lisent des livres. Ainsi, j'ai « lu » ou « relu » tous les Sherlock Holmes, toute l'œuvre de Conan Doyle, les Jean Ray... Ils peuvent faire ça parce que ce sont des livres qui sont tombés dans le domaine public. »

Par contre, les concerts, ce n’est pas le truc de Midam… « Je n'aime pas les concerts, je n'y vais jamais. C'est très inconfortable, c'est très bruyant ! Je ne suis pas du tout concert et puis il y a ce côté veau d’or que je n'aime pas. Mettre une star sur scène et l’aduler, ce n'est pas dans mes chromosomes ! »

Pourtant, Midam a été musicien dans un groupe, lui faisons-nous remarquer ! « Oui, j'avais fait un groupe, effectivement ! Pendant une grosse dizaine d'années, on a écumé toute la France, toute la Belgique, on a même fait un concert au Danemark ! Je crois que le groupe tourne encore. Le chanteur était Yvan Delporte (NDR : mythique ancien rédacteur-en-chef du journal de Spirou) qui avait déjà 70 ans à l'époque. Il avait une très longue barbe, alors, on jouait du ZZ Top. ! On changeait les paroles. Janry était à la basse, Dan qui était l'assistant de Janry, était à la batterie. Mais il y a eu Gazzotti aussi qui a joué de la batterie. Et au saxophone, il y avait Luc Batem. Il y avait aussi Giancarlo Carboni, un coloriste qui a fait une trentaine de séries. »

Quant à l’expérience de Midam au Cabaret Vert, elle était restreinte : « On m'a comme téléporté hier devant une femme torse nu qu'on ne pouvait pas appeler une femme. Ce n'est pas du tout mon univers. Je trouve ça assez agressif, très militant. On est là pour écouter la musique… »

Retour à la bande dessinée pour évoquer une autre casquette qu’a eu un temps Midam : celle d’éditeur. « C'est venu naturellement, c'est quelque chose qui m’a épanoui, par ambition d'un côté et par manquement de l'éditeur de l'autre. Mon grand fantasme a toujours été de passer des frontières. Aussi j'en voulais un peu à mon à mon éditeur de rester dans la Francophonie et de ne pas avoir réellement fait des ponts. Kid Paddle est par exemple édité en chinois, en allemand, en khmer, en breton… mais ça reste de tout petits tirages. Les éditeurs ne sortent pas des ornières qu’ils connaissent, dans la Francophonie : en Belgique, Suisse, Québec, France. Donc c'était le but, quand je suis devenu éditeur. Et en réalité, je leur en veux beaucoup moins parce que j'ai essayé et je n'ai pas su trouver le bout par lequel commencer. »

« Cela dit, j'ai énormément produit à cette époque-là. Les revenus, c'était alors la bande dessinée, le merchandising et le dessin animé. Or pour le dessin animé, on n’a rien trouvé en audiovisuel ; le merchandising commençait à s'éteindre ; donc ne restait plus que la BD. Et comme j'avais une structure, il a fallu commencer à produire énormément. Je pense que c'est ça qui a mis fin à l'expérience d'autoédition : j'étais absolument surchargé de travail ! Être à la fois artiste et éditeur, c'était trop. Maintenant je suis reparti sur un système beaucoup plus traditionnel où il y a un éditeur qui est censé s'occuper de tout et auquel je dois faire confiance. Je lui donne un blanc-seing. »

Et l’actualité éditoriale de Midam est riche, ces temps-ci, avec notamment les 30 ans de Kid Paddle. « Il y a un nouveau Game Over qui sort. Il y aura le tome 19 de Kid Paddle en novembre. En mars de l'année prochaine, il y aura une réédition des 40 albums que j'ai fait avec des nouvelles couvertures métalliques. Dupuis sortira un livre d'entretiens avec Thierry Tinlot qui était le rédacteur-en-chef de Spirou. Également, un album sur les mathématiques dans les Game Over, fait par un mathématicien belge ! Et Glénat, chez qui j'ai fait plusieurs tomes de Kid Paddle, va éditer un fac-similé des planches originales du tome 15. ». Nous aurons donc l’occasion de voir en librairie les productions de Midam dans les mois qui viennent…

Kid Paddle Tome 18

Kid Paddle Tome 18 © Midam - Dupuis

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