Terreur graphique, Fred Lassagne de son vrai nom, a arrêté l'alcool. Il livre son témoignage dans une excellente BD, L'addiction s'il vous plaît chez Casterman. Une occasion en or pour faire la causette avec l'auteur tourangeau.
Couverture de l'album L'addiction s'il vous plaît, par Terreur Graphique, aux éditions Casterman
Arrêter l’alcool, c’est changer de vie ?
Fred Lassagne : C'est essayer de ne pas changer de vie mais on change de vie quand même. Je n'ai pas voulu arrêter de boire pendant longtemps car il y avait la teuf, les amis, je travaillais beaucoup pour la filière du vin... J'avais plein de bonnes raisons. Changer de vie, c'est aussi moins se rendre dans certains lieux. Comme les bars, où je passais cinquante pour cent de mon temps. J'ai d'abord voulu continuer à les fréquenter en ne buvant pas. C'était un de mes objectifs, dans ma thérapie. J'avais besoin de montrer que ce n'était pas parce que je ne buvais pas que je n'étais pas là. J'ai eu beaucoup de bienveillance de beaucoup de monde. Aujourd'hui, j'en ai moins besoin.

Les "confessions d'un alcoolique qui se soigne" : un témoignage de Terreur Graphique dans L'addiction s'il vous plaît
© Casterman 2026
Quand as-tu arrêté ? Abstinence totale ?
F. L. : Le 2 janvier 2023. Puis j'ai repris trois mois en intensif à l'été 2024. Et là, ça fait un an que j'ai vraiment stoppé, en octobre 2024. Abstinence totale, oui. Quand je bois un verre, j'en bois dix. C'est no limit, comme pour les drogues. C'est vraiment mon problème avec l'alcool : la soirée ne doit jamais finir. C'est du craving (fringale en français) : tu n'es heureux que quand tu es ivre. Ta vie est faite de montées et de descentes de plus en plus hautes et basses. Il t'en faut toujours plus pour monter. Désormais, quand l'alcool me pose problème, que je ne suis plus en phase avec les gens car je ne comprends plus leur délire, je pars. Mais je n'ai pas de problème à continuer à être dans les bars, le milieu du vin naturel....Tiens, je viens de faire l'affiche des primeurs pour le Beaujolais nouveau. Je me sens toujours très à l'aise à aller dans le domaine d'un vigneron. D'autant que je suis investi dans le vin naturel. Donc c'est aussi politique, je ne vais pas dans des grand domaines bordelais. Et j'aime manger, donc je vais toujours au resto. Disons que je suis croyant, mais plus pratiquant !
Pas trop difficile de se faire plaisir en mangeant sans boire de vin ?
F. L. : Tu découvres que tu n'es pas obligé de boire pour trouver la nourriture bonne. D'autant que c'est un milieu où il y a beaucoup d'évolutions : il existe de plus en plus de soft et des restos avec des accords mets-boissons sans alcool comme des kombuchas (boisson fermentée à partir de thé) maison. Ils travaillent le sans-alcool non sucré. Et en arrêtant de boire, j'ai rencontré plein de gens pour qui l'alcool n'est pas central. J'ai arrêté parce que mon ex-femme et mère de mes deux enfants m'a quitté. J'ai craché mon ancienne vie, puis je me suis reconstruit et j'ai rencontré une nouvelle amoureuse. J'ai découvert la positivité. Avant, je râlais tout le temps. C'était la fin du monde tous les jours, pour un rien. Aujourd'hui, c'est toujours la fin du monde quotidienne mais j'essaie d'être sympa. Et quand on sourit aux gens, ils nous sourient en retour. Mon moi d'avant se foutrait de ma gueule s'il entendait ça. Mais je n'ai rien fait pour changer. J'ai juste arrêté de boire.
Plus de tabac depuis dix ans, plus d'alcool ni de drogues depuis un an. Quelle est ta béquille ?
F. L. : L'amour, le dessin : je travaille beaucoup plus et c'est cool. Et la musique. Je suis devenu DJ en arrêtant de boire, notamment pour garder un lien avec les bars. Ce que je mixe est très varié, principalement de la black music, mais je vrille aussi rock, techno... Des trucs qui font danser les gens. Il n'y a rien de plus addictif que de faire danser les gens.
Pourquoi avoir choisi de représenter tes personnages, toi compris, en chiens ? Est-ce pour mieux conjurer l’addiction à l’alcool ?
F. L. : C'est lié à l'expression « A boire où je tue le chien » qui était le titre du premier projet que j'avais commencé il y a quelques années aux éditions Ephémère quand je buvais encore. C'était axé sur l'alcool, la consommation, la teuf... Je l'ai évidemment foutu en l'air et il a pris un autre tour. Je me suis inspiré de mon chien Mingus (comme le musicien de jazz), c'est plus pratique pour moi dans la représentation.

Confessions d'un amour pour la BD que nous illustre l'auteur Terreur Graphique dans son dernier album
© Casterman 2026
Cette BD contribue-t-elle à ta thérapie ?
F. L. : Non, je ne crois pas. J'ai continué ce projet car beaucoup de gens m'ont envoyé des messages pour me parler de leur problème avec l'alcool. C'est plus un témoignage qu'une thérapie. Et je me suis éclaté au dessin, donc ça c'est quand même génial (N.D.L.R : et ça se voit dans cette excellente BD).
J'aime beaucoup ton expression « Je suis un alcoolique qui ne boit plus »...
F. L. : C'est ça. Mais le ravin est toujours très proche.
Propos recueillis par Pierrôt Fontanier
Article publié dans ZOO Le Mag N°108 Janvier-Février 2026
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