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Pour Hugues Labiano, noir c'est noir : entretien

Hugues Labiano signe la trilogie Trois touches de noir chez Glénat. Après le tome 1, Quelque chose de froid, il a dessiné le tome 2, Au Sud, l’agonie. Pelaez est au scénario, Jérôme Maffre aux couleurs. Le contexte est cette fois celui d’un meurtre raciste, d’une enquête, et de la ségrégation sudiste aux États-Unis dans les années 1930. Un polar, mais plus social qu’urbain. Hugues Labiano s’en explique.

Vous avez travaillé ces scénarios ensemble avec Pelaez ?

Hugues Labiano : Non. Avec Dufaux ou Desberg, on discutait toujours en amont avant que l’histoire ne soit écrite. Pour cette trilogie de one-shots, les trois scripts ont été écrits directement par Philippe Pelaez. Ce sont des polars différents : le premier est un hommage au cinéma noir US, la ville. Le tome 2 est effectivement un polar qui balaie de nombreuses thématiques avec des résonances actuelles, comme le racisme dans le Sud des États-Unis, ou un agent du FBI homosexuel, ce qui était inadmissible à l’époque.

Un polar aux thématiques très actuelles, avec Hugues Labiano au dessin

Un polar aux thématiques très actuelles, avec Hugues Labiano au dessin
© Glénat, 2026

Il y a un lynchage. Zacharie, ami du Noir assassiné et métis, a une liaison avec une Blanche. On a un pasteur ambigu et disjoncté, les communistes pourchassés, le Klan.

H.L. : L’agent David du FBI est un paria, comme d’autres dans l’album. À leurs côtés, il y a un bon nombre de Rednecks, des Blancs pauvres du Sud, presque les MAGA d’aujourd’hui. On est en Géorgie, à Savannah, c’est le Sud profond. Le communisme est un autre interdit, comme la couleur de peau.

Pelaez ajoute un bagnard évadé qui a un compte à régler. Plusieurs histoires se recoupent.

H.L. : Il y a différentes trajectoires. On se demande si elles ont un lien. Toutes ont leur part de mystère. L’album se lit à plusieurs niveaux. C’est un polar qui fait aussi penser au film Mississippi Burning. L’esclavage a évolué en 1926. L’esprit du Sud est toujours là, la pauvreté également, alors que cela a été la partie la plus riche des États-Unis. La guerre de Sécession a été un moyen pour le Nord de s’enrichir. Ce n’est pas qu’une histoire d’hommes ou de femmes.

De belles ambiances : on est dans les rues de Savannah, les couleurs, tout fonctionne. Votre dessin est plus clair, conserve ses noirs et rend bien la moiteur du Sud.

H.L. : J’ai fait Dixie Road il y a pas mal d’années. J’avais réuni une grosse documentation photo sur les États-Unis et le Sud, où je suis allé. J’avais les paysages dans l’œil pour les avoir vraiment vus. Il fallait montrer la chaleur ambiante.

Des couleurs chaudes et un scénario intense, par Philippe Pelaez et Hugues Labiano

Des couleurs chaudes et un scénario intense, par Philippe Pelaez et Hugues Labiano
© Glénat, 2026

Au Sud, l’agonie sort en janvier 2026 ?

H.L. : Oui, le tome 3 en janvier 2026, Comme un canari dans une mine de charbon. Si l’oiseau mourait au fond de la mine, le grisou avait envahi les lieux. Ce sera une parabole sur le personnage principal, qui sera un peu le canari. On sera à Las Vegas avec la mafia en 1946, Bugsy Siegel, Luciano. Ce sera aussi une histoire d’amour. Sinon, j’ai un projet avec Fred Blanchard mais pas encore présenté aux éditeurs, et j’aimerais beaucoup me remettre à écrire.

Propos recueillis par Jean-Laurent Truc.

Article publié dans ZOO Le Mag N°108 Janvier-Février 2026

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