Espé (Le Perroquet, Châteaux Bordeaux, Le Gigot du dimanche…) est le dessinateur d’Un espoir sans papiers. Ce vibrant scénario d’Ingrid Chabbert met en scène Ahmed, un migrant qui prend soin de Sidonie, une vieille dame désorientée. Un bijou.

Couverture d'Un espoir sans papiers, par Ingrid Chabbert et Espé
Comment est né le projet d’Un espoir sans papiers ?
Espé : Quand j’ai sorti Le Perroquet, Ingrid a publié Écumes. Ces deux BD avaient fait le buzz médiatique. On ne se connaissait pas. On s’est écrit pour se dire qu’on aimait beaucoup ce que faisait l’autre. Quand elle m’a fait lire le scénario d’Un espoir sans papiers il y a cinq ou six ans, ça a fait tilt.

Extrait d'Un espoir sans papiers, par Ingrid Chabbert au scénario et Espé aux illustrations
© Dupuis, 2026
Qu’est-ce qui vous a donné envie de le dessiner ?
Espé : Le sujet. C’est un album plein d’humanité, de tendresse. Et au-delà, c’est très fort. Ce sont deux personnes rejetées par la société actuelle. J’aime dessiner des histoires très différentes : de l’humour chez Fluide Glacial, des sagas familiales avec Châteaux Bordeaux…
Le racisme, l’immigration, le rejet de l'autre, ce sont des sujets très actuels aussi ?
Espé : Oui. Et très délicats. On marche sur des œufs en abordant ces sujets. L’autre, c’est aussi une richesse. Ce n’est pas juste un étranger comme Ahmed ou une vieille personne dont on ne sait pas quoi faire, comme Sidonie.

Extrait d'Un espoir sans papiers, par Ingrid Chabbert au scénario et Espé aux illustrations
© Dupuis, 2026
Comment avez-vous travaillé ?
Espé : Une fois que j’ai le scénario, j’ai besoin de prendre du recul et de digérer l’histoire. C’est un temps où je peux avancer sur d’autres projets. Là, je me suis inspiré d’une amie très impliquée dans l’accueil des migrants. Ma femme est d’origine gitane espagnole ; ses grands-parents ont fait partie de la Retirada (NDLR : l’exil républicain espagnol d’après-guerre). Ils ont été accueillis en France dans les années 1939-1940 dans des conditions particulières. Ce scénario a donc eu une résonance particulière pour moi. Une fois que j’ai pris le temps de savoir comment je voulais dessiner, je m’y suis mis pendant un an. En tout, c’est deux ans et demi de travail.

Extrait d'Un espoir sans papiers, par Ingrid Chabbert au scénario et Espé aux illustrations
© Dupuis, 2026
Comment êtes-vous entré en BD ?
Espé : J'en parle dans Le Perroquet. J’ai commencé à dessiner sur la table en Formica de ma grand-mère. Mon cousin dessinait en face et on faisait des concours, c’était top ! Je lisais Pif Gadget, Strange et je suis tombé amoureux de la BD. J’ai découvert Fluide Glacial, dans lequel je dessine aujourd’hui. Mon rêve, c’était de faire une BD ; une seule m’aurait suffi. J’ai étudié aux Beaux-Arts de Toulouse, je suis devenu designer, mais l’amour de la BD était toujours là. Delcourt cherchait des dessinateurs pour des albums collectifs. J’ai commencé comme ça avec Corbeyran, puis chez Petit à petit. J’ai lâché ma carrière de designer et je suis entré dans la BD. Je touche du bois : j’ai la chance de ne faire que ça depuis trente ans.
Quelle est la force de ce médium ?
Espé : Sa capacité à raconter des histoires différentes. Passer d’un univers très intimiste à quelque chose de beaucoup plus grand public. En un trait, on raconte beaucoup de choses. Il y a aussi la force de l’interstice entre deux cases : je trouve ça phénoménal. C’est un jeu pour le lecteur. C’est lui qui crée notre histoire à partir du chemin de fer qu’on lui propose.

Extrait d'Un espoir sans papiers, par Ingrid Chabbert au scénario et Espé aux illustrations
© Dupuis, 2026
Sur quoi travaillez-vous désormais ?
Espé : La suite du Gigot du dimanche, qui s’appellera L’Omelette espagnole, sur la période de l’adolescence. C’est l’humain qui me guide avant tout. Quand on travaille à plusieurs, il faut qu’il y ait une alchimie.
Que pensez-vous d’Angoulême ?
Espé : Il y a un moment que je trouve que c’est une grosse usine et qu’il faudrait boycotter cet événement. Les auteurs étaient considérés comme de la chair à canon, juste bons à dédicacer sous des chapiteaux. C’était obligé que ça pète. Je trouve qu’il y a beaucoup de guéguerres en BD. Moi, ce n’est pas mon truc, et je crois que ça se voit dans Un espoir sans papiers. Il faut arrêter de se monter les uns contre les autres et de tirer la couverture à soi. Je me régale dans les petits salons et les plus gros, comme Quai des Bulles à Saint-Malo. Beaucoup plus humains…
Propos recueillis par Pierrôt Fontanier
Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026
BD
Interview
ZOO109
Société
Dupuis
Immigrations



Haut de page
Votre Avis