Bernard Swysen, Michèle Lebon (nièce de l'artiste) et Christophe Alvès reviennent sur la genèse de l'album, entre mémoire familiale, fiction et bande dessinée. Interview croisée.
Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?
Bernard Swysen : L’idée initiale vient de Mimi Lebon, la nièce d’Annie Cordy, qui m’a contacté via une connaissance commune. Nous avons tout de suite accroché et voulu raconter la jeunesse d’Annie. Nicolas Anspach a ensuite proposé d’intégrer le projet à la collection Kathleen, en transformant Annie Cordy en héroïne d’aventure, tout en gardant l’authenticité de son histoire.

Extrait de planche de Nini Cordy 1949, par Christophe Alvès et Bernard Swysen
© Anspach, 2026
Mimi, quel a été votre rôle dans la création de l’album ?
Michèle Lebon : J’ai transmis à Bernard et Christophe de nombreuses anecdotes familiales, des photos inédites et des détails sur la façon de parler de mes grands-parents, les parents d’Annie. Voir ces souvenirs prendre vie sous forme de dessins, c’est très émouvant. J’ai aussi veillé à l’authenticité des dialogues et des situations.
Christophe, comment avez-vous rejoint le projet ?
Christophe Alvès : C’est un concours de circonstances. Je travaillais sur une autre série et, après le décès de mon scénariste, François Corteggiani, j’ai publié un message sur Facebook pour expliquer que j’étais disponible. Bernard m’a contacté très rapidement, et j’ai été séduit par l’originalité du projet, qui n’était pas un simple biopic mais une biographie romancée, joyeuse et légère.

Extrait de planche de Nini Cordy 1949, par Christophe Alvès et Bernard Swysen © Anspach, 2026
Comment avez-vous travaillé ensemble ?
B. S. : Je fournis un scénario détaillé, des esquisses et beaucoup de documentation. Mimi nous envoie des documents familiaux et corrige les dialogues pour qu’ils soient fidèles à la réalité. Christophe a une grande liberté pour le découpage et l’interprétation graphique.
C. A. : Je m’appuie sur la documentation de Bernard et Mimi, et je fais peu de croquis préparatoires. Je préfère faire vivre les personnages directement dans la planche. Nous avons une vraie confiance mutuelle.
Quels ont été les principaux défis graphiques ?
C. A. : Le plus difficile a été de représenter Annie Cordy jeune, car son image publique est très marquée par sa coiffure et son style adulte. Il fallait trouver un équilibre entre réalisme et humour, et j’ai fait plusieurs croquis avant d’arriver à une version satisfaisante. J’ai aussi dû intégrer fidèlement les décors de Bruxelles, qui changent beaucoup, grâce à la documentation fournie par Bernard et Mimi.

Extrait de planche de Nini Cordy 1949, par Christophe Alvès et Bernard Swysen © Anspach, 2026
Comment gérez-vous le travail sur les textes et le découpage ?
C. A. : Je place les textes sur une feuille A3 pour voir les volumes et adapter le dessin. Je respecte le découpage de Bernard neuf fois sur dix, mais je peux ajuster si besoin. Il y a une vraie liberté et une confiance mutuelle dans notre façon de travailler.
Quelle est la part de fiction et de réalité dans l’album ?
B. S. : Certaines scènes sont inventées mais inspirées du caractère réel des personnages, d’autres sont authentiques mais parfois jugées trop incroyables pour être gardées telles quelles. Parfois, l’éditeur nous a demandé d’atténuer des anecdotes pourtant vraies !
Mimi, reconnaissez-vous votre famille et votre Bruxelles dans l’album ?
M. L. : Oui, totalement. J’ai grandi avec ces histoires et je retrouve l’ambiance, les bâtiments, la maison de mes grands-parents. Le parler bruxellois est bien restitué, même s’il a fallu l’adapter pour que ce soit compréhensible par tous.

Extrait de planche de Nini Cordy 1949, par Christophe Alvès et Bernard Swysen © Anspach, 2026
Christophe, après Harry Dickson, Lefranc et maintenant Annie Cordy, vous allez pouvoir demander la nationalité belge.
C. A. : C’est amusant, car lors des festivals, on me demande souvent si je suis belge. Je ne le suis pas, mon nom est portugais, mais je me sens un peu belge par procuration grâce à mes projets et mon goût pour la BD classique.
L’album vise-t-il un public particulier ?
M. L. : L’objectif est de faire plaisir aux personnes qui ont connu ma tante et de la faire à un nouveau public, notamment les jeunes générations qui ne la connaissent pas forcément. Le personnage de “Nini” créé dans la BD est attachant et peut évoluer dans le temps.
Avez-vous une scène ou une anecdote favorite dans l’album ?
B. S. : J’ai pratiquement tout mis ce que Mimi m’a raconté, sauf une anecdote trop incroyable pour être gardée telle quelle. J’adore les scènes où la maman d’Annie fait preuve de son caractère volcanique, c’est très fidèle à la réalité.
Envisagez-vous une suite à cette aventure ?
B. S. : Oui, si le succès est au rendez-vous, nous aimerions raconter la période parisienne d’Annie Cordy et poursuivre l’aventure. Nous avons déjà des idées pour la suite.

Couverture de Nini Cordy, par Christophe Alvès et Bernard Swysen, aux éditions Anspach le 24 avril 2026
Un mot sur l’ambiance de travail ?
B. S. : Nous sommes très heureux de travailler ensemble, c’est un vrai plaisir.
C. A. : C’est un vrai bonheur de collaborer ainsi, chacun apporte sa pierre à l’édifice.
M. L. : Je suis enthousiaste et honorée de voir l’histoire familiale prendre vie ainsi.
Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026
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