Dessinateur passé par Disney, la télévision et la bande dessinée sportive, Aré s’est imposé avec Cizo, une série où le football devient prétexte à raconter bien plus que des matchs. Entre passion du jeu, narration dynamique et regard lucide sur l’industrie du sport, il revient dans cet entretien fleuve, sur son rapport au football, sur la genèse de son personnage, sa manière de raconter en BD et ses envies de sortir des cases.

Extrait du T.6 de Cizo par Aré, une BD au trait dynamique rehaussé par les couleurs de Alessandra Dottori © Kennes, 2025
Quel est ton rapport au football et comment est né le personnage de Cizo ?
Aré : Le rapport au football, c’est que je suis un passionné. Malgré mes cheveux blancs de 50 ans, je continue à jouer et à mettre des retournées acrobatiques, deux à trois fois par semaine, ce qui effraie ma femme et mes enfants. Le personnage de Cizo, je pense qu’il a toujours été en moi depuis tout petit. Mais il est réellement né à la croisée de plusieurs expériences : ce que je faisais chez Disney, avec mes personnages animaliers, ce que j’ai fait chez Vents d’Ouest avec Foot Goal, et ensuite mon passage chez Canal , où je travaillais sur une émission qui s’appelait Total Ligue 1.

Extrait de Cizo par Aré. Un tome 6 qui marque le début d'un nouveau cycle : celui de la Super Euro League © Kennes, 2025
C’étaient les super-héros du foot, diffusés en direct tous les lundis soirs, et je dessinais des joueurs comme Ibrahimović en Hulk, en super-héros. Quand j’ai envoyé ces dessins à mon éditeur, un peu pour le plaisir, il m’a dit : “ça ne te dirait pas de mixer tout ça et de me trouver un nouveau héros version animale qui joue au foot ” Des histoires de foot, oui, mais surtout des histoires de vie. Parce qu’en réalité, le foot, c’est un prétexte. Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les tranches de vie.

Extrait du T.6 de Cizo par Aré, Prix Jeunesse 2025 au Festival de la BD de l'Alpe d'Huez © Kennes, 2025
Comment définirais-tu Cizo aujourd’hui ?
Aré : Cizo, c’est toi, c’est moi, c’est tout le monde. Ça peut être le gamin dans sa cité, dans la cour d’école, ou le père de famille qui se revoit quand il était jeune. C’est une partie de chacun de nous, de notre enfance. Il y a un peu d’Olive et Tom là-dedans, de tout ce qui nous permet de rester enfant. Tu prends deux sacs, tu fais un but, et ça y est, c’est la Coupe du monde. C’est cette capacité à rêver, à croire en ses rêves.
Et puis Cizo, c’est aussi un personnage différent. C’est un petit chat tigré. Tout le monde pense que c’est un tigre, mais non, c’est un chat. Donc oui, c’est un félin, mais il est petit. Et il doit se battre contre des éléphants, des ours… des gros golgoths. Il va devoir utiliser son intelligence, sa vitesse. C’est un peu les petits contre les gros. Et le message, c’est que même si on est différent, même si on est plus petit, on peut y arriver quand même.

Extrait du T.6 de Cizo par Aré, sur l'histoire du chat tigré de 17 ans, star du football © Kennes, 2025
Comment tu travailles le mouvement, notamment dans les scènes de match ?
Aré : Pour moi, tout passe par le découpage. C’est comme au cinéma : selon où tu places ta caméra, tu ne racontes pas la même chose. Je n’aime pas vraiment les gaufriers, où toutes les cases ont la même taille. J’ai besoin que les cases explosent. Je me suis beaucoup inspiré du manga pour ça, avec des rythmes différents, des pleines pages, des changements d’échelle.
Sur une action comme une reprise de volée, si tu fais une seule image, c’est figé. Mais si tu montres toute la décomposition du mouvement, si tu crées des points de force, là tu ressens la puissance. Je veux que le lecteur soit au bord du terrain. Qu’il soit dans le match.

Extrait de Cizo T.6, par Aré. En bonus pour ce tome : un carnet de recherches et croquis sur les secrets de fabrication d'Aré © Kennes, 2025
Qu’est-ce qui compte le plus pour toi aujourd’hui ?
Aré : Le plus beau compliment qu’on m’ait fait, c’est quand on m’a dit : « Quand on lit tes histoires, c’est comme si on était au coin du feu, bien au chaud, et qu’on avait envie de savoir la suite ». Et au fond, c’est ça que je cherche. Peu importe le dessin, peu importe le style… si les gens sont bien dans mes histoires, alors j’ai réussi.

Dédicace de Bruno Bazile pour ZOO Le Mag © Bruno Bazile

Couverture du tome 6 de Cizo, par Aré. Une série tout public en pleine ascension, aux éditions Kennes.
Article publié dans ZOO Le Mag N°110 Mai-Juin 2026
ZOO110
BD
Interview
Sport
CoupeDuMondeFootball
Football
Kennes



Haut de page
Votre Avis