Depuis 2006, Arnaud Plumeri façonne l’identité de Doki-Doki avec une ligne claire : publier des histoires qui touchent avant tout. À l’occasion des 20 ans du label, il revient sur son parcours, ses choix et sa vision d’un catalogue manga guidé par l’émotion.
Pour commencer, pouvez-vous revenir sur l’origine de Doki-Doki ?
Arnaud Plumeri : Doki-Doki est né en 2006, mais l’idée remonte à 2002, quand je suis arrivé chez Bamboo. À l’époque, je poussais déjà pour qu’on se lance dans le manga, mais ce n’était pas possible financièrement. Il a fallu attendre que certaines séries, comme Les Profs, marchent vraiment bien pour qu’on puisse se lancer.
Pendant plusieurs années, on cherchait encore ce que l’on voulait faire. On a testé beaucoup de choses, et en réalité, c’est surtout à partir de 2015 qu’on a trouvé notre rythme.
Aujourd’hui, comment définiriez-vous votre ligne éditoriale ?
A. P. : En fait, tout part du nom “Doki-Doki”. C’est le cœur qui bat dans les mangas, quand il se passe quelque chose de fort.
Nous, l’idée, c’est vraiment de publier des titres qui nous font quelque chose. Des titres qui nous touchent et toucheront les lecteurs. On cherche toujours une émotion, quelle qu’elle soit.

Couverture du T.23 de Sun-Ken Rock, par Boichi, aux éditions Doki-Doki
Même dans un manga comme Sun-Ken Rock, qui est violent, il y a un message derrière. Il y a une dimension plus profonde. Et moi, c’est ça qui m’intéresse.
On sent que cette ligne a une dimension personnelle…
A. P. : Oui, complètement. Doki-Doki, ça me ressemble beaucoup.
Moi, je suis tombé dans la fantasy avec Le Seigneur des Anneaux, les jeux de rôle, les livres dont vous êtes le héros… Donc, forcément, ça se retrouve.
Les animaux aussi, c’est quelque chose de très personnel. Et puis l’émotion… J’aime les histoires qui marquent, qui font ressentir des choses. Je suis très fan de films comme Princesse Mononoké ou Your Name. Ce genre d’histoires qui peuvent vraiment toucher.
Est-ce que ça a été difficile de trouver cette identité ?
A. P. : Oui, au début, on a beaucoup tâtonné. On a fait du manga culinaire, du folklore japonais avec des yōkai, de la comédie, de l’action… On cherchait ce qui pouvait marcher.
Et puis, petit à petit, certains titres nous ont montré une direction. Sun-Ken Rock, par exemple, nous a montré qu’un certain type d’action pouvait fonctionner. Otaku Girls parlait directement aux fans, donc ça marchait aussi.

Couverture du T.7 de Otaku Girls, par Konjoh Natsumi, aux éditions Doki-Doki
La fantasy, elle, s’est imposée assez naturellement.
Après, j’essaie de rester fidèle à mes goûts. Je ne cours pas après les tendances. Il y a eu des périodes où on ne nous proposait quasiment que des isekai… mais si tout se ressemble, ça ne m’intéresse pas.
Comment voyez-vous l’évolution du marché du manga ?
A. P. : Ça a énormément changé. Avant, dans une classe, il y avait deux lecteurs de manga. Aujourd’hui, la tendance est plutôt inversée. Ce n’est plus une mode, c’est désormais bien installé culturellement.
Nous, on a trouvé notre place sans avoir de blockbuster comme Naruto ou My Hero Academia. Mais on a des titres qui fonctionnent bien, entre 50 000 et 100 000 exemplaires, et ça nous permet de tenir dans la durée.
Comment gérez-vous la collection ?
A. P. : Je la gère un peu comme un “bon père de famille”, en la gérant comme si c’était mon entreprise depuis le début.
On fait attention. On ne dépense pas inconsidérément, surtout dans un secteur où certains peuvent mettre énormément d’argent sur des licences.

Extrait de Nos coeurs de chats, T.1 © Akari Otokawa / Kodansha Ltd.
L’idée, c’est d’avoir une structure stable. Pour moi, c’est important que l’équipe puisse travailler sereinement, et qu’on reste indépendants dans nos choix. Aujourd’hui, Doki-Doki vit sa vie, et ça, c’est vraiment essentiel.
Chaque réussite nous donne de la crédibilité. Par exemple, tout le travail qu’on a fait sur les titres autour des animaux nous a permis de nouer des liens avec des éditeurs japonais comme Shogakukan, Kodansha, et maintenant la Shueisha, que nous essayions d’approcher depuis 2014 et qui, à notre surprise, nous a approché lors de la Japan Expo.
En parlant de la Shueisha, pourriez-vous nous en dire plus sur Shiba Inu Rooms ?
A. P. : C’est un vrai coup de cœur de l’équipe, et notre premier partenariat avec la Shueisha.
On l’a défendu avec beaucoup de sincérité. Même dans la manière de présenter le projet, on y a mis quelque chose de personnel en ajoutant la photo du Shiba d’une collègue dans notre dossier.
Ça peut paraître anecdotique, mais en réalité, les éditeurs japonais sont très sensibles à ça. Ils veulent sentir qu’il y a une vraie envie derrière.

Extrait de Shiba Inu Rooms, T.1 © SHIBATSUKI BUKKEN / 2024 by Esu Omori/SHUEISHA Inc.
À quoi peut-on s’attendre dans le catalogue à l’avenir ?
A. P. : On compte encore développer la collection autour des animaux, avec une identité plus affirmée. On continue aussi la fantasy, parfois en la mélangeant avec d’autres choses. Cats and Dragon, par exemple, c’est à la fois de la fantasy et de l’animalier.

Extrait de Cats and Dragon, T.1 © Izumi Sasaki, Amara, Mai Okuma / Takarajimasha
Et puis on travaille sur des projets forts, comme Marshal King qui marque le retour de Boichi dans notre catalogue, avec notamment la mise en place d’une exposition pour la Japan Expo.
Avec le recul, que retenez-vous de ces 20 ans ?
A. P. : Qu’on est des passeurs, avant tout. On fait le lien entre les œuvres japonaises et les lecteurs. Parce qu’un éditeur sans lecteurs n’existe pas.
Et puis, parfois, je repense à moi enfant… Si on m’avait dit que je ferais ce métier, j’aurais trouvé ça incroyable. Alors oui, tenir vingt ans, c’est déjà une très belle aventure collective et personnelle. Et ça donne envie de continuer.
Article publié dans ZOO Manga N°25 Mai-Juin 2026
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