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Jean-Luc Masbou au Cabaret Vert

Jean-Luc Masbou a déjà une longue carrière derrière lui, depuis De Cape et de crocs. Après différents albums en solo, il revient avec une nouvelle série réalisée avec le concours d’Alain Ayroles : Koralia. Mais lors de notre rencontre au Cabaret Vert, nous avons avant tout parlé de concerts !

Puisqu'on est au Cabaret Vert, quelle musique écoutez-vous ? Notamment quand vous dessinez ?

Jean-Luc Masbou : Quand je dessine, je n'écoute pas souvent de musique. Mais si j’en écoute, c'est très varié. Mes goûts ? Du jazz-rock, du folk, du rock, du hard-rock, des tas de trucs… Mais surtout, je regarde des séries télévisées et des films. En fait, je ne les regarde pas, je les écoute la plupart du temps en même temps... Je m'arrête assez rarement pour réfléchir. Si jamais je n'arrive vraiment pas à trouver une idée ou une phrase, je suis obligé de couper pour me retrouver dans le silence.

Mais généralement les bonnes idées m'arrivent quand je suis dans le train ou quand je suis dans des endroits incongrus, ou les soirs avant de m'endormir ou encore le matin, où je suis en train de réfléchir à mon scénario. Et là, j'ai les images qui s'enchaînent les unes avec les autres de façon logique.

Mais quand je fais mes découpages, quand j'écris mes dialogues, ça ne me dérange absolument pas d'avoir d'autres dialogues à côté. Je peux être sur Game of Thrones et dessiner, ou je peux être sur Daredevil et dessiner des elfes ! J'ai besoin d'avoir ça.

Je ne sais pas du tout bosser en atelier par exemple. J'ai déjà essayé. La musique des autres me dérangerait. Le fait que d'autres discutent avec moi m'empêcherait de bosser ou alors il faudrait vraiment qu'on me foute une paix royale ! Mais je préfère avoir mon confort, mon univers autour de moi et pouvoir faire ce que je veux. Mais généralement, je mets quand même longtemps à démarrer dans la journée : je me mets sur une série télévisée, je regarde un ou deux épisodes, je déjeune tranquillement… Et au bout d’un moment, ça commence à démarrer.

Après, pour m'arrêter, c'est très dur. Je me retrouve à 19h alors que ma copine est en train de gueuler parce que je n’ai toujours pas fait à manger ! « Ça vient, là ! J'ai une phrase, j'ai un dialogue, je ne peux pas m'arrêter. Désolé, attendez une seconde ! »

Jean-Luc Masbou en dédicace au Cabaret Vert

Jean-Luc Masbou en dédicace au Cabaret Vert © ZOO le Mag - François Samson

Excellent. Vous allez à des concerts ?

J.-L. M. : Pas souvent, mais oui... Le dernier vrai concert, c'était l'an dernier : du métal, du hard rock. Je me suis fait Judas Priest à Carcassonne et AC/DC au Stade de France. Et depuis, est-ce que je suis allé à un concert ? Non, en tout cas pas un gros comme ça ! Ça dépend des périodes, des années. Parfois, je suis sur Toulouse et s'il y a des trucs intéressants qui passent, je vais les voir. Sinon, c'est assez délicat parce que ma copine et moi avons une fille de 15 ans qui a des heures d'école. Quand il y a un concert le mardi soir ou si elle n'a pas envie d'y aller, il faut forcément quelqu'un qui la garde, pour le moment. Tant qu'elle n'est pas en pension, je ne peux pas vraiment faire ce que je veux !

Avant, je n'allais pas tellement à des concerts. J'ai changé de vie et je suis avec une fille depuis 18 ans qui, elle, m'a fait beaucoup plus sortir. Avant, j'allais à des concerts avec mes copains des Beaux-Arts quand je vivais sur Angoulême. Mais depuis que je suis sur Toulouse, c'est ma copine qui m'a fait découvrir en concert des groupes que je connaissais depuis longtemps.

Et au Cabaret Vert, quels concerts avez-vous prévu de voir ?

J.-L. M. : Il y a Body Count, parce que je suis sur un projet d'album collectif de métal et de hard-rock. Chez Glénat, on essaie depuis deux ans et demi de monter un projet qui consiste à demander à des auteurs de BD et à des illustrateurs d'imaginer une fausse pochette de leur groupe préféré. En imaginant par exemple que, si le chanteur n'était pas mort, ils auraient fait ça ; s'ils avaient poursuivi leur logique politique, ils auraient fait ça ; ou ils auraient juste aimé qu'ils fassent un album sur ce thème. Et Body Count, je les ai découvertes grâce à ça.

On a demandé à 100 auteurs de choisir 100 groupes. Je ne suis pas un spécialiste du métal ou du hard-rock, donc ça m'a permis de découvrir plein de groupes.

Et il y a Ultra Vomit. Je les ai déjà vus et il faut que je les contacte parce qu'ils font partie du listing de groupes pour l'album. Il faut absolument que je discute avec eux pour leur présenter le projet.

Le Cabaret Vert by night

Le Cabaret Vert by night © ZOO le Mag - François Samson

C'est super dur à monter comme projet pour des questions de droits. Quand on demande des autorisations, parce que notre maison d'édition est assez frileuse et ne veut pas avoir de problème de procès pour des droits d'image ou des droits d'utilisation de logo, on est obligé de faire signer à toutes les maisons de disques des autorisations pour obtenir ces droits. Et on est obligé, la plupart du temps, de passer par les artistes eux-mêmes pour qu'eux puissent demander à leur maison de disques : « C'est un projet super cool, on aimerait bien y participer, il faut que vous signiez absolument les trois papiers ! ».

Ça fait deux ans et demi qu'on est sur le projet et en ce moment on est en train de revoir un peu la politique : au lieu de faire un gros album de 100 groupes, on va essayer de faire un premier album avec une vingtaine de groupes.

Voilà, ça m'a permis de découvrir pas mal de gens, pas mal de groupes et pas mal de musiques.

Le mythique arbre rouge du Cabaret Vert, point de rendez-vous des festivaliers

Le mythique arbre rouge du Cabaret Vert, point de rendez-vous des festivaliers © ZOO le Mag - François Samson

J'étais au concert dessiné Iron Maiden auquel vous avez participé à Angoulême. Quel était le making-of de cet événement ?

J.-L. M. : C'était compliqué. Les 100 mecs avec lesquels je bosse sur le projet rock, je les appelle « la horde ». Mais quand tu en as 16, c'est pareil. Les gars ne lisent pas du tout leurs mails. Turf est pourtant un copain des Beaux-Arts. Mais quand je lui dis : « Mais tu n'as pas lu mes mails ? », il me répond : « Ah, mais non, je ne les lis pas. » !

Turf et Lereculey au concert dessiné Iron Maiden, au Grand Off d'Angoulême 2026. Concert par The Iron Troopers, excellents.

Turf et Lereculey au concert dessiné Iron Maiden, au Grand Off d'Angoulême 2026. Concert par The Iron Troopers, excellents. © ZOO le Mag - François Samson

On est samedi à 2h de l'après-midi, le concert a lieu à 8 ou 9h et tu n’en as pas la moitié qui est au courant de ce qu'il faut faire, c'est l'horreur ! Moi, je ne m’occupe pas de la logistique, de contacter le groupe. Je les ai généralement au téléphone pour discuter avec eux de façon sympathique et leur expliquer en gros en quoi ça consiste, mais on est deux là-dessus (NDLR : avec Marc Giudice).

Donc ce n'est pas moi qui loue la salle, qui demande à l'équipe technique la sono, de venir faire le boulot, bien qu'après j'ai des trucs à régler avec eux. Et ce n'est pas moi qui fais venir le groupe, qui les paie et qui les loge. Mais je m'occupe des auteurs, c'est-à-dire ceux qui sont ingérables dans cette équation, il faut leur demander à tous de faire un dessin sur un thème.

Là, le but du jeu était que chacun fasse un dessin. Il faut déjà que les gars te le livrent à l'heure. Ensuite, tu le recopies au crayon bleu sur une grande feuille de papier. Puis tu dis : « Toi tu passes en premier, toi en deuxième, ensuite toi tu as le coloriste qui est là pendant que le dessinateur arrive… ». Et malgré tout ça, malgré le bordel que ça a été de le préparer, ça s'est quand même formidablement bien passé ! En tout cas, je pense que le public ne s'en est pas aperçu.

Jean-Luc Masbou au concert dessiné Iron Maiden au Grand Off d'Angoulême 2026

Jean-Luc Masbou au concert dessiné Iron Maiden au Grand Off d'Angoulême 2026 © ZOO le Mag - François Samson

Pour moi c'était nickel, ça glissait tout seul.

J.-L. M. : Pour moi, c'était nul. Quand Simona a écrit son texte, elle n’en a écrit que la moitié mais elle a réussi à terminer sur une phrase qui collait bien avec la fin du concert. Elle n’a pas fait exprès ! C’était « Je meurs ». Donc je lui ai dit « Ben voilà, c’est parfait ! ».

Mais ils n’écoutent rien, c’est affreux ! Là, on est en train de monter la même chose avec AC/DC pour le prochain Angoulême, on va faire un truc encore plus grandiose !

The Iron Troopers jouent Iron Maiden pendant que JL Masbou ajoute sa touche au concert dessiné Iron Maiden (Grand Off Angoulême 2026)

The Iron Troopers jouent Iron Maiden pendant que JL Masbou ajoute sa touche au concert dessiné Iron Maiden (Grand Off Angoulême 2026) © ZOO le Mag - François Samson

Fin de la première partie de l'interview. Dans la seconde partie, nous parlerons bande dessinée, notamment du Tome 1 de Koralia, à paraître en octobre !

Extrait du Tome 1 de Koralia à paraître le 8 octobre

Extrait d'une planche du Tome 1 de Koralia, nouvelle série de Jean-Luc Masbou (avec le concours d'Alain Ayroles) à paraître le 8 octobre © Delcourt / Jean-Luc Masbou

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