Ce 29 octobre 2026, alors que l’acte IV de la mobilisation lycéenne en France se prépare, L'école des privilèges - Public, privé : les familles face au choix, signée Stéphane Tamaillon (Les abeilles se cachent pour mourir) et Téhem (La drôle de guerre de Papi et Lucien) sort en librairie. Le début d’une nouvelle collection engagée aux éditions Steinkis en partenariat avec Mediapart. Explications.
L'école des privilèges suit des parents, Mathilde et Ibris, en proie au doute : dans quel collège inscrire leur fille Zoé pour qu’elle ait la meilleure éducation possible ? De plus en plus de familles dans leur entourage se tournent vers le privé. Afin de faire leur choix de la manière la plus éclairée possible, Mathilde et Ibris se documentent et découvrent l'inégalité des chances, la ségrégation scolaire, les dérives de plusieurs établissements privés… Que choisir ?
Ce n’est pas la première fois que la rédaction de Mediapart se prête au jeu de l’enquête en bande dessinée. En 2016, déjà, l’organe de presse s’était associé à La Revue Dessinée et à Arte pour lancer Battre la campagne, des reportages dessinés consacrés à l’élection présidentielle de 2017. Ont suivi en 2020 et 2022, Ne parlez pas de violences policières et Les enquêtes de Mediapart en bande dessinée.

Les éditions Steinkis lancent, en ce mois d’octobre 2026, une nouvelle collection en partenariat avec Mediapart, avec L'école des privilèges © Steinkis, 2026
« Avec L'école des privilèges, on a eu envie d'essayer d'autres choses, explique Michael Hajdenberg, co-responsable du service Enquête et en charge de la diversification. Pour ce faire, on a voulu sortir de la simple republication de nos enquêtes pour créer de nouvelles formes de récits avec des regards différents, ceux d’auteurs de BD. »
Le choix des éditions Steinkis est apparu comme une évidence. « On se retrouve dans leurs valeurs et dans les thématiques qu’ils abordent, souligne Michael Hajdenberg. C’était plus important pour nous d’être en phase avec leur ligne éditoriale que de s’assurer un tirage à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Le marché de la BD, et plus largement de l’édition, est en reconstruction permanente avec de nombreux rachats… Et on n'avait pas envie de signer avec une maison sur laquelle on enquêtait ou avec laquelle on allait se retrouver en conflits d'intérêts ! Avec Steinkis, on s’inscrit dans la durée. »
Pour Mediapart, se lancer en bande dessinée est aussi le moyen de toucher un autre lectorat. « C’est le cœur de la diversification même : se dire qu’au-delà de nos colonnes, il existe des moyens de toucher d’autres publics… Tout le monde n'a pas les moyens d’être abonné à Mediapart mais plein de gens nous suivent sur les réseaux sociaux. Ils apprécient notre travail mais ne passeront pas le pas de l’abonnement. Nous avons aussi remarqué que beaucoup de lecteurs n’ont pas le temps de tout lire. Ils disent que nos articles sont très longs. C’est le revers de la médaille de la profondeur que l’on essaie de donner à nos enquêtes. Avec une BD, on espère intéresser des gens qui n’ont pas le temps de lire tous nos dossiers sur l’éducation. »

Le scénariste Stéphane Tamaillon (Les abeilles se cachent pour mourir) et le dessinateur Téhem (La drôle de guerre de Papi et Lucien) s’attaquent à la fragmentation entre école publique et école privée en s’appuyant sur des enquêtes journalistiques © Steinkis, 2026
Pour Mathilde Goanec, journaliste, éducation-enseignement supérieur, responsable du pôle société, « la BD est un médium parfait pour un public peut-être plus jeune et moins consommateur de presse. Je connais des gens qui ne lisent pas de livres ni de journaux. C'est avec la BD qu'ils se font une culture d'actualité sociale. »
Privé – public : le débat s’invite en BD
En 144 pages, L'école des privilèges ambitionne de donner les clés nécessaires afin de choisir entre public et privé. « Il y a énormément d'infos, c'est très chiffré. En lisant cette BD, on est armés. On n’a pas besoin de faire 10 000 autres recherches, assure Mathilde Goanec. J’ai envoyé des tonnes d’articles Mediapart sur le sujet au scénariste Stéphane Tamaillon qui a réussi brillement à tout rendre clair et fluide. Professeur et historien, c’est lui qui explique l’historique de la mise en œuvre de l'école privée en France. »

Ce 29 octobre 2026, alors que l’acte IV de la mobilisation lycéenne en France se prépare, L'école des privilèges - Public, privé : les familles face au choix © Steinkis, 2026
Une grande partie de l’ouvrage revient sur l’affaire Notre-Dame de Bétharram, vaste scandale de violences physiques, psychologiques et sexuelles commises de la fin des années 1950 jusqu'aux années 2010 au sein de l'établissement scolaire catholique Notre-Dame de Bétharram, situé à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques). « C’est un gros morceau dans la BD parce que c'est une histoire archétypale qui a eu beaucoup d’échos, souligne Mathilde Goanec. Elle concentre en elle tout le reste. Mais c’est aussi un élément parmi d'autres de la collusion politique, des problèmes que pose l'école privée, de son opacité... La vraie question est celle du dilemme entre public et privé parce qu’elle est plus ténue, elle relève de l’intime, de la cellule familiale. »
Pourtant, le choix reste en suspens : Mathilde et Ibris ne dévoilent pas leur décision à la fin de l’album. Une volonté assumée par Mediapart. « On voulait interroger, questionner, apporter des éléments mais, surtout, laisser aux lecteurs la possibilité de répondre d’eux-mêmes, explique Mathilde Goanec. Il ne fallait pas faire une BD trop didactique, en surplomb. »

Mathilde et Ibris ne dévoilent pas leur décision à la fin de l’album. Une volonté assumée par Mediapart © Steinkis, 2026
L'école des privilèges se concentre sur le privé et ses manquements. L’école publique est davantage traitée en creux. « Ce n'est pas le problème du privé en soi mais le problème de l'État qui organise cette concurrence, affirme Mathilde Goanec. L'école publique est un énorme sujet en soi. Elle souffre de ce système. Son état et ses défauts alimentent très largement le privé. C'est les deux faces d'une même pièce. On n'avait pas envie de faire une BD sur la déliquescence de l'école publique ni de faire un portrait à charge du privé. C’est le lien entre ces deux univers qui nous dérangeait. Et puis, à Mediapart, on assume aussi d'avoir un traitement politique des choses : nous défendons des valeurs, notamment celles de l'école pour tous. »

Couverture de L'école des privilèges, paru en librairie ce jeudi 29 octobre
Cette première parution dans la collection Mediapart-Steinkis sera suivie d’autres albums, notamment d’un ouvrage sur les violences sexistes et sexuelles, signé Elodie Font et Lison Ferné. Le début d’un plus grand pas dans l’édition pour Mediapart ? « On n’exclut pas de s’investir davantage dans l’édition, mais ce n’est pas à l’ordre du jour, précise Michael Hajdenberg. Pour l’heure, nous sommes très heureux de nos partenariats qui nous permettent de nous y retrouver financièrement. Absorber des créations de boîtes, des structures d'émissions, de distribution, on ne pourrait pas le faire… On se concentre sur notre cœur de métier. Et, en termes de compétences, nous sommes une petite équipe. Nous préférons travailler avec des personnes qui détiennent un savoir-faire qu'on n'a pas en interne. Ainsi, nous faisons partie d’un écosystème d’organes indépendants et engagés. On se serre les coudes. »
Cliquer ici pour lire l'interview de Stéphane Tamaillon
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